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sés au recouvrement de ce droit peuvent être chargés, presque sans nouveaux frais, d'un droit additionnel sur les entrées. Il est vrai qu'alors le droit ne porte que sur les objets de consommation qui passent par les portes de la ville, et que les marchandises dont la principale valeur est le produit de l'industrie, et a été créée dans l'enceinte même de la ville, échappent à ce droit; mais il faut considérer qu'il s'agit moins ici d'imposer la totalité des objets de consommation que d'imposer des objets quelconques dont la consommation soit en proportion avec les différentes fortunes.

D'ailleurs quelle contribution n'a pas ses inconvénients? et dans le choix d'une charge pénible, ne doit-on pas préférer celle qu'on porte le plus commodément?

La contribution somptuaire se paie, en général, bien moins difficilement que la mobilière; elle repose sur des bases moins équivoques. Le nombre et le sexe des domestiques, les équipages qu'on a, sont des choses de fait qui ne se peuvent pas facilement dissimuler. On pourra être surpris, en conséquence, que le projet de loi autorise, dans la ville de Marseille, le remplacement d'une contribution si facile à asseoir, et si morale dans ses effets; mais il faut considérer que si elle subsistait seule, ses frais de perception pourraient devenir disproportionnés avec ses produits. Cet article au surplus n'est que facultatif, et le conseil général de la commune pourra maintenir celle de ces contributions où il n'aurait pas reconnu d'inconvénients.

Le second article du projet statue que le mode de perception, provisoirement adopté par la ville de Marseille, devra être définitivement approuvé par le Corps législatif dans sa prochaine session. Cette disposition est conforme aux principes qui veulent qu'aucune nouvelle charge ne puisse être imposée aux peuples, même aux extrémités de la République, sans le consentement formel de ses délégués.

Ces motifs, citoyens législateurs, ont déterminé le Tribunat à adopter le projet de loi relatif aux contributions de la ville de Marseille, et il ose se flatter qu'ils vous engageront à le sanctionner par vos suffrages.

Le Corps législatif ferme la discussion et délibère sur le projet, qui est converti en loi à la majorité de 218 voix contre 4.

Les citoyens Jollivet et Dauchy, conseillers d'Etat, sont introduits.

Le citoyen Jollivet présente le projet de loi suivant, relatif à la répartition des amendes forestières, dont il développe les motifs en ces termes : Citoyens législateurs, la loi du 29 septembre 1791 attribue aux agents forestiers la moitié du produit des amendes forestières; l'autre moitié, versée dans les caisses publiques, s'y confond avec les autres revenus de l'Etat.

Le Gouvernement a reconnu que l'effet naturel d'une plus grande répression des délits forestiers étant de les rendre moins fréquents, et, par une conséquence immédiate, d'abaisser le produit des amendes, il était nécessaire de faire entrer non la moitié seulement, mais la totalité de ce produit dans les moyens d'encouragement et de récompense destinés aux agents forestiers qui auront le mieux concouru à la conservation des forêts, afin de mettre le Gouvernement plus en état de diriger leur action vers ce but, qui est l'objet de votre sollicitude et de la sienne.

Le Gouvernement espère donc, citoyens législateurs, que vous accorderez votre approbation au

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A compter du 1er vendémiaire an XII, le produit des amendes forestières, déductions faites de tous les frais de poursuite et de recouvrement, pourra être réparti annuellement entre les agents forestiers, à titre d'indemnité; il est dérogé à cet égard à l'article 15 du titre XV de la loi du 29 septembre 1791.

Le Corps législatif arrête que ce projet de loi sera communiqué au Tribunat par un message. On procède par appel nominal au scrutin secret pour la nomination de quatre secrétaires. Le citoyen Golzart réunit seul la majorité absolue des suffrages.

Il sera procédé demain à un nouveau scrutin. Les citoyens Regnauld (de Saint-Jean-d'Angély), Ségur et Berlier, conseillers d'Etat, orateurs du Gouvernement, sont annoncés et introduits.

Le citoyen Regnauld monte à la tribune et donne lecture de la pièce suivante :

RAPPORT DU GRAND JUGE, MINISTRE DE LA JUSTICE, AU GOUVERNEMENT.

