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plongée dans le denil & dans la confterna rion; & ces orgueilleux colons, ces enfans ingrats qui, naguere, bravoient, menaçoient même la mere patrie, tendent maintenant les bras vers elle, & implorent des fecours qui feuls peuvent les fauver.

La lecture de ces lettres a été entendue dans un morne filencer 'auquel ont fuccédé les accens de la douleur. La crainte de perdre nos tre plus riche colonie frappoir tous les efprits; plufieurs députés avoient aufli à craindre pour leurs amis, pour leurs parens.

On a propose différentes mésures. Un membre demandoit qu'une députation allât fur le champ prier le roi de faire paffer des forces à Saint-Domingue; un autre vouloit qu'on fe hârât d'y envoyer trois vaiffeaux de ligne, trois frégates & des troupes.

Mais, fans s'arrêter à des réflexions qu'il eût été plus fondé à faire que tout autre, M. Briffot s'eft attaché à prouver qu'il ne falloit pas s'alarmer fi promptement. En effet, par quelle voie étoient arrivées ces dernieres nouvel les? Par un vaiffeau étranger. Et ce vaiffeau, qui avoit, difoit-on, touché au Cap, n'ap• portoit aucun avis officiel, aucune lettre du gouvernement, de l'administration, de l'AC femblée Coloniale. D'ailleurs les nouvelles peuvent paroître éxagérées. Ce n'eft pas une chofe qu'on puiffe croire aifément, qu'un raffemblement de cinquante mile Negres avec du canen ; & d'où feroient venus ces canons ? Touché de ces confidérations, M. Briffot a demandé le renvoi des lettres aux comités de marine & des colonies, pour en faire demain leur rapport. Ce parti a été adopté.

On prétend qu'il exifte un parti qui s'occupe à créer un petit empire d'outre-mer, où il

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y aura des maîtres & des efclaves, où l'on pourra diftribuer affez de titres imaginaires pour fatisfaire toutes les vanités de la Nobleffe & de la Bourgoeifie Françoifes. Voilà pourquoi, dit-on, nous recevons tant de nouvelles indirectes, & pourquoi les nouvelles direc tes n'arrivent jamais.

M. Taillefert avoit pris la parole fur l'ordre du jour, qui étoit la fuite de la difcuffion fur les troubles excités par des prêtrès ; mais comme l'opinant ne fe renfermoit pas exactement dans les limites de fon fujet, l'Affemblée l'a interrompu, & M. Ramond lui a fuccédé.

M. Ramond eft celui qui a heurté de front le plus directement l'opinion de M. Faucher. Celui-ci proposoit une économie de trente millions: M. Ramond a proposé un furcroît de dépense peut-être triple de cette fomme. M. Faucher vouloit qu'on ne payât que les prêtres affermentés: M. Ramond vouloit qu'on payâr les miniftres de tous les cultes. M. Ramond fondoit fa propofition fur le principe que tous les cultes font égaux en droits. Le principe eft vrai; mais la conféquence est abfurde, parce qu'elle eft inexécutable. La dif cuffion, interrompue par de fréquens débats, a été remife au 31.

Conformément au décret rendu hier, le comité militaire avoit présenté à l'Affemblée fon rapport, & les queffions qu'elle devoit faire au miniftre de la guerre. Il eft entré: l'Affemblée avoit demandé qu'il fît un rapport de l'état des places frontieres, & particulierement de la fituation où étoit celle de Sarre-Louis. Il a présenté un détail de la fituation de ces places, dreffé dans les bureaux d'après les comp tes qu'il s'eft fait rendre. Il a lu l'article qui regardoit Sarre-Louis, & qui présentoit un rés fultat fatisfaifant.

M. le préfident lui a fait enfuite les queftions arrêtées par l'Affemblée : prefque toutes avoient pour objet l'armement des bataillons de Gardes Nationales répandus fur les frontieres. Il a répondu que les généraux des armées, les chefs de divifion, avoient été chargés par lui, d'après un décret de l'Affemblée Conftituante de pourvoir à l'armement de ces bataillons & qu'il ignoroit comment & jufqu'à quel point fes ordres avoient été exécutés, & fi les armes de réforme des troupes de ligne, deftinées à l'armement des Gardes Nationales, après qu'elles auroient été réparties, s'étoient ou ne s'étoient pas trouvées fuffifantes. Il paroît cependant que fi quelqu'un en France eft obligé de fçavoir l'état de cet armement, c'est furtout le miniftre de la guerre. Si, lorfque Louis XV, dans la guerre de fept ans, envoya les milices fur les frontieres il avoit fait la même queftion, on ne lui eût pas fait. la même réponse.

