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de chaque contribuable, toutes les taxes qu'il eft dans le cas de payer. Ils pourront auffi fuppléer aux déclarations qui n'auroient pas été faites, et a celles qui feroient incomplettes et infidelles. Ce role fera depofé au greffe de la municipalité, où chaque contribuable pourra le prendre en communication. Avec cette publicité, il n'y a point d'injuftice à craindre, ni de faveur à espérer.

Décharges et réductions."

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Un contribuable ou même une communauté entière peut réclaet obtenir du diftrict une décharge, dans le cas où la taxation feroit évidemment trop forte, mais fuivant des règles fixes et prefcrites. Pourtant les contribuables ne pourront jamais se dispenser de payer, avant tout, leur contingent. Les fommes dont ils pourront être déchargés ne leur ferout remifes qu'aprés le payement.

Enfin la perception eft établie de la manière la plus commode. pour le contribuable. Chacun peut acquitter fa cottifation en douze termes; c'est-à-dire, payer le dernier de chaque mois, un à-compte d'un douzième. La contribution eft la dette des citoyens. L'Etat en agit avec nous, comme un créancier humain avec des débiteurs honnêtes. Il nous donne tout le temps et toutes les facilités.

Ainfi a été décrétée la contribution mobiliaire. Elle eft de celles qu'on appelle directes; parce qu'elles font immédiatement établies fur le revenu. Ce font les plus fimples; elles coûtent moins à percevoir; elles n'entraînent point de vexations; elles font forcément égales; leur quotité eft fixe; on ne peut l'étendre arbitrairement. Leur produit eft clair: on ne peut le diffiper follement. Enfin elles nous purgent de trois efpèces d'animaux defaflreux ; des financiers, des commis et des contrebandiers. Mais auffi l'impôt direct ne vert ni rufe ui contrainte : il attend tout de la volonté, qui ne fe decide que par la perfuafion et la lumière. François, fi la loi vous traite en hommes libres, c'est Welle vous fuppofe des hommes inftruits. Inftruisez-vous donc, et en courant au devant de la loi, faites voir que le législateur vous a bien jugés.

Evénemens.

PETERSBOURG. Catherine II se prépare à marcher contre le grand-seigneur et à chasser les Turcs d'Europe Le fameux baron Tott qui avoit essavé envain de les discipliner, causant un jour avec le grand-visir, lui dit: les Russes finiront par vous chasser d'Europe: regardez, lui répondit le grand-visir, regardez la magnifique plaine qui est devant nous et où commence l'Asie : les beaux kiosques, les majestueuses mosquées, les superbes serrails bâtirons! que nous y CONSTANTINOPLE. Le Sultan arme à force. Le muphti, ou le pape des musulmans, va faire sorti: et bénir cer étendard sacré, laissé par Mahomet, et sous lequel le

peuple Ottoman se croit invincible. Un derviche qui passe pour prophête, a osé prédire en public qu'avant la fin de ce fiècle, deux grandes villes changeroient de maître, Constantinople et Rome. Ce derviche ne verra pas sa double prophétie s'accomplir car il a été empâlé sur-le-champ, ce qu'il n'avoit pas prévu.

LONDRES. Le ministère anglois a menacé de nouveau l'impératrice de Russie, si elle attaquoit Constantinople. La czarine a fait répondre, en plaisantant, qu'elle commençoit à vieillir, que le climat de Pétersbourg étoit rude pour son âge, et qu'elle avoit besoin de respirer un air plus doux, tel que celui de Constantinople. Les remontrances des François n'ont pas réussi à empêcher madame Adélaïde et madame Victoire de voyager à Rome : on verra si l'escadre angloise empêchera Catherine II de voyager en Turquie.

DUBLIN. Le parlement d'Irlande s'est élevé un instant contre le privilège exclusif, accordé à la compagnie angloise, de trafiiquer directement avec l'Inde et la Chine. Deux partis s'étoient formés dans ce parlement, le parti des patriotes qui vouloit que ce commerce fût libre ainsi que tous les autres, et le parti des ministres qui favorisoient le monopole odieux de la compagnie angloise. Ce dernier parti l'a emporté. La liberté du commerce celle de la celle des élections, presse celle des religions reçoivent en Angleterre des blessures mortelles. La politique couvre ces plaies. Mais le voile tombera et alors on verra toute la Grande-Bretagne en convulsions.