Citoyen Premier Consul, de nouvelles trames ont été ourdies en Angleterre; elles l'ont été au milieu de la paix qu'elle avait jurée; et quand elle violait le traité d'Amiens, c'était bien moins sur ses forces qu'elle comptait que sur le succès de ses machinations.

Mais le Gouvernement veillait; l'œil de la police suivait tous les pas des agents de l'ennemi; elle comptait les démarches de ceux que son or ou ses intrigues avaient corrompus.

Déjà, sans doute, on s'imaginait à Londres entendre l'explosion de cette mine qu'on avait creusée sous nos pas; on y semait du moins les bruits les plus sinistres, et on s'y repaissait des plus coupables espérances.

Tout à coup les artisans de la conspiration sont saisis; les preuves s'accumulent, et elles sont d'une telle force, d'une telle évidence, qu'elles porteront la conviction dans tous les esprits.

Georges et sa bande d'assassins étaient restés à la solde de l'Angleterre; ses agents parcouraient encore la Vendée, le Morbihan, les Côtes-du-Nord, et y cherchaient en vain des partisans que la modération du Gouvernement et des lois leur avait enlevés.

Pichegru, dévoilé par les événements qui précédèrent le 18 fructidor an V, dévoilé surtout par cette correspondance que le général Moreau avait adressée au Directoire, Pichegru avait porté en Angleterre sa haine contre sa patrie.

En l'an VIII, il était avec Villot à la suite des armées ennemies pour se rallier aux brigands du Midi.

En l'an IX, il conspirait avec le comité de Bareuth; depuis la paix d'Amiens, il était encore le conseil et l'espoir des ennemis de la France.

La perfidie britannique associe Georges à Pichegru, que la France avait estimé, qu'elle avait voulu longtemps croire incapable d'une trahison.

En l'an XI une réconciliation criminelle rapproche Pichegru et le général Moreau, deux hommes entre lesquels l'honneur devait mettre une haine éternelle. La police saisit à Calais un de leurs agents au moment où il retournait pour la seconde fois en Angleterre. Cet homme est sous sa main avec toutes les pièces qui constatent la réalité d'un raccommodement inexplicable alors, si les nœuds n'en avaient pas été formés par le crime.

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A l'arrestation de cet agent, le général Moreau paraît un moment agité; il fait des démarches obscures pour s'assurer si le Gouvernement est instruit; mais tout se tait et lui-même rendu à sa tranquillité, il tait au Gouvernement un événement qui a droit d'alarmer sa surveillance; ille tait lors même que Pichegru est appelé publiquement aux conseils du ministère britannique, lorsqu'il s'unit avec éclat aux ennemis de la France.

Le Gouvernement ne voulut voir dans son silence que la crainte d'un aveu qui l'aurait humilié, comme il n'avait vu dans son éloignement de la chose publique, dans ses liaisons équivoques, dans ses discours plus qu'indiscrets, que de l'humeur et un vain mécontentement.

Le général Moreau, qui devait être suspect, puisqu'il traitait secrètement avec l'ennemi de sa patrie; qui, sur ce soupçon plus que légitime, eût été arrêté à toute autre époque, jouissait tranquillement de ses honneurs, d'une fortune immense, et des bienfaits de la République. Cependant les événements se pressent: Lajollais, l'ami, le confident de Pichegru, va furtivement de Paris à Londres, revient de Londres à Paris, porte à Pichegru les pensées du général Moreau, rapporte au général Moreau les pensées et les desseins de Pichegru et de ses associés. Les brigands de Georges préparent dans Paris même tout ce qui est nécessaire à l'exécution des projets communs.

Un lieu est assigné entre Dieppe et Tréport, loin de toute inquiétude et de toute surveillance, où les brigands d'Angleterre, conduits par des vaisseaux de guerre anglais, débarquent sans être aperçus, où ils trouvent des hommes corrompus pour les recevoir, des hommes payés pour les guider pendant la nuit de stations en stations convenues, et les amener jusqu'à Paris.

