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soleil. L'église russe commença donc l'année au mois de janvier, ainsi que toute l'Europe, et cette année se trouva précisément la première du siècle, c'est-à-dire l'an 1700.

La réforme des tribunaux, quoique plus pressante , fut plus tardive et plus imparfaite. Les jugemens étoient arbitraires, et n'avoient pour règle que les exemples du passé , ou l'intérêt des juges. Le père du czar avoit ébauché un code civil et criminel. Le czar en traça un nouveau, mais trop chargé encore de la barbarie antique. Il existoit un tribunal suprême où la seule naissance tenoit lieu de la science et de la justice : ce tribunal stupide et arbitraire fut cassé. On tira des instructions de tous les pays. Charles XII venoit d'être vaincu. Des Suédois prisonniers se trouvèrent instruits dans la jurisprudence. Le czar chercha des lumières et des magistrats jusques dans leurs prisons. Un sénat fut créé et composé de ces savans-captifs. Dans chaque province furent placées des cours de judicature , correspondantes au sénat. Le czar ordonna que l'on pourroit appeler de tous ces tribunaux à son conseil , mais il statua que l'on seroit puni de mort, si l'appel étoit Anjuste; et dès-lors, personne en Russie n'a osé appeler. L'impératrice régnante, a refait cette jurisprudence irrégulière. Consultant deux immortels ouvrages, la procédure angloise et le livre de Montesquieu , elle a changé les lois russes ; et son code est un monument préférable à toutes ses victoires : par. ses victoires clie a dompté les Turcs , et par son code elle a dompté les brigands et les barbares.

Poursuivant ses vengeances et ses réformes, le jeune czar n'oublia pas ces Boyards.obstinés et superbes qui avoient entrepris de le détrôner. Un d'eux avoit été envoyé par lui à Venise pour s'y instruire. Le nobleignorant avoit une telle horreur pour toute connoissance étrangère, qu'il s'enferma dans une cellule , y passa quatre années en cénobite , sans voir personne, et n'en sortit que pour revenir végéter dans son donjon gothique. Pierre-le-Grand prit pitié de ces nobles-aveugles, ou du moins il ne se vengea de leurs complots qu'en les forçant; 1o. de couper leurs longues barbes ;

2. de raccourcir leurs robes traînantes; 3o. d'amener leurs enfans au collège et au manège qu'il fonda pour eux ; 4o. de renoncer à fustiger, à massacrer leurs femmes; 5o. de tenir pour elles des assemblées où la rusticité feroit place à la politesse ; 6o. de consentir, pour s'élever aux premiers grades , à passer par les moindres emplois, ainsi qu'il en avoit donné l'exemple, soit dans son armée où il avoit débuté par être simple tambour, soit sur son escadre où il avoit commencé par être simple matelot. Cette échelle pénible sembloit bien lente à borgueil des Boyards , qui auparavant montoient, sans échelons , du berceau de l'oisiveté, au sommet des honneurs.

Mais la superstition des longues barbes fut celle qui résista le plus. Le chancelier du czar s'entêtoit à conserver la sienne , lorsqu'un jour., s'armant d'un rasoir, Pierre-le-Grand, moitié ivre, moitié indigné, coupa la barbe de son chancelier, en lui balafrant le visage. Cette plaisanterie cruelle acheva la réforme des vieux Boyards. Il leur laissa d'ailleurs tous leurs préjugés féodaux. Il leur prodigua même les décorations puériles des ordres de chevalerie. Le czar Théodore, frère et prédécesseur de Pierre ; avoit été plus philosophe ou plus hardi en ce point. Il avoit tenté d'abroger la comédie des distinctions-héréditaires, et ayant convoqué tous les nobles, il se fit remettre leurs parchemins et les jeta au feu en leur présence : mais les généalogistes eurent bientôt retiré de la cendre et rajusté les généar logies : ils les rendirent plus brillantes , et chaque famille

y gagna un ou deux siècles de noblesse.. Restoit à Pierre-le-Grand une adversaire plus impla, cable , la princesse Sophie : elle avoit fait révolter ses sujets; elle contribua à faire ensuite révolter sa famille ; elle troubla tout son règne : le czar ne la punit qu'en l'oubliant au cloitre, et en l'enterrant vivante sous le poids de ses monumens et de ses triomphes.

