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nelle pour une perdrix. Il donnoit un grand festin dans lequel chaque convive eut sa perdrix. Une seule restoit à partager entre son père et sa femme. Il la réserva toute entière pour celle-ci. Il faut observer que le père avoit résusé d'abord d'être de ce festin, et qu'il y vint ensuite sans être attendu. C'étoit l'homme du monde le plus bizarre : il le prouva bieri en cette occasion. Il fut si indigné de la préférence conjugale, et si révolté de n'avoir pas eu la perdrix, qu'il donna sa malédiction à son fils , et tout son bien aux moines.

NANCI. Un brave cultivateur, s'étant rendu adjudicataire d'un bien national, évalué soixante-dix mille livres, en apporta le prix en louis et en écus. Vla, s'é: cria-t-il, mon magot. Ci-devant j'entassions les écus et les louis. Je préférerons désormais les assignats, et j'attendrons pour empiler l'argent que je lisions sur la monnoye cette belle légende, la Nation, la Loi et le Roi.

VANNES en Bretagne. L'évêque de cette ville, celui de Saint-Pol-de-Léon et celui de Tréguier avoient persuadé au peuple de leur diocèse que la vente des biens nationaux alloit attirer la grêle et la stérilité sur toutes les campagnes ; que les sacremens administrés par des prêtres sermentés feroient mourir tous les malades; que la messe

célébrée par les nouveaux pasteurs , seroit nulle et sacrilége; enfin que les évêques nouvellement élus ne seroient pas sacrés ni ordonnés évêques , et qu'ainsi on alloit fermer les églises , les confessionpaux et les cimetières. Le peuple , effrayé de ces menaces ridicules, s'est porté à des résistances criminelles. Mais des prêtres plus sages et plus véridiques ont expliqué à la multitude en qnoi consistoit la réforme de l'église gallicane. Ils ont dissipé les craintes, et arrêté les troubles. Tout est calme en ce moment, grace aux bons citoyens: mais que dire des évêques qui avoient trompé et soulevé leurs diocèses ? L'assemblée nationale a mandé ces trois prélats séditicux.

BESANÇON, La garde-nationale a établi en cette ville un cabinet littéraire où sont rassemblés tous les citoyens et tous les journaux. La lecture en est faite aux personnes qui ne peuvent se procurer ces feuilles. Par-là les lumières circulent dans la classe la plus pauvre qui est celle que les mécontens abusent par de fausses

mouvelles. Ce cabinet littéraire sert à détruire le mensonge , à répandre la vérité, et à fortifier le patriotisme. C'est une institution heureuse que l'on devroit imiter dans toutes les villes du rovanie.

Blois. L'excellent abbé Crégoire, un de nos bons législateurs, un des théologiens les mieux instruits , qui a si bien défendu la constitution civile du clergé et plaidé si éloquemment pour la causc touchante et juste des esclaves-noirs , vient de recevoir le prix de ses vertus : il est élu évêque de Blois : c'est un bonheur pour cette ville et un triomphe pour la religion.

CHARTRES. A l'exemple de Blois, Chartres a élu pour évêque un ancien pasteurrecommandable par ses mæurs, ses lumières, et sa franchise, M. le curé de Saint-Michel.

Chatillon. Des paysans , excités par des perturbateurs publics, ont voulu empêcher leurs voisins d'acheter au marché un bled dont eux-mêines n'avoient plus besoin. Dans leur égarement ils menaçoient les jours du maire. Celui-ci, après avoir épaisé sous les moyens de douceur, ferme dans ses principes et dans sa contenance, s'est présenté aux rebelles, la loi dans une main ei le pistolet dans l'autre. Le commandant de la garde-nationale l'accompagnoit et montroit le même courage. Leur présence et leur intrépidité a ramené le calme, et soumis des gens plus échauffés que pervers. Les deux héros se nomment Jalouzet et Bczard. Leur conduite apprend aux hommes publics qu'ils doivent être prêts également à s'imłnoler pour le peuple qu'on opprime , et à s'exposer devant le peuple qu'on égare.

RHEIMS. Les femmes de la Halle viennent de donner une autre leçon aux femmes de l'aristocratie. Ces dernières , accoutumées au luxe et aux distinctions orgueilleases, ont fait porter devant elles à l'église dies carreaux galonnés d'or , et des sacs d'heures en velours cramoisi. Le lendemain les femmes de la Halle se sont rendues à la même église , en faisant porter devant elles de gros oreillers et de grandes sacoches. Ce qui a beaucoup diverti les spectateurs et corrigé les dames de leur faste religieux.

CRÔSNE , près de Paris. M. Berthou , curé de ce lieu , célèbre

par

la naissance de Boileau, a prononcé,

avant

la prestation de son serment, un discours que ce grand écrivain auroit lui-même approuvé. Le stile en est correct, les pensées en sont nobles, et la piété y respire cinsi que le patriotisme. Ce discours mérite , non seulement un éloge, mais un évêché.

Paris. Les citoyens de la capitale , justement alarmés de la licence avec laquelle des maisons s'ouvrent de tous côtés aux jeux les plus ruineux, ont présenté à l'assemblée nationale une pétition éloquente , pour arrêter ce désordre et fermer ces abîmes où vont s'engloutir les fortunes et les mæurs.