A Paris, des asiles leur sont ménagés dans des maisons louées d'avance, où sont des gardiens affidés; ils en ont dans plusieurs quartiers, dans plusieurs rues, à Chaillot, dans la rue du Bac, dans le faubourg Saint-Marceau, dans le Marais.

Un premier débarquement s'est opéré c'était Georges avec huit de ses brigands.⚫

Georges retourne sur les côtes pour assister au débarquement de Coster Saint-Victor (condamné par le jugement rendu sur l'affaire du 3 nivôse) et de dix autres brigands.

Dans les premiers jours de ce mois, un troisième débarquement a lieu: c'est Pichegru, Lajollais, Armand Gaillard, frère de Raoul, Jean-Marie, un des premiers affidés de Georges, et quelques autres brigands de cette espèce. Georges, avec Joyau dit d'Assas, Saint-Vincent et Picot, dit le Petit, allèrent au-devant de ce troisième débarquement. La réunion se fit à la ferme de la Poterie.

Un quatrième débarquement est attendu. Les vaisseaux sont en vue; mais les vents contraires les empêchent d'approcher: il y a peu de jours encore qu'ils faisaient les signaux de reconnaissance.

Georges et Pichegru arrivent à Paris. Ils sont logés dans la même maison, entourés d'une trentaine de brigands auxquels Georges commande; ils voient le général Moreau. On connaît le lieu, le jour, l'heure où la première conférence s'est tenue. Un second rendez-vous était convenu et ne s'est pas réalisé; un troisième, un quatrième ont eu lieu dans la maison même du général Moreau. Cette présence de Georges et de Pichegru à Paris, ces conférences avec le général Moreau, sont constatées par des preuves incontestables et multipliées. Les traces de Georges et de Pichegru sont suivies de maison en maison. Ceux qui ont

aidé à leur débarquement; ceux qui, dans l'ombre de la nuit, les ont conduits de poste en poste; ceux qui leur ont donné asile à Paris, leurs confidents, leurs complices, Lajollais, leur principal intermédiaire, le général Moreau, sont arrêtés. Les effets et les papiers de Pichegru sont saisis, et la police suit ses traces avec une grande activité. L'Angleterre voulait renverser le gouvernement, et par ce renversement opérer la ruine de la France, et la livrer à des siècles de guerres civiles et de confusion. Mais renverser un Gouvernement soutenu par l'affection de trente millions de citoyens, et environné d'une armée forte, brave, fidèle, c'était une tâche à la fois au-dessus des forces de l'Angleterre et de celles de l'Europe. Aussi l'Angleterre ne prétendait-elle y parvenir que par l'assassinat du Premier Consul, et en couvrant cet assassinat de l'ombre d'un homme que défendait encore le souvenir de ses services.

Je dois ajouter que les citoyens ne peuvent concevoir aucune inquiétude. La plus grande partie des brigands est arrêtée; le reste en fuite et vivement poursuivi par la police. Aucune classe de citoyens, aucune branche de l'administration n'est atteinte par aucun indice, par aucun soupçon. Je ne donnerai point de plus amples développements dans ce rapport: vous avez vu toutes les pièces, vous ordonnerez que toutes soient mises sous les regards de la justice.

Le Grand Juge, Ministre de la justice, Certifié conforme, Signé: REGNIER.

Le secrétaire d'Etat, Signé: HUGUES-B.-MARET. Fontanes, président.

Citoyens conseillers d'Etat, au premier bruit de la conspiration qui a menacé des jours si utiles et si chers à la patrie, tous les membres du Corps législatif ont été saisis de douleur et d'indignation. Celui qui était l'objet de tant d'inquiétudes, de vœux et d'amour, n'a point ignoré nos sentiments: il a su que notre cœur les contraignait avec peine et n'attendait qu'un signal pour les manifester.

« Les lois, sans doute, ont seules le droit de condamner ou d'absoudre, et le corps qui les sanctionne doit attendre leur jugement.

