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pour imprimer ce livre, d'autre titre que de l'avoir entre ses mains ? Non-seulement le comité des pensions, mais tout particulier, à qui ce livre şeroit parvenu par une voie quelconque , devoit le faire imprimer. Le céler, c'étoit trahir la cause publique. Il n'appartient ni à l'assemblée nationale ni au 'roi; il appartient à la nation; et de quelque manière qu'on lui ait fait parvenir , on a fait une belle action.

« N'étant point compris dans les dépenses de ce livre, ni pour moi, ni pour les miens, je ne devois point m'attendre à y être injurieusement cité par des hommes qui devroient me respecter ».

Aussi n'avez-vous pas été cité, mais désigné par des faits auxquels vous n'eussiez pu vous reconnoitre, s'ils n'eussent formé un tableau frappant. Des hommes qui devroient me respecter ; il n'y a que l'extravagance de cette phrase qui puisse l'excuser. Un ministre, c'est-à-dire , un commis du pouvoir exécutif; et quel cominis? Un homme qui, sans pudeur comnie sans conscience, osoit prendre dans le trésor public! Il veut être respecté par une section de l'assemblée nationale

, par des représentans de la nation françoise !

« Ma vie entière répondra seule à ces indécentes imputations ». C'est une bien foible ré ponse; celle du comité vant un peu mieux, comme on va le voir,

« Les parens qu'on m'accuse d'avoir enrichis sont dix pauvres gentilshomines servant le roi, et la plupart privés du nécessaire. Tout autre ministre auroit trouvé juste de venir à leur secours. Ces officiers ont partagé entr'eux 6000 liv. de pension ; le public jugera si cette grace est excessive ».

Pour toute réponse , le comité a imprimé les pièces justificatives de son assertion. Or, on voie d'abord, au nombre de ces officiers militaires au service du roi , quatre DEMOISELLES de Ségur

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Montazeau , ayant chacune 500 livres de pension. Quels officiers?

« Quant au reproche d'avoir, de mon autorité, donné à un onzième parent une pension, c'est une calomnie ».

Piéponse du comité. « Du 23 avril 1785, M. de Ségur Montezeau, père, deniande , en faveur de Jean de Ségur, son quatrième fils, sous-lieutenant au régiment de Brie, depuis le 10 mars 1783, une pension de 500 liv., semblable à celle que ses frères oni obienue sur le trésor royal, le 17 mars 1785.

BON POUR 500 LIV. DE PENSION, écrit de la main. du marechul de SEGUR,

Pour ampliation, signé MELIN. Ce n'est pas tout. Le comité n'avoit pas fait mention de deux autres articles. Ce sont deux pensions de quatre mille livres, accordées par le maréchal de Ségur à MM. ses fils, sans le bon du roi, le 23 octobre 1785, sur la pension dont jouissoit la comtesse de Ségur, leur aïeule ; et M. le duc héréditaire ose dire, dans sa lettre , qu'il n'a que 2800 livres de pension! Ilest vrai qu'il nientionne celle-ci comme reçue du roi; il ne tient l'autre que de son père.

Or, ces mots, écrits de la main du maréchal do Ségur, étant de fait de sa main, et non de celle du roi, il suit que c'est avec vérité que le comité a dit que le sieur de Ségur avoit accordé, de son autorité, une pension à un onzième parent.

Les sieurs ci devant comte et vicomte de Ségur se sont permis d'adresser une lettre peu ménagée au comité des pensions , qui a assez méprisé cette lettre, et ceux qui l'avoient écrite , pour la faire imprimer.

On y voit le même esprit d'aristocratie que dans la lettre du père. Ses enfans le représentent comme un vieux maréchal, ce qu'on leur accorde, et comme un ministre intègre, ce qu'on ne peut leur accorder, d'apıès les pièces publiées par le comité. C'est , selon les sieurs de Ségur fils, « un acte de malveillance que d'avoir instruit le public de la demande d'un duche héréditaire; rien n'est plus inutile au bien public que la connoissance d'une telle demande; rien n'est plus absurde que de citer à la tête d'un registre de dépense une grace qui n'auroit rien coûté à l'état ».

On voit bien à ce ton d'amertume, qu'ils sont honteux de voir le public instruit qu'ils ont échoué dans cette demande. On ne sauroit nier qu'il ne soit très-utile au bien public de savoir que rien ne suffisoit aux louvetcaux ministériels , et qu'il ne soit très-vrai que cette demande auroit entraîné une dépense; un duc héréditaire, de fraiche création, qui n'héritoit que d'un patrimoine médiocre, auroit bientôt sollicité et obtenu des pensions pour se soutenir convenablement à son rang. C: prétexte est employé dans un nombre prodi. gieux de brevets de pension.