Des citoyens, inspirés par un zèle moins éclairé , sont allés eux-mêmes arrêter une diligence qui transportoit de l'argent destiné à un emploi utile. Ces indiscrets zélateurs n'ont pas réfléchi qu'ils violoient la liberté du commerce et la sûreté des transports; qu'ils nuisoient à la circulation du numéraire et des denrées ; qu'ils cccasionnoient peut-être la disette des villes et la banquercule des marchands à qui cet or étoit adresse; qu'ils écartoient de nos demeures l'étranger et le voyageur ; qu'ils augmentoient le nombre de nos éinigrants en troublant ainsi l'usage libre des richesses : qu'ils imitoient les despotes qui avoient multiplié les entraves, les perquisitions, les péages, les vexations ; que si chaque ville du royaume arrête ainsi l'argent, le blé, les marchandises , la France ressemblera bientôt à l'Arabie déserte où des voleurs attaquent les caravanes et dépouillent les passans. La municipalité a fait sentir et reconnoître aux coupables les conséquences funestes d'une arrestation illégale et arbitraire ; les caisses d'argent ont été reportées à la diligence et renvoyécs à leur destination ; et le conseil général de la commune a invité un de ses menbres les plus distingués à rédiger une adresse au peuple sur l'importance d'une circulation libre et sur le danger des empêchemens attentatoires au commerce.

Le département de Paris est organisé. Les administrateurs ont tenu leurs premières séances. Ils vont s'occuper, sans interruption, de tous les moyens propres à réparer les pertes immenses d'un peuple, le principal acteur de la révolution Françoise et qui a payé de sa fortune la liberté publique.

Α Ν Ν Ε Ε

DE LA

FEUILLE VILLAGEOISE.

VINGT-TROISIEME SEMAINE.

Jeudi 3 Mars 1791.

AVERTISSEMEN T.

Nos souscripteurs nous adressent une foule de réfiexions utiles. Qu'ils nous permetent de leur offrir plusieurs remarques justes et convenables. 10. Leur confiance nous honore, mais leurs leteres , n

n'epas affranchies, nous ruinent, et désormais nous ne recevrons plus , à notre grand regret, que celles dont le port será payé.

tant

mes.

20. Plusieurs de ceux qui nous écrivent, signent simplement UN DE VOS ABONNÉS, ce qui sans doute est un titre à nos yeux, mais n'est pas un nom, et ce qui nous force à rejeiter leurs letires parmi les lettres anony

3°. Quelques bonnes ames, gardant l'incognito, nous envoyeni des paquets d'injures qu'il nous est facile de souffrir pour la bonne cause,

mais qu'il est dur pour nous de payer à la poste et à la haine.

4o. D'autres, incertains sur le sens de plusieurs décrets nous prient d'éclaircir promptement leurs doutes, ce qui souvent nous est impossible, puisque nous sommes obligés de consulter nous-mêmes, tantot plus d'une loi, tantot plus d'un législateur.

5. Quelques-uns de nos correspondans nous communiquent des articles de littérature, des discours de paroisse, des mémoires d'administration qui ne sont pas trop étendus pour le public, mais qui le sont trop pour notre feuilie.

6o. Un certain nombre d'abonnés continue à se plaindre de ne pas recevoir exactement les numéros , iufidélité qui ne vient pas du libraire ni de la poste de Paris et à laquelle nous ne pouvons remédier que par le sacrifice et le renvoi des mêmes cxemplaires.

7o. De vigilans observateu s nous avertissent , d'un bout du royaume à l'autre, des fautes échappées à notre feuille. Nous les remercions de nous aider ainsi à corriger notre inadvertence , et nous effaçons les taches d'aussi bon cœur qu'on nous les montre.

go. Des personnes qui lisent peu les papiers publics ou qui se défient de tout ce qu'ils lisent, nous demandent bonnement où nous prenons nos nouvelles. Assurément nous ne les inventons pas ; mais , après avoir parcouru chaque semaine, et les journaux, et les sociétés nous en rapportons les traits les plus intéressans et les anecdotes les plus instructives.

99. Des gens timorés rous accusent de ne l'être pas 25sez pour les évêques. Nous sentens a merveille que nous ne devons pas imiter les évêques dans leur intolérance; mais lorsqu'ils essayent de porter la guerre dans l'E!2t, le schisme dans l'église, et la terreur dans les hameaux, comment ne pas censurer des rébelles, comment ne pas démasquer des hypocrites ? C'est avec une sainte indignation que nous attaquons les mauvais prélats ; c'estavec uue joie religieuse que nous exaltons les bons pasteurs.

Infin il est des gens difficiles , qui connoissant mai les véritables difficuliés, voudroient dans vos instructions plus d'art et plus de naturel, plus de détails et plus d'ensemble, plus de variété et plus de suite. Mais nous travaillons à faire du bien er non à faire des miracles.

De plus, le rédacteur principal de la feuille , ayant préside, pendant un mois", l'assembiée électorale, il a été un peu distrait de son ouvrage favori. En quittant le fautcuil électoral, il remonte avec zèle dans la chaire villageoise.

Onjugera de son travail par l'article qui suit. C'est le tableau de la Pologne ; tableau frappant par ses contrastes ; tableau qui représente la liberté et l'esclavage, le luxe et l'indigence, les Tribuns de Rome, les Ilotes de Sparte , les Satrapes de l'Asie, les Nègres de l'Ancii. que : car les Polonois sont icui cela.,

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