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grées, sans cérémonies puériles, LA MORALE DU CHRIST

ET LE CULTE DE LA NATURE.

Ges vertueux sectaires ne rendent hommage qu'à DIEU et aux Loix. Ils ne saluent personne, tutoyent tout le monde, parlent avec une égale familiarité à un manœuvre ou à un prince, ne se permettent jamais, ni un serment, ni une plainte, ai une injure, ni l'exertice d'aucune arme. Appellés en justice, leur simple affirmation suffit. Attaqués par un ennemi, ils n'opposent que la modération. Ce sont, pour ainsi dire, les agneaux innocens ou les castors industrieux du christianisme : ce sont eux qui ont peuplé en Amérique, la Pensilvanie, et qui les premiers ont affranchi leurs esclaves nègres, les regardant comme leurs compagnons de travail et comme des amis d'un autre couleur. Si l'univers devenoit quaker, on n'auroit plus besoin de magistrats, de guerriers, ni de prêtres.

Deux sectes nouvelles se sont établies à Londres; les FRERES MORAVES et les METHODISTES. Elles sont composées d'artisans qui ayant pour dogme la communauté des biens et une charité sans bornes, déposent, entre les mains de leurs chefs, leur gain journalier, et ne se réservent que le plus étroit nécessaire. Leur lithurgie est la même que celle de l'église anglicane : ils n'y ont ajouté que des cantiques et un plein-chant de leur invention.

Les juifs de Londres y possèdent une très-belle synagogue. Les caholiques y ont aussi des chapelles; et on ne les inquiète pas sur leur religion, à moins qu'ils ne troublent celle du pays, la seule qui conduise aux honneurs et aux emplois : c'est là son unique intolérance: heureusement nous ne l'avons pas adoptée; nos lois admettent aux places administratives tout citoyen éligible, quel que soit sa croyance, pourvu qu'il soit élu librement. Cette tolérance universelle, si conforme, et aux maximes de l'évangile, et à là liberté de conscience, et à l'égalité naturelle, est un des grands articles par où la constitution françoise l'emporte sur la constitution de tous les peuples antiques ou modernes.

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Avis concernant les impositions.

Notre devoir est de porter. des lumières dans les campagnes dont on cherche à tromper les habitans. On voudroit aujourd'hui leur persuader qu'ils payeront plus de contributions qu'ils ne faisoient sous l'ancien régime. Il n'est pas difficile de les éclairer à cet égard; il ne faut que mettre sous leurs yeux des calculs simples et à la portée de tous.

D'abord, qu'ils se souviennent bien du passé. Les nobles ne payoient pas la moitié, les gens d'église ne payoient pas le quart de ce qu'ils auroient dû supporter. Ils avoient tous les privilèges, le peuple portoit tout le fardeau. Le pauvre, qui ne pouvoit se défendre, étoit écrasé à raison de sa pauvreté même. Ce régime impie appeloit la vengeance du ciel et la massue des représentans de la nation.

Dans un grand peuple, c'est le gros du peuple qu'il faut considérer: c'est cette multitude qui fait la force d'un empire, elle doit être l'objet principal des attentions du gouvernement. Les riches seront toujours riches: ôtez leur beaucoup, ils seront riches encore. Mais pour peu que vous ôtiez au pauvre, vous le tuez, vous l'assassinez.

Les petits propriétaires et les pauvres composent les quatre cinquièmes de la nation: c'est sur ces vingt millions d'hommes que nous établissons nos calculs. Examinons l'ancien et le nouvel état d'un campagnard propriétaire de neuf arpens de terre, nous examinerons ensuite ces deux situations pour un pauvre journalier qui n'a que ses bras. Nous les supposons tous les deux mariés et pères de deux enfans.

Quelle charge supporteroit la premier ?

Neuf arpens d'une fertilité médiocre rapportoient, par an douze setiers de blé, et à-peu-près autant d'avoine. C'est environ 360 liv. à prix moyen.

La semence emportoit chaque année.

60 liv.

Trois labours à trois arpens en blé, un labour à trois arpens en avoine, coûtoient.

36

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20

gerbe
De la vingt-quatrième 15

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32 liv. 10 S.

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67 liv. 10 s.

Taux moyen de la dîme Le principal de la taille, au plus bas sur le pied des 2 sols pour livre du produit net

L'accessoire plus fort que le prin: cipal

La taille personnelle à raison du sol pour livre

La contribution des chemins quart du produit de la taille

Les fraix de la milice, au moins Les vingtièmes et sous pour livre. à raison de 160 liv.

La consommation du sel de quatre personnes

Les droits d'aides sur deux bou

teilles de vin par semaine.

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Donc il gagne par le nouveau régime

55 liv. 8 s.

59 liv. 45.

Nous ne parlons pas de tout ce qu'il payoit sans`s'en douter sur les fets, les huiles, les savons, les cuirs, &c. ni de ce qu'il gagne au bas prix du sel dont il fera une plus grande consommation pour ses bestiaux; ni de l'abolition des droits féodaux; ni de l'heureuse liberté dont jouira la culture sous une administration populaire. Nous laissons aux villageois le soin de faire ce calcul à loisir.

Il étoit imposé, au moins à une taille de

166 liv. 12 S.

107

8

Parlons à présent du pauvre journalier qui n'a aucune propriété, et qui nourrit aussi une femme et deux enfans.

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sieurs provinces Il payoit donc Il payera,

Supposons-lui un loyer de 40 liv. Six deniers pour livre d'un revenu présumé de 80 1.

ci.

2

Pour sa cotte d'habitation

Le sel de sa consommation

5 s.

1 10

2 liv. 8 s.

16 liv. 18 s.

3 liv. 15 s.

Il gagne donc sur l'ancien régime

13 liv. 3 s.

Voilà la vérité, bons citoyens des campagnes, vrais François, hommes précieux à l'Etat. La richesse et la grandeur vous écrasoient autrefois, elles vous trom. pent aujourd'hui. Repoussez leurs perfides caresses, leur fausse pitié, et leurs feintes alarmes, qui couvrent le projet de reprendre, à la faveur du désor dre, les priviléges qu'elles ont perdus. Abandonnezvous au zèle de vos représentans, et toujours soumis à la loi, recueillez avec reconnoissance les bienfaits qu'elle vous présente.

Bientôt nous vous apprendrons que la France sera encore plus soulagée à l'avenir qu'elle ne l'est aujourd'hui. Cent soixante et quinze millions de rentes viagères s'éteindront rapidement, et vous serez soulages à mesure de leur extinction. Les pensions aux ecclésiastiques et religieux supprimés s'éteindront aussi les unes après les autres, et les contributions seront encore diminuées. L'Etat devoit cinq milliards, vos représentans liquideront cette dette, gracesà la vente rapide des biens nationaux. Ils ont besoin, cette année, de 582 millions: bientôt, il ne leur en faudra successivement que 500, 450 et 400. Nul peuple sur la terre ne présentera alors moins de besoins et plus de ressources. Vous verrez ces jours heureux, et vos enfans en jouiront après vous; et c'est le prix du courage avec lequel vous leur avez conquis cette liberté que vous leur laisserez pour héritage.

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