« Mais que de tristes pensées fait naître l'étrange assemblage de ces personnages divers, accusés du même crime! Comment un nom célèbre se trouve-t-il associé au nom de quelques vils assassins? Un guerrier, qu'on estima si longtemps, at-ilpu manquer de respect à sa propre gloire ? Si la patrie s'afflige en voyant passer dans les rangs de ses ennemis un de ses plus grands défenseurs, qu'elle se console et s'applaudisse en voyant celui dont elle reçoit sa vraie gloire, sa sûreté et son bonheur, échapper au plus horrible des complots! Toutes les trames du crime sont rompues, et déjà le danger n'est plus. Ceux qui ont vu depuis la sécurité du Premier Consul au moment où tout était à craindre pour lui et pour nous, ont pu lui appliquer cette réflexion d'un grand écrivain politique sur Charlemagne (1): Il se joua de tous les périls, et particulièrement de ceux qu'éprouvent les grands conquérants, je veux dire les conspirateurs. L'histoire ne manquera pas d'observer ce trait de ressemblance que semble avoir le restaurateur de l'empire français avec son plus illustre fondateur.

« Un autre motif de consolation s'offre au milieu de tant d'objets funestes. Le sentiment qui anime les grands corps de l'Etat s'est retrouvé dans tous les cœurs. La France entière recule

(1) Montesquieu, Esprit des lois.

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d'effroi devant l'abîme qu'un grand attentat pouvait ouvrir, et que l'anarchie s'apprêtait encore à combler de ruines. Du côté du Premier Consul se rangent tous les Français, et de l'autre quelques conspirateurs, pour la plupart étrangers et soudoyés par nos ennemis. Ainsi le danger qu'a couru le chef du Gouvernement n'aura fait qu'augmenter sa force, en avertissant tous les intérêts de se réunir plus fortement autour de lui. Le projet d'un grand crime ne tournera qu'à la confusion de l'Angleterre, qui l'a conçu, et fera mieux sentir le besoin d'appuyer de plus en plus les destinées de ce vaste empire sur la colonne qui le porte tout entier. »>

Le Corps législatif ordonne l'impression, tant du rapport qui lui a été communiqué par le Gouvernement, que du discours du président, et leur distribution à six exemplaires.

A trois heures et demie, le Corps législatif suspend sa séance publique et se forme en comité secret, conformément au sénatus-consulte organique du 28 frimaire, pour délibérer sur la communication officielle qui vient de lui être faite. Le comité secret à eu lieu jusqu'à quatre heures et demie.

La séance rendue publique, le citoyen Sauret, vice-président, occupe le fauteuil et annoncé l'ordre du jour de demain. La séance est levée.

TRIBUNAT.

PRÉSIDENCE DU CITOYEN JAUBERT. Séance du 27 pluvióse an XII (vendredi 17 février 1804).

Le procès-verbal de la séance d'hier est adopté. Le Corps législatif communique par un message un projet de loi relatif à la répartition des amendes forestières.

Le projet est renvoyé à l'examen de la section des finances.

Les citoyens Treilhard, Fleurieu et Lacuée, conseillers d'Etat, orateurs du Gouvernement, sont annoncés et introduits.

Le citoyen Treilhard donne communication à l'Assemblée du rapport du grand juge, ministre de la justice, sur la conspiration de Pichegru.

(Voyez plus haut le texte de ce document, séance du Corps législatif de ce jour).

Jaubert,président. Citoyens conseillers d'Etat, orateurs du Gouvernement,

Lorsqu'un grand empire, après de longues secousses, est enfin parvenu à se rasseoir sur ses bases, que pourraient contre lui, et les efforts de quelques ennemis, et le délire de quelques passions?

Si notre première pensée est toujours pour le peuple, n'embrasse-t-elle pas le chef qu'il a choísi, et que nos cœurs, comme notre raison, élèveraient chaque jour au rang suprême, si déjà les Français ne l'avaient investi d'un pouvoir égal à leur confiance?

Cependant quelle époque pour l'histoire, quel avertissement pour les nations!

Les Français n'appellent du parjure d'un gouvernement ennemi qu'à leur vaillance.... Cegouvernement ennemi organise l'assassinat, et, pour comble de malheur, on trouve mêlé dans ses complots un nom accompagné depuis longtemps d'illustres souvenirs.

