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duire le roi à Péronne ; M. Augeard, de le faire marcher sur Metz. M. de Faveras vouloit avoir 1200 hommes de cavalerie, et un corps de 20,000 mécontens prêts à suivre le roi. Le sieur Augeard vouloit faire convoquer la noblesse pour former une armée de 40,000 hommes. Le marquis de Faveras étoit accusé d'avoir voulu dissoudre l'assemblée nationale, en excitant une guerre civile. Le sieur Augeard exprimoit le même projet, en disant que les gentilshommes remettroient le roi sur le trône, ou s'enséveliroient sous les ruines de la monarchie.

Le marquis de Faveras avoit parlé de son projet aux sieurs Morel, Turcati , et à un banquier Hollandois. M. Augeard avoit dicté son plan à son secrétaire ; il avoit indiqué à l'évêque de Chalons la route que le roi devoit suivre pour aller à Metz.

Il y a donc dans ces deux accusations une parité effrayante. Passons aux preuves : il y en a de deux sortes en général; les preuves vocales et littérales. On n'a trouvé, contre le marquis de Faveras, quo des preuves vocales , fondées sur. quatre dépositions, entre lesquelles on ne peut pas se dissimuler qu'il y a des contradictions majeures. Il y a, contre le sieur Augeard, une preuve littérale; savoir : un mémoire dont il s'avoue l'auteur, dont il est prouvé qu'il est l'auteur ; et ce mémoire dans lequel il n'y a pas de contradictions, mais qui est très - cohérent, très - conséquent, est appuyé par la déposition du sieur Seguin, dénonciateur du sieur Augeard, qui est aussi digne de foi que le sieur Morel.

On sait qu'il est possible que les preuves vocales soient fausses. Tant de choses peuvent faire errer ou mentir des témoins qui déposent. Mais il est impossible qu'une preuve littérale ne soit pas sûre, toutes les fois que la pièce qui contient cette preuye n'est pas arguée de faux. Le crime du siear

'Augeard est donc beaucoup mieux prouvé que celui du situr Faveras.

Eh! que seroit-ce donc si, au lieu de faire arTêter sur le champ le sieur Augeard, sur la dénonciation du sieur Seguin , on eût renvoyé ce lui-ci auprès de lui pour suivre l'opération, et que sa vigilance eût été excitée, comme celle du sieur Morel, per la perspective d'une place d'officier dans la garde nationale (1) ? Les preuves vocales seroient sans doute réunies à la preuy. littérale ; mais il n'en est pas besoin.

Mais le marquis de Faveras étoit un faiseur d'affaires, un faiseur de plans, parmi lesquels il y en avoit un pourtant qui avoit pour objet la régénération des finances de l'état, et pour l'exécution duquel il est prouvé qu'il avoit fait des démarches auprès de l'assemblée nationale. Il n'étoit, quoiqu'aristocrate , qu’un pauvre hère, assez misérable pour

s'être fait mouchard de la cour , mioyennant cent louis; et il est pendu.

M. Augeard est fermier général, il est secrétaire des commandemens de la reine; et il obtient son élargissement. Ainsi, cette maxime est yraie, depuis la révolution comme auparavant:

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Selon que vous serez puissant ou misérable ,
Les jugemens de cour vous rendront blanc ou noir.

LA FONTAINE.

(1) Vide No. 31, page 34, le certificat donné par M. de la Fayette au sieur Morel. Ii a été présenté en notre bureau par le siear Morel lui-même , avec quelques observations sur le mémoire du sieur de Faveras. Un fait évidemment démontré à l'avantage du sieur Morel, c'est qu'il n'a pu être induit à dénoncer l'accusé par les 24,000 livres promises par l'hôtel-de-ville aux dénonciateurs , puisque c'est au 21 septembre, époque fixée par le certificat, qu'il fit la dénonciation, et que c'est plus d'un mois après, dans le cours d'octobre, que l'hôtel de ville promit une somme aux dénonciateurs.

Mais si le jugement du sieur Augeard, sur-tout comparé à celui du sieur Faveras, paroit inconcevable, que faut-il dire , que faut-il penser de celui qui, sur les conclusions de M. Pelletier Dessorts, avocat du roi, décharge tous les ministres et of ficiers , auteurs, instrumens ou complices de la conjuration du mois de juillet, des plaintes et accusations intentées contre eux, et qui ordonne sans pudeur l'impression et l'affiche de ce jugement dans cette ville qu'ils devoient réduire en cendres ?

Ainsi, Bezenval n'a point trompé le roi par les rapports qu'il a faits de l'état de la province dont il avoit le commandement; il n'a pas induit le roi, en exagérant les troubles, en cachant les causes qui les produisoient, à assiéger ses sujets dans la première ville du royaume. Il n'a point ordonné au prince de Lambesc de faire dans les Tuileries une irruption qui provoquát le peuple , afin qu'on pút le foudroyer avec le canon qu'on avoit amené aux Champs-Elysées.