Le sieur de Ségur, ainé, apprend ensuite au comité qu'il a été ministre du roi en Russie; que le hasard a couronné ses travaux; qu'il a conclu un traité de commerce qu'on cherchoit vainenient à faire depuis quarante ans; qu'à son retour en France on a diminué son traitement de 20,000 livres; qu'il n'a eu pour ses services, comme colonel, en Amérique, que 2800 livres de pension. Il en conclut qu'il n'est point à charge au trésor public, et que le comité a eu tort de prétendre que

le maréchal de Ségur a enrichi sa famille.

Le comité a dit et a prouvé que le maréchal avoit pensionné onze de ses parens ou parentes ; qu'il avoit, lui, 98,000 livres de pension ; qu'en même temps il demandoit un duché héréditaire ; plus, un traitement égal à celui de M. de Sartine, c'està-dire , 200,000 livres pour arranger ses affaires ; plus, une pension de 60,000 livres ; plus, une reversibilité de 15,000 livres pour M. le futur duc héréditaire, et pour son frère. Or, les faits sont prouvés jusqu'à l'évidence, et par la lettre des sieurs de Ségur fils, et par un écrit intitulé: Note pour

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le roi, sur laquelle il fut accordé seulement pour lors 30,000 livres de pension; mais le comité a dù découvrir qu'il y eut une somme de 100,000 livres et une gratification de 30,000 livres , qui furent aussi données au sieur de Ségur ; il reste donc que foi entière est due à l'avertissement qui précède le livre rouge, et que les lettres des Ségur ne sont que l'effet d'un délire aristocratique.

Des patriotes auroient désiré que l'assemblée nationale eùt châtié les Ségur , pour les injures et l'irrévérence dont ils sont coupables envers le comité des pensions ; mais ce comité a déclaré que sa seule réponse seroit toujours l'impression des pièces sur lesquelles il auroit avancé un fait. C'est assurément le parti qui convient à la dignité des représentans de la nation; mais les amis de la liberté ne doivent point laisser les Ségur jouir d'une entière impunité ; ils doivent, s'il est possible, faire accroitre le inépris de la nation pour

des cette sorte ; je dis le faire accroitre, car je ne présume point assez mal de la nation, pour croire qu'elle ne méprise pas depuis long-temps les créatures d'un Bezenval (1).

gens de

Discours de M. Burke.

Les aristocrates font grand étalage d'un discours prononcé par M. Burke, le 9 février, dans la chambre des communes de Londres. Ils l'ont fait traduire et imprimer; ils y ont mis un titre et une introduction à leur façon, et ils le montrent avec une joie scélérate aux patriotes qu'ils veulent cor

(1) C'est le baron de Eczenval qui a fait le sieur de Sigur ministre et maréchal , et qui est l'autour de la grandeur si pcu concevable de cette famille. Or, it semble que quand on est parvenu, par la protection d'un Bezenval, on ne devroit chercher qu'à se faire oublier.

1

rompre. Nous avions donné un apperçu de ce disoours (1). Cette manoeuvre nous force d'y revenir.

Les aristocrates ont intitulé ce pamphlet : « Discours de M. Burke sur la situation actuelle de la France, prononcé par ce célèbre orateur, et un des chefs de l'opposition ».

L'introduction fait parfaitement sentir l'objet de cette petite ruse typographiqne. « M. Burke, disent-ils, est un de ces homines privilégies (l'heureux mot!) dans qui l'âge a respecté toutes les facultés de l'ante; il joint à la mémoire la plus féconde, le don de l'application la plus heureuse; à la science la plus profonde, l'éloquence la plus maitrisaate; il a ce que Bussuet appeloit l'illumination »

Ce portrait de M. Burke tend à prévenir les esprits en faveur du jugement qu'il a porté sur la révolution. Mais c'est à un mot près que nous voudrions conserver celui d'illuminé, l'opposé de M. Burke. Les Anglais patriotes, auxquels M. Burke a paru long - temps dévoué, admirent beaucoup plus sa facilité que son talent, son zèle que son utilité; ils le tronvent loquace et non pas eloquent. Comme sa mémoire lui tient lieu de logique , ses discours sont d'une longueur qui l'ont rendu , malgré son âge, un objet de ridicule; et ce qui a beaucoup contribué à le rendre le détracteur de notre révolution , c'est une plaisanterie qui a eu beaucoup de succès en Angleterre. On a supposé qu'en France, lorsqu’un orateur étoit trop long, on crioit dans l'assemblée nationale: Point de Burke , point de Burke.

S'il falloit opposer personnes à personnes, autorité à autorité, nous opposerions à la lâche diatribe de l'illuminé Burke, les discours non pas de l'illustre Fox ( nos aristocrates ont pris soin de lo calomnier , 'en le présentant comme un homme

(1) Vide No. 33, page 55

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