Citoyens, soldats, fonctionnaires, nous répondrons à notre siècle, aux siècles à venir, à l'histoire, qui jamais n'avait eu de si grandes choses à raconter, et qui néanmoins attend de

nouveaux prodiges; nous répondons tous de la vie de Bonaparte, dont l'existence garantit à la France et sa gloire et sa prospérité.

Le Tribunat donne aux citoyens conseillers d'Etat, orateurs du Gouvernement, acte de la communication qu'ils viennent de lui faire, et il ordonne l'insertion du message au procès-verbal.

Le Président. Je crois être l'organe du Tribunat en lui proposant de se rendre en corps auprès du Premier Consul, pour lui exprimer toute l'horreur qu'un pareil attentat lui a fait éprouver, et le féliciter en même temps de ce qu'il a échappé au danger qui l'entourait.

Cette proposition est adoptée à l'unanimité. Le Président prononce la levée de la séance, Moreau. Citoyen Président, je demande la parole.

Le Président remonte au fauteuil.

Le Président. Citoyen Moreau, vous avez la parole.

Moreau. Vous venez d'entendre les orateurs du Gouvernement; vous avez lu ce matin l'ordre du jour publié par le gouverneur de Paris; ces deux pièces sont en partie dirigées contre le général Moreau. Je ne puis voir sans le sentiment de la douleur la plus vive, qu'on se soit attaché depuis si longtemps à calomnier un homine qui a rendu des services importants à la République, et qui, dans ce moment, n'a pas la liberté de se défendre. Je le déclare à la nation toute entière, mon frère est innocent des atrocités qu'on lui impute; qu'on lui donne les moyens de se justifier, et il se justifiera. Je demande en son nom, au inien, au nom de toute sa famille éplorée, qu'on apporte à son jugement la plus grande solennité.

Je demande qu'il ne puisse être traduit que par-devant un tribunal ordinaire. Il lui sera facile de faire éclater son innocence. J'affirme que tout ce qu'on a dit est une infâme calomnie.

Curée. C'est un juste mouvement que celui que vient de faire éclater notre collègue.

Moreau. Ce n'est point un bon mouvement; c'est l'expression de la vérité et de l'indignation. (Le citoyen Moreau sort de la salle).

Curée. Il a parlé pour son frère. Quelle est l'âme honnête qui n'ait approuvé l'émotion qui l'a entraîné à la tribune? Un vaste projet de conspiration est dénoncé aux premières autorités, est dénoncé à la nation, va l'être aux tribunaux. La défense du général Moreau aura devant la justice toute l'étendue, toute la liberté, tout l'éclat dont peut être susceptible une aussi grande cause; mais que devez-vous faire, sinon désirer, et votre désir, j'en suis sûr, est partagé par le Gouvernement, que le général sorte innocent d'accusations qui, intéressant la sûreté intérieure et extérieure de la République, doivent être approfondies et jugées, quels que soient la réputation et les services des hommes qui y sont compromis.

Le citoyen Treilhard demande là parole.

Le Président. Je vous ferai observer, citoyen orateur du Gouvernement, qu'aucune proposition n'a été faite et qu'il n'y a aucun objet en délibération; cependant vous avez la parole.

Treilhard. Citoyens tribuns, l'orateur qui a précédé à cette tribune celui que vous venez d'entendre, a satisfait à ce qu'il a cru devoir aux liens étroits qui l'unissent au général Moreau, Si je n'étais retenu par cette considération et par le respect dû à un citoyen en état d'inculpation. je dirais que le zèle de cet orateur s'est manifeste avec un peu d'emportement si sa sensibilité lui avait permis d'écouter tranquillement la lecture que j'ai faite du rapport dù grand juge,

il aurait vu que son résultat était un renvoi à la justice. Le Gouvernement s'est trop constamment montré scrupuleusement observateur de la loi, pour qu'on ait le droit de supposer qu'il veut s'en écarter. L'empressement meine qu'il met à vous instruire de ce qui s'est passé, prouve assez le prix qu'il attache à l'opinion publique et à la vôtre. La marche de la justice s'oppose à la publicité actuelle des pièces; elles ont été communiquées au Sénat et au Conseil d'Etat, qui délibèrent dans le secret. Je n'ajouterai qu'un mot : le général Moreau, ses parents, ses amis, auront toute latitude pour sa défense; il n'est personne qui n'ait désiré fortement de ne pas le croire coupable.

