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Nombre des mendians s'étoit accru à tel point, dans ce pays, que le Sr. Boyrot , lieutenant-général de police de la ville , y proposa , à la charité publique, un bureau des pauvres, dont les directeurs fuffent tirés du clergé , de la magiftrature , de la noblesse & de la bourgeoisie ; les damės furent chargées de la quête , & tout a fi bien réusli , que la mendicité a disparu depuis 1766. On ne s'est pas contenté de subvenir aux premiers besoins des indigens; on a fait appren: dre des métiers aux enfans, & l'on a forcé la fainéantise au travail. Le Sr. Depont , intendant de Moulins , par des secours confidérables qu'il a fait tenir à ce bureau, a facilité son succès, ainsi que beaucoup d'autres personnes qui n'ont point cher. ché à se faire connoître, tels que le grand aumônier de France , qui a faili cette occasion de donner des preuves de son amour pour un pays qui l'a vu naître. Ce que les exemples de la vertu ont de bien précieux, c'est d'entraîner les ames honnêres à les imiter; & c'est dans cette vue qu'on révele cette association secrete & trop rare de bienfaisance.

Le bailliage de Péronne , par une sentence du 22 Juillet dernier, a abrogé une fête populaire qui avoit lieu dans presque tous les villages de Picardie , le lendemain de la fête ordinaire du lieu , & qu'on appelloit la fêre de l'Arriere. De folles dépenses , des querelles & des indécences étoient communément les suites de 'certe vieille gaîcé, qui consistoit à faire promener à contrefens lur un ane, un prétendu roi de théâtre , escorté d'une foule de paysans qui árrétoient & insultoient les passans lorsqu'ils se refusoient à la contribution qu'ils exigeoient arbitrairement.

Les fréquens incendies survenus depuis quelque tems dans plusieurs endroits du royaume y ont multiplié le nombre des malheureux. On ap

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en peu

prend de la Lorraine, que la nuit du 8 au 9 du mois dernier, il y eut un incendie considérable au village de Guising , subdélégation de Birche. Un vent crés. violent communiqua promptement les flammes à des graoges remplies de paille & de foin, en !orte qu'il y eut neuf maifons brûlées

de temós. L'intendant de la province a fait aufli-tôt paffer des secours aux infortunés qui avoient éprouvé les plus grandes pertes. La fem. me d'un tifferand, dans la maison duquel le feu avoir commencé, a donné dans cette circonstance le plus attendrissant & le plus funeste exemple du courage qu'inspire l'amour maternel. Tandis que con mari étoit occupé du foin de sauver trois de ses enfans, elle traversa les flammes pour en arracher deux autres au danger qui les menaçoit ; elle en avoit déjà passé un à son mari par la fenêtre; & devenue plus intrépid'e par ce premier fuccès , elle s'élança de nouveau à travers la fùmiée & le feu, vers le lit du second; mais l'i&tivité de la flamme lui ayant fermé la retraite, elle périe, vi&ime d'un courage digne d'un meilleur fore.

Le 9 du même mois, It maisons & 3 granges pleines de gerbes furent consumées en moins de 2 heures à Seignelay, près d'Auxerre. Les flammes étoient poutsées par un vent de nord-ouest, & l'on craignoit qu'elles ne s'étendifsent dans la plus grande partie du bourg; mais le comte de Montmorenci-Laval, commandant d'un détachement du régiment Deu hin, cavalerie, fit abattre par sa troupe une chaumière dont la destruction interrompir la communication : si personne n'a péri on le doic aux soins, à la bravoure & à l'humania té de cet officier, d'un nom fi précieux à la France, qui est entré lui-même dans une boutique de tiles and pour en faire fortir trois malheureux qui n'y feroient pas restés une minute de plus, lune dexenir la proie des flammes.

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Un troisieme incendie détruisie, le 11 du même mpis, au village de Pusy, près de la ville de Vesoul, 23 maisons, & toutes les récoltes de grains & de tourrages ; cependant le lubdélégué de cette ville avoic obrenu du Sr. de Celier, lieutenant-colonel du régiment de Safnans, dragons, un détachement de 30 hommes, qui firent les plus grands efforts fans pouvoir arrêter les progrès de la flanme. On fait monter à piès de 60 mille livres la perte occasionnée

par cei incendie. Il paroit un mandement de l'évêque de Châlons (. de Juigné) à l'occasion de incendie arrivé à St. Dizier. Cette piece, dictée par la sollicitude pastorale, communique la juft douleur dont le cœur de ce vertueux prétat est déchiré. C'est en ces termes qu'il fait le tableau de la catastrophe de cette ville.