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que

ROME. On attend dans cette capitale mesdames de France. Elles ont quitté leur patrie et leur neveu, pour ne pas se trouver au milieu des foudres le nonce du pape est prêt à lancer contre l'église gallicane. Car on dit que la bulle fulminante est dans son portefeuille et qu'il la réserve pour la semaine sainte, afin de mieux frapper les esprits. Ce seroit une perfidie, une forfanterie bien digne des Sycophantes, des Saltimbanques Ultramontains. Le pape a long-temps résisté a une démarche si folle et si impie. Excommunier une nation qui réforme un clergé, jusqu'ici irréformable Excommunier une constitution qui renouvelle

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tous les usages saints de la primitive église ! Excommunier le peuple François au moment que, rompant toutes les vieilles chaînes, il a respecté celle qui l'attachoit à la communion de Rome! Le pape veut donc se séparer de la France malgré la France. Les cardinaux lui ont forcé la main. Excommunions, excommunions, s'écrioient-ils, cette assemblée nationale, qui comme une troupe de sauterelles a ravagé nos dîmes. Un de ces prélats, connu par ses mœurs scandaleuses, témoignoit au saint-père un zèle d'énergumène contre la France. Vous ne croyez pas en Dieu, lui dit le pape : que vous fait la constitution françoise? Ce qu'elle me fait, répondit le prélat: elle ne m'ôte pas la maîtresse que j'ai à Rome, mais elle m'ôte l'abbaye que j'avois en

France.

RATISBONNE. Tandis que le collège des cardinaux romain forge sur leur enclume rouillée des foudres impuissantes et ridicules, le collège des princes allemands essaye de rassembler contre les françois des armes plus sérieuses et plus matérielles. Le sage Calonne et le sage Rohan ont rallié sous leurs drapeaux les sages de Ratisbonne, et il paroît un manifeste, qu'on dit l'ouvrage de leur sagesse commune. Ils veulent, sans argent, lever deux cent mille soldats. Tous veulent commander, aucun ne veut contribuer. Incertains de garder leurs états, ils se partagent nos provinces. Au lieu d'attendre, ou d'écarter la révolution qui va gagner leur pays, ils viennent la chercher dans le nôtre: ils nous amènent leurs peuples : nous les traiterons comme les prosélytes de la liberté, ou comme les satellites de la tyrannie nous les recevrons, le verre, ou le sabre à la main. Le duc de Wirtemberg et le duc des Deux-Ponts refusent d'accéder à cette ligue extravagante. Les évêques de Mayence, de Trêves, de Cologne, se sont faits les prédicateurs de la guerre. Ils ne comptent pas sur la force de leur logique, ni sur la force de leurs troupes ils comptent sur les miracles de la superstition; et ils s'imaginent qu'ils prendront nos forteresses, comme ils ont pris leurs ordres, en se présentant.

BRUXELLES. Une scène effroyable vient de se passer sur le théâtre même de Bruxelles. On y jouoit l'opéra comique du roi et du fermier. Au moment où le roi

chante sa première ariette, le parterre a crié, vive le roi, vive l'empereur. Des sifflets se sont fait entendre La garde s'est montrée. Les sifflemens ont redoublé. Un soldat a saisi un des siffleurs. Celui-ci a eu l'audace de siffler le soldat qui lui a passé son épée à travers le corps. Voilà ce que produisent toutes ces acclamations mendiées ou achetées par l'intrigue. Elles irritent les gens équitables et enflamment les mutins. La satire aussitôt riposte à l'adulation. Toutes deux devroient être libres ou muettes. Le droit de siffler est né le même jour que le droit d'applaudir. Mais n'est-il pas dangereux de laisser insulter les puissances? Il est plus dangereux encore de laisser corrompre et assassiner les peuples.