Le Tribunat ordonne l'impression des observations du citoyen Treilhard.

La séance est levée.

SÉNAT CONSERVATEUR.

28 pluvióse an XII (samedi 18 février 1804). Les membres du Sénat conservateur ayant été introduits aujourd'hui auprès du Premier Consul, le citoyen Bertholet, vice-président, lui a présenté la délibération ci-après et a prononcé le discours suivant :

Extrait des registres du Sénat conservateur, du samedi 27 pluvióse an XII de la République. Le Sénat conservateur, après avoir entendu les communications qui lui ont été faites au nom du Gouvernement, par le grand juge, ministre de la justice, dans la séance de ce jour,

Arrête qu'il se rendra en corps, demain 28 pluviose, auprès du Premier Consul de la République, pour lui témoigner les sentiments dont il est pénétré.

Signé Cambacérès, second Consul, président; Morard de Galles et Joseph Cornudet, secrétaires. Bertholet, vice-président. Citoyen Premier Consul, lorsque le Sénat se réunit auprès de vous, il n'a ordinairement qu'à vous offrir des actions de grâces pour la gloire à laquelle vous élevez la République, et pour la sagesse et la vigilance de votre administration.

Aujourd'hui, il est amené par la profonde indignation dont l'a pénétré le complot qui vient d'être découvert, et dont l'Angleterre a soudoyé les agents.

Il est affligeant pour l'humanité de voir les chefs d'une nation s'avilir au point de commander l'assassinat; ils sont donc bien faibles, puisqu'ils se condamnent à tant d'infamie.

Le Sénat a vu avec douleur, au nombre des accusés, l'un des plus illustres défenseurs de la patrie la gravité des inculpations et des circonstances nécessitaient impérieusement les mesures qui ont été prises à son égard. Vous avez fait ce qu'exige la sûreté individuelle des citoyens, par le renvoi des accusés devant les tribunaux.

Le vœu du Sénat, citoyen Premier Consul, est qu'écoutant moins un courage qui méprise tous les dangers, vous ne portiez pas seulement votre attention sur les affaires publiques; mais que vous en réserviez une partie pour votre sûreté personnelle, qui est celle même de la patrie.

Le Premier Consul a répondu à ce discours en ces termes :

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«ment profond et pénible, lorsque je songe dans quelle situation se trouverait aujourd'hui ce grand peuple, si le dernier attentat avait pu « réussir; car c'est principalement contre la gloire, « la liberté et les destinées du peuple français que l'on a conspiré.

«J'ai depuis longtemps renoncé aux douceurs « de la condition privée : tous mes moments, ma « vie entière sont employés à remplir les devoirs « que mes destinées et le peuple français m'ont « imposés.

« Le ciel veillera sur la France, et déjouera les « complots des méchants. Les citoyens doivent « être sans alarmes ma vie durera tant qu'elle « sera nécessaire à la nation. Mais ce que je veux « que le peuple français sache bien, c'est que l'existence, sans sa confiance et sans son amour, « serait pour moi sans consolation et n'aurait plus « aucun but. »

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CORPS LEGISLATIF.

PRÉSIDENCE DU CITOYEN FONTANES.

Séance du 28 pluvióse an XII (samedi 18 février 1804).

Le procès-verbal de la séance d'hier est adopté. On procède au scrutin pour la nomination de trois secrétaires qui restent à élire.

Après plusieurs scrutins, la majorité absolue des suffrages se fixe sur les citoyens Huon, Lombard et Olbrechts, qui sont proclamés secrétaires conjointement avec le citoyen Golzard, élu la veille.

Le Corps législatif se forme en comité général. Bientôt après, une députation, résolue la veille et tirée au sort en comité secret, se sépare de l'Assemblée pour se rendre au palais du Gouver

nement.