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Le ministre a dit enfuite que plufieurs membres de l'Affemblée avoient paru craindre qu'on ne slui laiffât le tems de préparer les réponfes; qu'il demandoit, en conféquence tous ceux qui avoient des queftions à lui faire, des plaintes à porter contre lui, le fiffent fur le champ ; qu'autrement il lui feroit permis de croire qu'un peu d'animofité fe mêloit à leur zele. Sur cette propofition, on a paffé tranquillement à l'ordre du jour.

Du 30.

M. Vergniaud a été élu préfident.

La queftion fur les formes à fuivre dans la réquifition à faire au premier fuppléant à la Couronne a été la premiere agitée. Des débats plus longs qu'intéreffans ont précédé le décret fuivant.

L'Affemblée Nationale, confidérant que l'héritier préfomptif de la Couronne eft mineur & que Louis Stanifla-Xavier, prince françois, premier appellé à la régence, eft abfent du royaume »>:

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« En exécution de l'article II de la section, III de la Conftitution Françoise, requiert Louis Jofeph Staniflas Xavier de rentrer dans le royaume dans le délai de deux mois compter du jour de la notification qui lui fera faite de la préfente requifition, & déclare de, dans le cas où Louis Jofeph - StaniflasXavier ne feroit pas rentré à l'expiration du délai fixé, il fera cenfé avoir abdiqué fon droit. à la régence, conformément à l'article cidefus cité ».

« L'Affemblée Nationale charge le pouvoir exécutif de notifier à Louis - Jofeph - StanislasXavier, prince françois, la préfente réquifition; & le miniftre des affaires étrangeres rendra compte, fous huit jours, à l'Alem blée Nationale, des mesures qu'il aura prifes à cet égard ».

« Décrete que la présente réquisition fera portée dans le jour au roi ».

On a lu enfuite une lettre du miniftre de la marine, qui annonçoit que le roi croyoit devoir, d'après la lettre fue hier, relatives ment à Saint Domingue, envoyer 2300 hommes de troupes.

Cette lettre a amené le rapport des comités, réunis de la marine & des colonies, qui tendent à l'envoi de la force armée dans la colonie, quoique cependant on convint qu'il y avoit une grande exagération dans les détails de cette lettre.

M. Briffot, après avoir raffuré ceux que fes opinions fur les queftions coloniales pouvoient

alarmer, a invité l'Affemblée à écarter toute crainte de fa délibération : « on delibere toujours mal, a-t-il dit, fous le couteau de la terreur ». Il s'eft attaché à rechercher quels étoient les dangers dont Saint-Domingue étoit menacé, fur quelles preuves on les appuyoit, & quels remedes on devoit leur porter.

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Il a fait voir que les variations de toutes les nouvelles devoient exciter des foupçons fur leur vérité, & décompofant la lettre qui avoit été lue la veille, il a fait voir qu'elle n'étoit qu'un tiffu d'invraisemblances, de contradictions & d'absurdités. Il a demandé comment il fe faifoit que, depuis le 26 Août jour où cette révolte avoit éclaté, pas une nouvelle ne fût parvenue à la France; foit par les vaiffeaux de Saint-Domingue, foit par ceux arrivés de la Havane, qui avoit une communication perpétuelle avec Saint-Domingue. Il a demandé comment le vaiffeau la Daphné, qui avoit touché au Cap, n'avoit apporté aucune lettre du gouverneur ni des négocians. Il a fait voir l'abfurdité de fuppofer une armée de 50 mille Noirs qui tout-à-coup devinent le fecret de tracer un camp régulier & de fe bien fortifier; l'abfurdité de fuppofer que les Hollandois & les Efpagnols furent affez ftupides, affez ennemis de leur existence pour fournir des munitions aux efclaves, & encourager une révolte qui pourroit être imitée chez eux.

Après avoir relevé tous les autres caracteres de fufpicion que préfente cette lettre, it n'a pas diffimulé que, fi une révolte générale n'étoit qu'une chimere, il n'étoit pas poffible ́de douter qu'il n'y eût une révolte des Noirs aux environs du Cap, & qu'en conféquence il ne fût néceffaire d'adopter les mesures pro pofées par le comité.

Dix Novembre. 1791. N°. XXXII, G

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