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cet officier et les Suisses fut connu des soldats et du peuple, M. Alalseigne fut regardé comme un assassin. Il avoit plongé son épée dans le corps d'un soldat, qui, à la vérité, éioit gravement coupable contre la discipline. II, pait de Nancy le 28; divers meni bres des végimens se mettent à sa poursuite ; un cétachement de Carabiniers se trouve là tout prêt; M. Valseigne est à la tête, il chargé les soldats, les tue, les blesse et les fait prisonniers.

Cette nouvelle fait naitre ou accrédite le bruit que

les soldats sont trahis. Dans toute la ville on crie à la trahison ; que les Autrichiens et les Anglais sont sur la frontière, qui est dégarnie; que M. Malseigne a été les joindie ; qu'il va venir fon. dre sur Nancy à la tête des Carabiniers. Sur le champ les soldats s'arnient pour se mettre en campagne ; ils arrètent le sieur Denoue et l'oflicier de la garde Parisienre, qui est accusé d'être un traitre. Le premier est mis au cachot; le secoad est retenu au milieu des soldats. Ils partent vers la nuit pour aller au-devant d'un enneini qui n'existoit pas. : Ces faits furent rapportés par M. de Bouillé à M. là Tour-du-P'in, qui 'les rendit à l'asceinblée ; mais ils ne lui apprirent pas un mot de la conduite sanguinaire du sieur Malseigne , de l'erreur où étoient tonbés les soldats, erreur si cruellement justifiée par la conduite des officiers depuis six mois.

Ici s'ouvre une autre scène : Portons nos regards sur l'assemblée nationale. Lorsque la lettre de M. Louillé fut lue , lorsqu'on vit qu'il étoit forcé de convenir qu'il étoit regardé dans le pays comine un ennemi de la revolution , tous les citoyens fréinirent de l'atrocité, ministérielle que prouvoit $a nomination au généralat pour l'exécution du décret contre la garnison de Nancy: il demundoit qu'on envoyat deux députés de l'assemblée pour çommissaires,

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Le brave Emmery avoit an projet de décret tout préparé. Les aristocrates, et les ministériels sur-tout, avoient leurs rôles prêts ; aussi lorsque la motion du renvoi de la lettre aux trois comités réunis fut faite par MM. Alexandre Lameth Roberspierre, Cottin, etc., le parti adverse' se trouva en force, et Emmery proposa son décret. Il restera ce projet, pour la honte de tous ceux qui l'ont appuyé, et qui savoient bien qu'ils ne cherchoient qu'à procurer une «xcuse anticipée à tout ce que M. Bouillé pourroit faire.

Oui, l'on a proposé au premier corps législatif de France de décréter qu'il approuvoit ce qu'avoit fait ET FERA, conforméinent aux ordres du roi, le général Bouillé, en exécution des décrets de i'assemblée nationale.

Ce projet de décret, s'écria M. Cottin , est le proclamation de la guerra civile. M. la Rochefoucaud appuye ce projet; mais MM. Salle, Roberspierre demandent que l'on entende au moins auparavant la députation de la garde nationale de Nancy

Le récit des députés ouvre enfin les yeux à la portion trompée de l'assemblée nationale , à ces hommes qui ne sont cruels que parce qu'ils crai. gnent et qu'ils sont foibles. Le parti ministériel sent qu'il a l'opinioa contre lui. Le sieur Duquesnoy se concerte avec le sieur Einmery , et amende son projet, en proposant simplement de donner des espèces de lettres de créance à M. Bouillé, à ce M. Bouillé, dont le choix étoit un crime, et dont le nom seul étoit un obstacle à ce qu'il réussit şans verser di sang.

Le club de 1783, pour obtenir que la discussion fùt fermée, employa une tactique qui lui est familière, et qui date du décret sur la guerre et la paix. Il fit paroitre le liétos la Fayeite, qui , appuyant M. Duquesnoy, demanda que l'assemblée témoignât son approbation à M. Bouillé : aussi

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tot on cria qu'il falloit fermer la discussion. La sainte colère de M. Biauzat, l'humanité de l'abbé Goutte, de M. Roberspierre, détruisent l'effet de la présence du héros. M. Barnave propose qu'avant de verser le sang on donne aux soldats trompés une preuve que l'assemblée n'avoit pas voulu , no vouloit pas assurer l'impunité aux officiers. Il propose une proclamation paternelle et l'envoi de deux commissaires patriotes chargés de diriger la force publique. Les ministériels attérés eurent l'air de se rendre à cette proposition , pour sauver les apparences d'une défaite.

Pendant que cette proclamation de paix se rédigeoit à Paris', le sang couloit à Nancy : Voici la nouvelle qu'on en eut ici le 2 septembre, à 6 heures da soir, et qui se répandit le lendemain. C'est une lettre de M. la Tour-du-Pin à l'assemblée.