La députation, ayant à sa tête Fontanes, président, est composée des citoyens Dumoulin, Chestrel, Juhel, Langlois, Frémin-Beaumont, Mauclère, Demissy, Jacquier-Rossée, Lespinasse (de la Nièvre), Savary, Duret, Lespinasse (de la HauteGaronne), Lobjoy, Bourdon, Fieffe, Thomas, Jouvent, Lejeas, Case-Labove et Bord.

Au retour de la députation, la séance est rendue publique.

Fontanes, président, rend compte de l'admission de la députation auprès du Premier Consul, auquel il a adressé le discours suivant :

Citoyen Premier Consul,

«Les premiers corps de l'Etat vous portent aujourd'hui les témoignages d'un dévouement que vous exprimerait toute la nation si elle pouvait se rassembler autour de vous. Les alarmes n'ont point été renfermées dans les enceintes du Gouvernement et des autorités qui l'environnent l'œil qui aurait pu pénétrer dans le secret de chaque famille y aurait vu la même consternation. En est-il une seule où vous n'ayez séché quelques larmes? Toutes vous doivent au moins le repos et savent que ce premier des biens ne peut leur être garanti que par vous seul. Ainsi donc ceux qui s'arment contre vous s'arment contre un peuple entier. Trente millions de Français, frémissant pour une vie où leurs espérances sontattachées,se lèvent pour la défendre.

Quel Français, en effet, quel homme sage veut retourner en arrière? Qui se rengagera dans ces routes déjà traversées avec tant d'efforts et tant de larmes, où tous les partis, quels qu'ils soient, ne trouveraient que dès écueils semês encore de leurs débris?

« Oui, citoyen Premier Consul, j'en atteste toute la France, elle ne voit son salut que dans vous,

elle ne veut reprendre dans l'ordre des choses passées que ce qui sera jugé par vous-même utile et nécessaire à l'ordre présent; elle ne peut se fier à l'avenir qu'en y voyant croître le germe des institutions que vous y avez préparées.

:

« Un grand exemple doit être donné une poignée de brigands và rendre compte de tous les maux qu'elle préparait, en voulant nous enlever l'auteur de toutes nos prospérités. Il faut éclairer de toutes parts les ténèbres d'un complot inouï dans les annales des peuples civilisés, et qui intéresse l'existence de tous les gouvernements.

« On est frappé de terreur en songeant qu'un poignard dans la main d'un scélérat obscur pouvait abattre un grand homme, et mettre en deuil tout l'empire dont il est l'appui; mais on se rassure en comptant tous les périls où la fortune vous a secouru et qui ne feront pas la moindre partie des merveilles de votre histoire.

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« Les mers les plus infidèles ont respecté votre retour seul dans une barque, avec le génie qui vous protége, vous avez passé sans crainte au milieu des flottes ennemies. Des mains exécrables préparent contre vous des machines qui lancent la destruction et la mort, et les flammes du volcan allumé pour vous perdre expirent à vos pieds. Entin l'œil de ce même génie qui veille sans cesse autour de vous, découvre dans les conseils de Londres une conspiration nouvelle dont les auteurs, à peine descendus en France, sont saisis et enchaînés.

« Tous les crimes seront inutiles contre une vie si miraculeusement protégée. Rien n'interrompra vos desseins, citoyen Premier Consul: vous suivrez tranquillement le cours de vos destinées, qui semblent entraîner celles de l'univers. La nouvelle époque du monde que vous devez fixer aura le temps de recevoir de vous son éclat, son influence et sa grandeur. »

Le Premier Consul a répondu : (La réponse du Premier Consul a été la même pour les députations du Sénat conservateur, du Corps législatif et du Tribunat. Voyez plus haut, page 603.

La séance est levée.

TRIBUNAT.

PRÉSIDENCE DU CITOYEN JAUBERT. Séance du 28 pluviose an XII (samedi 18 février 1804).