Ainsi , Barentin n'a pas arrêté la publicité des délibérations de l'assemblée nationale; il n'a pas attenté par un arrêt du conseil à la liberté de la presse, à la face du corps législatif ; il n'a pas cassé, dans la séance du 23 Juin, l'arrêté célèbre du 17 précédent, et par conséquent il n'a pas con piré contre la liberté nationale; il n'a pas assisté aux conseils dont il étoit le chef lorsqu'on a préparé le siége de Paris.

Ainsi le 26 Juin, trois jours après la fatale séance, lorsqu'il fut bien connu que le peuple de Paris, de Versailles, et les gardes françaises ne s'entregorgeroient pas, Puiségur n'a pas signé des ordres pour faire partir les régimens de Reynac Suisse , Nassau , Provence, Bouillon, Mestre-deCamp général, cavalerie; Royal-Allemand, Dauphin dragons, des villes de Soissons , Metz, SaintOmer , Condé , Valenciennes, pour se rendre à Saint-Denis, à Choisi , à Louvres, à la Muette, à Meaux et à Senlis.

Ainsi il n'a pas dégarni , par des ordres du premier Juillet , les villes de Lafère, Amiens , Orléans, Douay, Givet , Mont-Medy , Verdun, Metz, Sarrelouis , Philippeville , des régimens de Toul, artillerie ier, bataillon , de Diesbach Suisse ; Cháteau - vieux Suisse; Vintimille, Dauphin infanterie; Hainaut, Saintonge, Devigier, Bourbonnois, Courten et Castella Suisses, et des chasseurs de Normandie , pour

former un camp au Champ-deMars,

Ainsi ils ne sont pas coupables d'avoir fait amener autour de Paris un train immense d'artillerie, des grils à chauffer les boulets, d'avoir fait distribuer à ces troupes un million deux cent mille cartouches, outre deux cents cinquante mille autres cartouches extraites de l'arsenal de Paris.

Ainsi il n'a pas été donné ordre au sieur d'Orbay, directeur de l'artillerie de Douay, de faire partir pour les environs de Paris dix pièces de canon de bataille , dix caissons de quatro complete

pourvus de pièces de canons et cartouches à boulets et à balles ; six cent mille cartouches à fusils d'infanterie, dans dix caissons, et quatre cents soixante mille autres cartouches, dans des charriots à munitions, un caisson pour outils complétement garni , et une forge de campagne (1).

Ainsi, les fusils qui étoient dans la boulangerie des Invalides, n'ont pas été cachés sous le dôme, de peur que le peuple ne les trouvat pour se défendre.

Ainsi', on n'a pas renforcé la garnison de la bastille , et le gouverneur n'a pas eu ordre de faire feu sur les citoyens jusqu'à la dernière extrémité.

ment.

(1) Tous ces faits et plusieurs autres de ectie nature sont prouvés par un relevé fait dans les bureaux de la guerre, certifié par le secrétaire d'état de eç département.

Ainsi ,

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Ainsi, les barrières n'ont pas été incendiées par des brigands à la vue des troupes qy'on dit avoir été raniassées contre ces mêmes brigands, sans qu'elles leur ayent opposé aucune résistance.

Ainsi, on n'avoit pas telleinent écarté les approvisionnemens destinés à la capitale, que le mardi, 14 juillet , il n'en restoit pas pour trente heures.

Ainsi, on n'avoit pas fait consommer les subsistances d'une province déjà affamée par des troupes destinées à en égorger les habitaus , s'ils demandoieut du pain, ou s'ils murmuroient contre les ordres absolus qu'on vouloit prescrire aux représentans de toute la nation.

Ainsi, il n'est point prouvé que Barentin, Broglie , Besenval, Puiséguir et d'Autichamp, ont eu part à cette horrible chaine de forfaits ; ils ne les ont ni conseillés, ni inspires, ni préparés ; ils n'en sont point auteurs , fauteurs, complices et adhérens. Le châtelet les déclare innocens : ils n'ont donc été que les instrumens aveugles et passifs de la volonté absolue du roi, dont ils étoient les ininistres ou les généraux.

C'est donc toi, ò Louis XVI! restaurateur de la liberté française, roi d'un peuple libre, 1oi honnête homine; c'est donc toi , qui, sans prétexte et sans motif, et seulement pour te donner tout autre passe-temps que celui de la chasse , as conçu le projet de faire périr six cent mille citoyens par la faim ou par le feu.

C'est donc toi qui as couvé dans ton cour; depuis le 26 juin jusqu'au 12 juillet, un projet dont auroient frémi' et Charles IX, qui n'ordonna la S. Barthelemi que trompé par sa mère, par ses ministres, et Néron, qui ne uit le feu à Rome que dans un moment d'ivresse.

C'est donc toi, qui, en signant les ordres de faire venir dans les environs de Paris des régimens étrangers, et de les charger de cartouches et de boulets, sayourois d'avance le plaisir de ........ No. 35.

D

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