«Un courrier extraordinaire arrivé hiur de Nancy à six heures du soir, a remis chez moi une lettre qui, à la vérité, n'est pas officielle, mais dont mon devoir est de rendre compte de l'assemblée nationale. Les détails qu'elle contient ni’étant donnés par mon fils, je crois pouvoir compter sur son exactitude. Voici ce qu'il me mande en substance :M. Bouillé est accablé de fatigues, et n'a ni la force, ni le temps de vous écrire. Il vous avoit mandé

que son intention étoit le réunir toutes les troupes', taat nationales que de ligne à Frouard, pour leur lire le décret de l'assemblée nationale, sanctionné par le roi. Elles ont témoigné une ardeur qui donnoit la plus grande confiance dans leurs dispositions. Il est arrivé une députation des corps de Nancy. Le général a répondu qu'il ne pouvoit capituler avec des rebelles aux décrets de l'assemblée et aux ordres du roi ; que si dans deux heures M. Malseigne et M. Denoue n'étoient rendus, et si les régimens n'étoient tous les trois en bataille reposés sur les armes hors de la ville, il se disposeroit à faire exécuter le décret. Après quelques pourparlers, on a ramené M. Malseigne et M. De noue, et on a dit que les régimens sortoient dans la prairie ; mais en même temps on a remarqué une porte gardée par le régiment suisse. Alors l'ardeur des troupes a été grande; elles se sont approchées; on leur a tiré des coups de fusil, et sur le champ l'affaire s'est engagée avec les volontaires qui composoient notre avant - garde. Elle a été même fort vive ».

« Le général est accouru pour arrêter le premier feu; cela étoit devenu impossible. Il n'est plus resté d'autre ressource que la rigueur ; elle a été employée. La fusillade dans les rues et des fenêtres a été très-forte. On ne peut savoir encore le nombre des tués ou blessés. Sur quatre officiers qui commandoient nos volontaires, trois ont été tués; enfin, le régiment du roi s'est réuni dans son quartier, et a envoyé un drapeau et quatre hommes pour capituler. Le général lui a ordonné de se rendre sur le ehanp à Verdun, ce qu'il a fait. Le Mestre-de-camp est dispersé ou prisonnier, et a ordre d'aller à Toul. Château-Vieux est partie tué, partie prisonnier. Ce qui reste a reçu l'ordre de se rendre à Vic, Moyen-Wie et Marsal. Il n'est point d'éloges qu'on ne doive donner aux gardes nationales et aux autres troupes. Leur courage a égalé leur patriotisme. Plusieurs sont morts pour cette juste cause; mais l'ordre est rétabli. Nancy respire , et ses concitoyens sont heureux de la voir rendue à la tranquillité

· A cette lettre étoit jointe une lettre du roi qui est singulièrement remarquable.

« J'ai chargé M. de la Tour-du-Pin de vous informer des événemens qui ont rétabli l'ordre et la paix dans la ville de Nancy; nous le devons à la fermeté et à la bonne conduite de M. Bouillé , à la fidélité des gardes nationales et des troupes qui, sous ses ordres, se sont montrées soumises à leur serment et à la loi. Je suis douloureuse

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ment affecté de ce que l'ordre n'a pu être rétá. bli sans effusion de sang; mais j'espère que ce sera pour la dernière fois, et que désormais on ne verra plus: aucun régiment se soustraire à la discipline militaire, sans laquelle une armée de-yiendroit le fléau de l'état >>

Est-ce là le ton d'un homme douloureusemerit affecté? Ah! ce n'est pas Auguste criant dans tout son palais : Varus, rends-moi mes légions!

D'après les nouvelles du ministre , la bonne conduite de M. Bouillé n'auroit eu aucune part au succès; le combat se seroit engagé sans lui, si fort contre son avis, qu'il courut pour arréter le premier feu.

La lettre adressée à M. la Tour-du-Pin n'étarit point officielle, l'assemblée ne pouvoit pas délibérer à cet égard, mais ce n'étoit pas la le compte du héros la Fayette: il eût éié fort bon d'escamoter à l'assemblée un décret d'approbation et de remercimens pour le général Bouillé; il s'empresse de certifier la vérité des détails dues par le ministre; ils lui avoient été rapportés, dit-il, par M. Desmotte, son aide de camp, qui s'étoit trouvé en cette même qualité (chose éirange) près de M. Bouillé pendant l'action de Nancy, et qui y avoit été blessé. Il sembloit que l'as ernblée n'avoit qu'à répéter les mots d'éloge qui se trouvoiert si à propos dans la lettre du roi; mais l'assemiblée témoigna le désir d'attendre des nouvelles officielles, et M. Chapelier s'empressa de demander qu'on passåt à l'ordre du jour.

Nous imiterons la prudente circonspection de l'assemblée nationale, nous attendrons de plus grands éclaircissemens pour donner une opinion sur ce triste événement. Nous avons présenté à nos lecteurs une masse de faits qui fournissert matière à de vastes réflexions. La disposition

actuelle

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