Le procès-verbal de la séance d'hier est adopté. Le Tribunat, en exécution de son arrêté du jour d'hier, portant qu'il se transportera en corps auprès du Premier Consul, et après avoir entendu le rapport d'une commission composée du bureau et des présidents de sections, arrête que son président présentera au Premier Consul l'adresse dont la teneur suit :

Citoyen Premier Consul, lorsque nous pensions n'avoir plus à redouter pour vous que les glorieux dangers d'une guerre juste, la perfidie du gouvernement anglais vous enveloppait de nouvelles embûches. Quel humiliant aveu de son impuissance à combattre à armes ouvertes le génie restaurateur de la France! Quel témoignage éclatant des rapports intimes qui lient à vos jours le salut de la République et la tranquillité de l'Europe!

Le Tribunat, que tant de motifs et de sentiments attachent à votre personne, citoyen Premier Consul, vient vous exprimer la part que tous les citoyens prennent à vos périls, qui deviennent pour chacun d'eux des périls personnels.

A votre existence est attachée celle de plusieurs millions d'hommes. Elle seule peut préserver la France des désastres d'une guerre civile, et des

calamités d'une nouvelle révolution. C'est notre indépendance, notre gloire, notre repos que l'on voulait détruire en frappant une seule tête. C'est de tous les Français qu'il s'agit, bien plus que de vous-même déjà vous avez pour plusieurs siècles de gloire, et nous avons à peine goûté quatre ans de sécurité.

Oh! que ces dangers, qui portent l'alarme dans tous les cœurs, soient à jamais écartés par tous les moyens que fournissent les lois à un gouvernement aussi fort que juste; par tous ceux qu'il trouvera encore dans l'amour d'un grand peuple, qui forme les vœux les plus ardents pour conserver jusqu'aux termes les plus éloignés de la vie, le chef qui lui a rendu sa considération au dehors, la paix au dedans, et dont l'existence, la mémoire et les desseins lui seront à jamais chers, respectables et sacrés.

La séance est levée.

CORPS LÉGISLATIF.

PRÉSIDENCE DU CITOYEN FONTANES. Séance du 30 pluvióse an XII (lundi 20 février 1804).

Le procès-verbal de la séance du 28 est adopté. Le citoyen Peppe (des Deux-Nethes), demande et obtient un congé de quelques jours à cause de la mort de son épouse.

Le Sénat conservateur annonce par des messages que, dans la séance du 28 pluviôse, il a nommé les citoyens Boissy-d'Anglas et Fontenay, membres du Sénat.

Les orateurs du Gouvernement et ceux du Tribunat sont introduits.

L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi relatif à l'embellissement du palais des Tuileries.

La parole est à un orateur du Tribunat.

Sédillez. Citoyens législateurs, nous vous apportons le vœu du Tribunat sur un projet de foi relatif à des rues nouvelles, à des embellissements dans les environs du palais et du jardin des Tuileries.

Tout Paris voit qu'on ouvre une nouvelle rue qui communique de la vaste place du Carrousel à la belle place de la Concorde; mais tout le monde ne sait peut-être pas encore que cette rue, parallèle à la terrasse des Feuillants, sera d'un côté décorée d'une grille qui découvrira la vue du jardin, et bordée de l'autre côté d'une longue suite d'arcades et de maisons régulières qui jouiront aussi de la vue des Tuileries dont elles seront, à leur tour, un des plus beaux ornements.

Des arcades couvertes, libres au public dans tous les temps, offriront aux personnes qui fréquentent le jardin un asile sûr et commode dans ces orages imprévus, si fréquents dans la belle saison; six rues nouvelles qui aboutiront au jardin, et dont quelques-unes, de l'autre côté, se prolongeront jusqu'aux boulevarts, ouvriront un accès facile au palais des Consuls, et, dans les fêtes publiques surtout, on n'aura plus à craindre le danger des foules qui ont souvent occasionné de fàcheux accidents.

Dans ce moment il n'existe encore que des ruines; mais ce ne sont pas de ces ruines mortes, tristes débris des ouvrages du temps; l'esprit créateur anime déjà ces nouveaux décombres.

La fable, et même ce qu'on appelle l'histoire, nous disent qu'on bâtissait autrefois des villes aú son de la lyre, qu'on renversait des remparts au bruit des trompettes. Il est vraisemblable qu'on a pris trop à la lettre des expressions figurées. Certes,

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