BOURG-EN BRESSE. L'évêque d'Annecy en Savoie qui sous le dernier règne avoit fatigué Louis XV de ses querelles, veut fatiguer de même Louis XVI. Il vient de publier une lettre pastorale dans laquelle il réclame sa prétendue jurisdiction spirituelle sur le pays de Gex, et défend aux fidèles d'obéir à l'assemblée nationale. Le peuple de Bresse, quoique très-dévot, s'est moqué de l'évêque allobroge, et on a répondu à son mandement par une ordonnance de médecine. Le czar Pierre, averti que le patriarche vouloit l'excommunier comme schismatique, dit aux évêques si vous me faites excommunier, je vous ferai interdire. Un de ces excommunians ayant voulu repliquer, le czar leva sa canne, et tous les archimandrites se sauvèrent.

que

ALENÇON, département de l'Orne. Le curé de Bérus, homme pieux, instruit, charitable, vient d'être élu évêque. Il s'appelle Mathias. Il est venu au monde le jour de Saint-Mathias. Il a été proclamé évêque le jour de Saint-Mathias. Saint-Mathias fut le premier évêde l'ancienne église, élu par le peuple. Il existe cent exemples d'élections semblables. Sept diacres, au nombre desquels étoit Saint-Etienne, furent élus par le peuple. Saint-Jacques le mineur parvint au siège de Jérusalem par le suffrage unanime du peuple. Saint-Cyprien fut proclamé évêque par le peuple de Carthage; et Cécilien fut après lui porté au même siège Far le même peuple. Saint-Grégoire le grand, écrivoit au

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sous-diacre Antonin: avertissez le peuple de Salone de s'assembler pour choisir un évêque. Dans le temps même que le clergé s'empara des élections, le peuple, dit M. Fleury, étoit consulté, et si l'évêque choisi lui déplaisoit, on lui en donnoit un autre. Le peuple Romain élisoit, de concert avec le clergé, les papes des premiers siècles de l'église. Les empereurs disputèrent ensuite ce droit souverain. Ensuite les cardinaux devinrent seuls électeurs, mais ils conservèrent l'usage de présenter le pontife, élu par leurs suffrages, au peuple qui joint sa voix à la leur. Constantin, Théodose ont placé, déplacé plusieurs évêques de leur temps. Depuis le concordat, les rois de France nommoient à tous les évêchés. Par un autre concordat, les rois d'Espagne sont en possession, non-seulement de nommer aux bénéfices, mais encore d'expédier les bulles. En un mot, le droit d'élire appartint de tout temps aux nations, et le droit de consacrer appartint en tout lieu aux églises.

GALESSIE, departement du Lot. Les citoyens de Galeffie font en procès avec le ci-devant seigneur d'Arcambal. Il les accufe d'avoir devafté son château. Voici comme on raconte çette barbare exccution. « Sur la porte du château, appartenant à un feigneur moderne, commis pendant vingt ans et noble pendant deux jours, le confervoient des armoiries, profcrites par la loi. Sur un champ de gueule et d'azur, s'elevoit une croix flanquée de quatre tourelles d'ar gent à côté de chaque tourelle, s'étendoit trois barres d'or : une couronne de marquis furmontoit l'écuffon: fur la couronne étoit pole le cafque et flottoit le panache: deux lions, bouche bayante, formoient le fupport de ce groffier affemblage : on lifoit, au dessus, rette devife chevaleresque, au plus hardi. Indigné de voir ces armoiries braver la conftitution, et acceptant le défi donné par la devife', le plus hardi grimpe fur la porte, et avec un inftrument il racle, sur la pierre, les tours, les barres, la couronne, le cafque empanaché et les lions menaçans : il ne refpecta que la croix, quoique dépla cée dans un fymbole d'orgueil et de bêtife. Une pierre raclée, une fottife effacée, voilà toute l'expédition Galeffienne qui eft devenue le sujet d'une plaidoyeriè, et qui, en vérité, ne doit être que le fujet d'une parade „,

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ROYE, département de la Somme, Une épidémie cruelle dépeuple ce village depuis cinq ans. Elle provient des eaux ftagnantes d'un moulin, fitué dans un endroit où il arrête le cours de la rivière et occafionne une inondation qui submerge les champs et infecte les airs. Plus de trois cents cultivateurs ont péri, et beaucoup de terres sont restées eu friche. En 1788, la moiffon demeura fur pied jufqu'au mois d'octobre, faute de bras pour la recueillir. L'auteur de ce défaire eft un ci-devant feigneur, qui pour une

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