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85 bis, FAUBOURG SAINT-HONORÉ, 85 bis

1903

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De narrer ici la vie de M. Louis-Lycurgue, marquis de Migurac gentilhomme périgourdin, nous pourrions sans peine trouver mainte excuse. Il nous serait loisible d'en donner de philosophiques, fort capables d'en imposer. Mais il nous plait seulement de rappeler la curiosité bienveillante que suscitèrent d'autres personnages d'aussi mince prestige dans l'histoire : tels que Don Quichotte de la Manche, Gil Blas de Santillane, ou le sire mélancolique de Sigognac, dont les aventures n'ont pas cessé d'émerveiller les badauds et quelques hommes sages.

Il n'y a pas à douter que le nom de M. de Migurac n'éclipse bientôt ceux que nous venons d'écrire. Car en de tels récits, le rôle du conteur étant de s'effacer, le héros seul importe, ainsi que

le

goul du public. Or nous ne feignons pas à déclarer que, tant pour la beauté du caractère que pour l'enchainement incroyable et sublime des actions, aucune biographie ne saurait être mise au-dessus de celle-ci. Et, par ailleurs, de quel droit oserions-nous imaginer nos lecteurs moins sensibles au mérite que ne furent ceux de Cervantès ou de Lesage ou de Gautier ? C'est une injure d'auteur grincheux que nous nous refusons, pour notre part, à leur infliger et dont les nettoiera le succès de ce livre.

Peut-être devrions-nous ici, suivant la coutume des historiens, donner la liste des documents manuscrits et imprimés d'où fut extraite la substance de ce récit; et nous entasserions aisément les références, multipliant les titres d'ouvrages imprimés, de mémoires, de correspondances, d'inventaires, de rapports, dénombrant toute la paperasserie qui dort en la poudre de mainte archive. Toutefois il nous déplait de faire étalage de cette sorte dans un owrage qui n'est point d'érudition, mais, s'il se peut, d'honnête divertissement : de sa matière l'origine importe moins que la qualité elle-même et la façon dont elle est présentée. Nous nous contenterons de dire brièvement qu'à côté des nombreux écrits M. de Migurac épancha la fougue de son dime et l'ardeur de sa pensée, notre source principale se trouve dans les mémoires de M. l'abbé Laurent-Cyprien-Exposit Joineau.

1er Mai 1903.

M. l'abbé Joinean, qui, ainsi qu'il sera dit, fut attaché à la personne du marquis dès sa prime enfance, le suivit de près ou de loin d'un æil attentif pendant toute sa carrière et, après sa mort, s'occupa de tracer soigneusement son portrait et sa biographie. Il atteignit un dge avancé et mourut paisiblement vers une date indéterminée qui avoisine les premières années de la Restauration. Notons qu'il fut le dernier hôte du chiiteau de Migurac, dont les murailles effondrées allèrent peu après caillouter mainte route du pays périgourdin. Ce n'est pas le lieu ici de s'arrêter au caractère de cet estimable ecclésiastique : nous nous bornerons à dire que sans doute M. de Migurac n'eut point souhaité d'autre biographe, ayant en estime particulière la simplicité de cæur et l'ouverture aimable de l'esprit.

I

NAISSANCE

DE LOUIS-LYCURGUE, VICOMTE D'AUBE TORTE
ET FUTUR MARQUIS DE MIGURAC

M. de Migurac vit le jour pour la première fois le mercredi 28 juillet de l'an mil sept cent quarante et un, en le château de Migurac, sis dans la province de Guyenne, proche du village de même nom, à quelques lieux de la ville de Périgueux.

Ce fut la veille au soir, après avoir diné comme de coutume en face de son époux, dans la chambre à manger haut plafonnée et sévèrement meublée à la mode de Louis XIII, que, vers les onze heures, au moment de se mettre au lit, la marquise de Migurac, née Olympe-Marie-Eugénie de Gransalat, éprouva les premières douleurs qui lui annoncèrent la prochaine venue de son enfant. Bien qu'elle n'eût point l'expérience de la chose, malgré dix ans de mariage, elle ne s'y trompa point et manda aussitôt mademoiselle Aglaé Per

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