Chaque année, chaque jour voyoit croître et enabellir la Russie. Elle acquit trois nouveaux états, plus d'un port magnifique, des flottes puissantes, des armées disciplinées, une foule d'artistes appelés de France, de Hollande , d'Angleterre et d'Allemagne , une 'aca

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démie célèbre aussitôt que formée, un commerce étendu aux quatre parties du monde, des canaux mul"tipliés et communiquant à tous les fleuves et à toutes les provinces, enfin une nouvelle capitale qui, soit pour la population , soit pour la décoration, le dispate aux premières cités de l'univers. C'est Pétersbourg , ou la ville de Pierre. Elle devoit porter son nom, car il travailla lui-même, et comme maçon et comme architecto, à la fondation de ses murailles, plongé jusqu'à moi.corps au milieu des marais dont il les fit sortir.

Cet homme prodigieux, ce Thaumaturgee qui métamorphosoit ainsi les marais en cités et un peuple barbare en une nation florissante, n'a jamais pu , de son propre aveu , transformer son naturel. Enclin aux cruautés et sujet à l'ivresse, on l'a vu quelquefois', au sortir d'un festin, se divertir à faire voler, d'un coup de sabre, la tête des criminels. Le dieu de la Russie en devenoit alors le bourreau. Catherine 1, orpheline in. connue, que le hasard lui offrit dans son camp, et que le génie porta sur son trône, possédoit seule le don magique d'humaniser ce despote surnaturel. Un jour, s'emportant contre elle , il brisa une glace superbe de Venise, en disant; tu vois qu'il ne tient qu'à moi de mettre en poudre ce qui brille le plus dans mon palais : Catherine lui répondit : votre palais en sera-t-il plus beau ? le lion higissant se calma et sourit.

Peuple François ! ne pourroit-on pas vous appliquer des paroles ? et lorsqu'égaré par des ressentimens ou des instigateurs, vous ruinez les châteaux, les jardins, les forêts, ne pourroit on pas vous demander, si votre empire en deviendra plus beau ?

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Précis instructif sur la Contribution mobiliaire.

A la manière dont un peuple parle des impôts, on reconnoit s'il eft libre ou esclave. L'esclavé ne fait qu'une scule question. Combien me prend-e-òn ? combien faut-il ? --- Er il murmure , et il paye en tremblant. L'homme libre au contraire demande trois choses. Quels font les besoins ? tout le monde paye-t-il également ? l'argent eft-il bien cmployé ? .- Pea lui importe combien il paye. Quand il fait bien pour quoi, il ne lui reste plus qu'à savoir commont. Coor

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l'homme libre est instruit, ou au moins veut s'instruire. Ses sacrifices sont refléchis ct volontaires.

Les besoins de l'état sont constatés ; les comptes sont réglés ; les caisses surveillées ; la néceflité, le bon emploi, l'égalité de l'impôt fout démontrés å mos lecteurs : il faut qu'ils en connoiflent toutes les formes. Il faut leur donner , sur la contribution mobiliaire , quelques éclaircissemens, comme nous l'avons fait pour la contribution forsière (*)

Tous les revenus particuliers doivent fournir une part de l'impôt, une part du revenu général. Il y en a de plusicurs sortes. On appelle revenus'mobiliers tous ceux qui ne viennent point des terres ou des inaisons, ceux qu'on tire d'une somme placée en rente , ceux qu'on tire d'un capital, c'est-à-dire, d'une somme d'argent qu'on fait valoir avec intérêt par le cominerce ou autrement. La contribution ‘mobi., liaire et destinée à atteindre ce genre de revenus qui ne participent point à la contribution foncière. On voit que l'impôt mobilier affecte bien plus les villes que les campagnes, car les villes sont la demeure ordinaire de ceux qui vivent de leurs rentes ou de leurs capitaux. La contril inobiliaire a plufieurs objets. Premier

, objet. On la paye commc citoyen actif. Les districts fixeront le taux de la journee de travail dans leur territoire. Les citoyens qui ne font pas en état de payer une contributior. de trois journées de travail, seront point taxés, mais ils seront tous inscrits à la fin du rôle. Cette première contribution sera payée par tous ceux qui ont quel. que bien foncier ou mobilier, et même par tous ceux qui en travail. lant gagnent plus que le prix de la journée ordinaire.

Sacond; objet. On paye la contribution mobiliaire à raison de ses; domestiques : savoir ; pour un seul domestique , mâle, 3 liv. ; pour, un second , 6 , liv. ; pour chacun des autres , 12 liv. Quand aux domestiques femelles, on paye pour la première , 1 liv. 10 sols ; 3 liv. pour la seconde, et 6 liv. pour chacune des autres.