« Tout ce diocese rerencit du désastre affreux que vient d'éprouver la ville de St. Dizier. Vous avez été saisis d'effroi, nos très chers freres, au récie de ce fatal événement; vos cæuis en ont été pénétrés de douleur & de compassion, & fans doure il fera verser des larmes partou: où il y a des ames sensibles. Une leule nuir, ô nuiç de trouble & d'horreur ! une feule nuit a vu détruire la moiiié d'une des villes prin ipales de cette province. Cent maisons ont été embrasées presqu'en même tems; 'les édifices publics ont été consumés, le temple du seigneur n'a pas été épa goé, & Sr. Dizier ne présente plus maintenant qu'un amas épouvantable de débris, de fournaises & deci ndres. Cent cinquante y nombreuses familles, de tour état , de toute condition, sont réuires à la plus affreuie misere; d'anciens guerriers, chargés d'années, couverts de cicatrices , & qui jouilloient, au sein de leur patrie, d'un repos mérité par de longs services, sont expoiés à toutes les horreurs de l'indigence;

le feu a dévoré toutes les espérances du commerçant; l'artisan a vu périr jusqu'aux inftrumenis de son industrie ; & toute cette multitude eft aujourd'hui sans azile , sans pain, fans vêtemens, sans ressource. Confternés, abattus , accablés par leur malheur présent, déchirés par la pensée d'un avenir plus cruel, ils arrosent de leurs larmes les ruines encore fumantes de leurs habitacions, Hélas ! étions-nous donc destinés à voir la défolation de tout un peuple, d'un peuple dont le ciel nous a confié le salut & le bonheur » ! Après avoir rendu témoignage du zele avec lequel les habitans de cette ville infortunée se font dévoués au salut de leurs concitoyens , ainsi que de la générosité des curés des paroisses circonvoisines qui font accourus à la tête de tout leur peuple pour partager les travaux & les dangers, le prélat appelle les secours sur ses ouailles ; if excite ainsi la bienfaisance & la générosité. «Ouvrez donc enfin vos trésors, ô vous qui êtes les tristes esclaves de la sombre & cruelle avarice! Pour qui les con servez-vous ? Que deviendront-ils quand vous fem rez descendus dans le tombeau ? Quel plus noble ufage en pouvez-vous faire ? Quelle circonffance plus favorable pour racheter vos péchés & couvrir vos injustices ? Vous qui dislipez votre forcune en vains amusemens, en superfluités frivoles, ne serez-vous donc point touchés de la diserte de vos freres ? Quel sacrifice pouvez-vous leur faire dont vous ne receviez dès ce moment la récompense ? Quel bonheur de pouvoir vous dire à vous-mêmes , j'ai soulagé des malheureux, j'ai effuyé des larmes ! Et vous qui allez verser des pleurs coupables à des spectacles où l'on ne vous peint que des malheurs imaginaires, des malheurs que vous ne pouvez du moins adoucir , venez voir une catastrophe qui n'est hélas ! que trop réelle; voyez ces monceaux de ruines; voyez ces membres mutilés & à demi-brûlés; entendez les gé.

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missemens & les sanglots d'un peuple entier de malheureux. C'est à ce spectacle que la religion & l'humanité vous, appellent, voilà les spectacles vraiment dignes de votre sensibilité & de vos lare. mes, &c. »),

Indépendamment des six mille liv. envoyées à St. Dizier par les fermiers-généraux, le Sr. Rouillé d'Orfeuil, intendant de Champagne, a envoyé une pareille somme aux officiers municipaux pour pourvoir aux besoins les plus preflans. La ville de Waffy, outre les aumônes abond intes, a ofe fert de prêter sans intérêts pendant longtems une fomine considérable pour accélérer la cons truction des aziles qui doivent garantir des rigueuss de l'hiver les habitans ruinés. M. le duc d'Orléans, dont la bienfaisance est inépuisable, a fait rcm mettre provisoirement au bureau de la charité une aumône de 3 mille livres. Le clergé a remis le produit de la côtisation entre les mains de l'évêque. La dame le Pelletier de Beaupré, douairiere de l'ancien intendant de Champagne, & tré. foriere du bureau de charité à Paris, à donné "485 livres, à la premiere follicitation. Tous ces secours, joints au produit des quêtes du diocese, quelque abondans qu'ils soient, sont bien audessous des besoins immenfes & urgens des habicans de St. Dizier ; mais leurs humbles sup, plications déjà parvenues au pied du trône par le ministere de l'évêque, & appuyées par l'intendant , seront écoutées favorablement du monarque bienfaisant qui nous gouverne.

La récolte des grains étant reconnue généralement bonne, le parlement de Toulouse a arrêté que le roi seroit supplié d'ordonner l'exécution de l'édie de 1764, qui permet la sortie des bleds attendu qu'ils sont au-dessous du prix fixé par la loi. Cette sortie paroit d'autant plus nécessaire dans ce pays-là, que les propriétaires ont ablo,

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