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pés relativement au commerce, tom. 2, p. 200, de l'édition in-4

Çes trois différentes branches de commerce ou de spéculation ont, à ce qu'on aflure, ruiné une des plus fortes maisons & des mieux accréditéss de la république, établie à Amfterdam depuis en

viron deux siecles. On avoit vu tomber quelques.uns de ceux qui avoient cherché à s'enrichir par les actions ; mais leur chûte n'avoit pas fait sensation. La maison de Clifford tenoit au commerce général. Dès qu'elle, annonça fa faillite, ce fut un coup de foudre pour la bourse d'Améterdam. On ne sçavoit jusques à quelle somme cette faillite pouvoit aller; on ignoroit quelles maisons pouvoient être entraînées par certe chute. L'incertitude, devenue générale, fit disparoitre le crédit; & dans un instant, il n'y eut plus d'especes à trouver. Les uns craignant de voir retourner les lettres de change; d'autres, appréhendint de ne pas toucher les sommes qu'ils devoient recevoir ; d'autres , voulant profiter de la défolation publique , épioient les momens de faire des achats à vil prix; chacun craignant de se défaire de ce qu'il avoit de comprant, la circulation cese sa , pour aing dire, totalement. Tel fut l'effet de cette faillite, qui bientôt fut suivie de quelques autres , plus ou moins considérables,

Dans l'abattement général que caufe ce déran, gement dans le commerce, & dont presque tou: te l'europe ressent le contre coup, on a propofé quelques projets tendant à reproduire la cire culation, à rétablir le.crédit, & à prévenir pour la suite de semblables revers. Parmi tous ces écritsg on distingue une piece qui a pour titre : Projet pour faciliter la circulation des efpeces dans les circons tances présentes, & dont kobjet eft de maintenir Le crédit à la bouf d'Amierdam,

Tout le projet de l'auteur roule fur fept (ups

potitions , dont quelques-unes sont assez gratuita tes. Il suppose en premier lieu que, quoique la plupart des maisons commerçantes d'Amsterdam puissent, par les circonfiançes actuelles, se trouver embarrassées, elles sont cependant en état de faire face à tous égards, à seurs engagemens ; 20: que les maisons de commerce, les particuliers & les banquiers, s'apperçevant de la chûte du créi dit, craignent, par trop de circonspection, de faire circuler l'argent qu'ils ont en caille ; 3o: qu'il y a à Amsterdam plureurs maisons dont les facultés font d'une folidite si inébranlable, qu'a l'exception d'un incendie general, elles sont à l'abi de tous les revers; 4. qu'il pourroit le former une corporation des plus fortes inaisons d'Amfierdam, qui fe garantissant chacune pour soi-même, & for lidairement les unes pour les autres, trouveroient', chez toutes les personnes de bon sens, un crédit suffisant, & presque saps. bornes; 5.. qu'aucune personne qui a le cæur bien placé., ne refusera d'y concourir; 6. que la consternation générale . provient plurót d'une terreur panique, que d'un dommage réel, cu d'un manque d'argent; 7o. qu'il est très-dangereux d'attendre au dernier moment, pour prendre son parti, lorsque dans un cas si preflant , il se présente, quelque moyen à employer.

D'après ces suppositions, l'auteur propose un contrat de lociété ou d'association entre les princi-.. pales maisons de commerce d'Amsterdam. Ces maisons se réuniroient, sous une garantie mutuel te , à former un capital en billets , reçus ou quirtances de 3 millions, chaque billet de 1000 florins. Le projet porte que ces billets seront délivrés par des préposés de la société, à tous ceux qui en desireront , & qui présenteront pour sûreté des immeubles, des marchandises... des obligations, der

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lettres de change acceptées par de solides maifons, · ou d'autres effets. Ces billets tiendront lieu d'ara gent comprant; de sorte que ceux qui les présenteront en paiement, ne pourront être contraints de donner des especès. Ces quittances cu reçusg faits à un terme de 6 ou 8 mois tout au plus, suivant qu'on les aura desirés, seront accepiés, après ce tems-là, par la société & leurs membres, sur le pied d'argent comptant, ensuite mis au néant. Voi