Cette différence eft juste ; le service des femmes n'annonce point la fortune ; il n'est point un luxe ; il tient au nécessaire. Les femmes font les, cutrices de nos enfans et les gardes-malades de nos vieillards. Au contraire, le service des hommes est un fakte ruineux. Il dépeuple les campagnes. Si l'on ne peut l'empêcher; il faut au moins le mettre à contribution.

On ne compte point pour domestiques les apprentifs ou compagnons d'arts et métiers, ni les garçons de charrue, et les autres hommes employés à la culture ou aux soins d'une propriété , tous ceux enfin qui font attachés à une chofe , et non au service personnel d'un maître ; on sent la justice de cette exception.'

On ne compte pas davantage les domekiques au-dessus de l'âge de soixante ans. On doit supposer que le maître les garde par humanité. Les verlus font une richeffe ; mais cette sichesse-là contribue affez par les bons exemples.

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(*) Voyez le No. 14 de la Pewille Villageoise.

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Troisieme objet. On est encore taxé à raison des chevaux et mulets, mais leuleinent pour ceux de selles , carrosses , cabriolets ou litières. Savoir ; pour chaque cheval de felle , 3 liv. ; pour tout pure , 12 liv. L'usage qu'on fait des chevaux pour l'agrément et la commodité, est un veritable superflu. Ce luxe même eft noisible à l'agriculture. Il renchérit et décourage le labour des chevaux ; il consomme une masse innmenfe de fourrages, qui seroient. mieux employés à nourrir des beftiaux et à multiplier les fubfiftances. Cette partie de la taxe frappe sur un abus en même tems que sur une richesse.

Quatrieme objet de la contribution mobiliaire. C'est le plus importani, cclui qui veut être expliqué avec le plus de soin.

Les revenus fonciers ne peuvent se cacher; le soleil éclaire la terre et fes produits ; ils ne peuvent fuir la contribution. Il n'en est pas de même des revenus mobiliers. Un homme est riche en rentes, en cffets publics ; il l'est par son industrie, par son commerce. Onie sourçonne. Mais à quoi le juge-t-on ? A quel signe peut-on connoitre les facultés ? Ce ne peut être qu'à ses dépenses. Mais elles sont très-multipliées ; mais il y en a de secrètes ; mais il y en a de puro fantaisie. "On ne peut en calculer la mafse. Parmi ces dépenses , cherchons-en une qui, en général , soit proportionnée au revenu de celui qui la fait. Cette dépense, c'est celle du loyer d'habitation. L'homme riche se loge dans une grande ville , dans un plus beau quartier , dans une plus belle maison : il fe logé plus au large ; il se loge plus chèrement. Ainsi, par le prix de fon loyer, on esimera son nevenu. Il ne s'agit que de fixer différentes proportions , différentes classes, et d'établir qu'un loyer de-laut, indique un revenu de tant. Ces proportions feront fixées, de manière que le taux d'estimation croille ou baisse avec le prix des loyers , et qu'ainsi les petites fortunes ne risquent pas d'étre évaluées trop-haut, ni les grandes trop bas. Par exemple, on suppose qu'un loyer de 100 liv. indique ur revenu de 400 liv., et en même temps, on juge qu'un homme qui eft logé pour dix mille liv., à plus de cent'mille liv. de rënte: "oint

Telle est la base principale de la contribution mobiliaire. Sa quotité est du vingtième du revenu ainsi présumé. Mais elle pourra 'être portée au dix-huitième. Ainsi celui qui a un loyér de 100 liv. , payera 20 ou au plus 22 liv. Celui qui occupe une maison de 10,000 liv., paycra de 5 à 6 mille liv.

Voici pourtant un cas particulier. Il regarde les propriétaires de teores ou de maisons: Ils sont tous inscrits au rôle de la contribution mobilmire. Car on a en même temps un revenu foncier et un revenu mobilier: Mais ce qu'on a payë pour le premier, doit être compte dans l'estimation de l'autre. Vous n'avez qu'à juftifier être impolė au rôle de la contribution foncière. Il vous sera fait , sur votre taxe mobiliaire, une déduction proportionnée à votre revenu foncier. Par exemple, vous occupez à la ville un appartemeni de 100 liv. de loyer; vous êtes taxé sur le pied de 400 liv. de rente ; mais ous payez déja la contribution foncière pour un bien de 300 liv. de revenu net ; votre taxe mobiliaire doit être sur le pied de 100 liv.

Observez encore que cette déduction, pour la présente année, sera 'évaluée d'après la contribution foncière ou les vingtièmes payés en

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