, quant au fonds , le précis de ce projet, nous n'entrons pas dans le détail des moyens qui y sont proposés pour fon exécution : il a d'abord artiré l'attention du public, parceque dans l'embarfas, toute idée qui promet du secours flatte ; mais on n'a pas été longtems à en sentir les inconvéniens. Il a été critiqué & cenfuré même avec un peu trop d'amertume, dans une piece, qui a pour titre Analyse du projet , &c. Cet écrit eft bien pensé & bien fait : les défauts du projet y sont indiqués avec vérité. Au reste , le magistrat d'Amsterdam a faili le seul parti qu'il y avoit à prendre dans ces circonftances. Il a permis qu'on employat 2 millions du trésor de la ville à prêter fir des hypotheques & des gages. A la vérité, 2 millions ne faifoient pas une lomme qui pût reproduire une circulation suffifante, & les précautions par rapport aux seretés à donner , sembloient rendre l'emprunt un peu difficile ; mais cette opération a produit l'effet qui devoit naturellement en résulter. Ceux qui se trouvoient des tonds en caiffe n'ont plus éré si difficiles à faire des prêts sur de bonnes sûretés; & infensiblement on a vu renaitre la circulation. Le magiftrat de Hambourg vient d'employer le même moyen, pour soutenir ceux qui pourroient manquer de numéraire. A Londres,

quelques personnes aisées fe font réunies pour mettre un des principaux

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banquiers, sur le point de cesser ses paremens, en état de les continuer. Le roi de Suede vient aussi de prendre des mefures pour prévenir que cet ébrantement général de nuise au commerce cu royaume.

On appréhende cependant, de n'être point encore à la fin des délastres que la baisle des actions doit produire, & done on ne peut prévoir les contre-coups. On commence à ouvrir les yeux fur les fuites fuuestes que ces fréquentes fuillites doivent nécessaireinent occasionner dans un état commerçant. On sent que si le commerce est la fource de l'abondance , des richesses & de la puif- , fance, ce ne peut être qu'autant qu'il eft conduit & dirigé par la probité & la bonne foi. Allant d'une extrémité à l'autre, on voudroit en bannir kes négociations, qui , depuis quelque tems, ont été fi fort multipliées er. Hollande , & l'on va jurqu'à souhaiter que le souverain fît défendre le trafic des actions. On ne réfléchit pas que ce seroit détruire le commerce , que de gêner les spécu

lations qui en font une branche considérable. Pour guérir un mal, il faut aller à la fource. La maniere dont ceux qui manquent se tirent ordinairement d'affaire , est peut-être la cause principale des nombreuses faillites que nous voyons aujourd'hui. Quoi de plus révoltant que de voir un homme établi , qui , sans nécessité, abandonne une profession honnête pour se livrer à un jeu du hazard, ou va tenter la fortune avec le bien d'autrui; qui finit par s'accommoder à 10 ou à 15. pour cent, des sommes qu'il'a empruntées & diffipées, & qui ensuite reparoit dans la société comme s'il n'avoir rien à se reprocher, fouvent même avec un éclar qu'il ne doit qu'à la mauvaife foi avec laquelle il a dupé ses créanciers ?

La derniere révolte des Negres dans les coldsies hollandoises de l'Amérique, & surtout dans

celle de Surinam , a beaucoup allarmé les Provinces-Unies. Pour mettre nos lecteurs au fait de cette affaire , nous croyons devoir leur donner une idée des Negres, qui, de tems en tems, y ont caulé & y causent encore des tcoubles si fréquens, par la facilité que leur fournissent leurs babitations répandues dans les forêts presqužinaccessibles de ce continent.

Les colonies des hollandois en Amérique font fituées sur plusieurs grandes rivieres, dont les principales sont celles de Surinam, de Commewine, de Eottica, de Sarameca de Coren- tyn, d'Etlequebo, des Berbices, & d'autres moins considérables. Surinam., la plus grande de toutes. ces rivieres, donne son nom à toute la colonie, que les Zélandois commencerent à y former vers l'an 1667, après en avoir chaffé les Anglois , qui en étoient alors les maitres. Cette poliefsion leur fut confirmée par le traité conclu à Breda en 1667,

& par celui de Westminster en 1674. Les Zé-landois, comme en ayant fait la conquête, pré tendirent longtems en être les seuls maitres; mais les états-généraux , & surtout ceux de Hollande, ayant représenté que cette conquête avoit été faite aux dépens & par les vaisseaux de la généralité, ils prétendirent à leur tour, qu'il étoit julle & raisonnable que la navigation à cette colonie fût ouverte à tous les sujets de la république indistinctement. Ce différend dura jusqu'à ce qu'en 1682, les états. de Zélande céderent à la compagnie des Indes occidentales la propriété de la colonie , avec toutes les appartenances & dépendances; la lowveraineté restant aux états-généraux.

On distingue les habitans en colons, en nae tifs, en transfuges & en negres esclaves. Les planteurs, ou colons, presque tous Européens, habitent les villes, bourgs ou villages fitnes

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