Page images
PDF
EPUB

cours mutuels, en sorte que ceux de l’Angleterre fussent plus grands que ceux de l'Etat. Souvent ils ont

été reglez sur le pied de deux tiers ou de trois cinquièmes pour l'Angleterre contre un tiers ou deux cinquiémes pour l'Etat; & ce fut ainsi que par le Traité de l'Alliance perpetuelle du 3. Mars 1678. l'Angleterre promit un secours de dix mille hommes, contre un de fix mille à quoi l'Etat s'obligea. On voit par là, que quand même on accorderoit que la GrandeBretagne auroit beaucoup plus contribué que l'Etat dans la Guerre présente, il ne s'en. suivroic nullement que l'Etat n'auroit pas satisfait à ses Obligations, puisque les Forces ne sont pas égales à celles de la Gr. Br., & que c'est là-dessus que la Proportion doit être reglée. Au reste, tout le monde sait assez

que

les Etats Généraux ont abondamment satisfait à tout ce qu'on pouvoit attendre de bons & fideles Alliez; soit que l'on considére leurs efforts par raport à ceux de la Grande-Bretagne, & des autres Alliez; soit qu'on les considére en eux-mêmes, sans aucune relation. Et certes, la posterité aura peine à croire qu'un Etat qui avoit suporté en 1672. une Guerre très-rude, dont il n'étoit forti que par des efforts tout extraordinaires , &

qui, fans avoir eu le loiGr. de reprendre ses forces, s'est vû obligé d'en solltenir une fcconde , dont il lui refte des charges extrê. mement pefantes, Qu'un tel Etar le trouvant de nouveau engagé dans une troisiéme Guerre, ait pû encore y faire d'autres G grands efforts, & les continuer si long temps : Car outre l'inégalité de Forces qu'on vient de remarquer, il y a cette difference entre la Gr. Br. & cet Etat, que la Gr. Br. n'a point fenti les maux ni les charges de la premiere Guerre contre la France ; qu'en temps de Paix, elle conserve fort peu de Troupes ; & qu'après la Paix de Ryswick, elle congedia presque toutes celles qu'elle avoit alors, ce qui lui porra beaucoup de foulagement; au lieu que l'Etat fut obligé de garder plus de 40000. hommes. Une autre difference considerable est ; qu'en 1702. le Théatre de la Guerre a été sur les Terres de cet état; qui en a fort soufert; qu'une partie du Pais a été inondée par la violence de la Mer , & une autre pour la défense contre l'Ennemi; fans parler des grosses Contributions qu'on lui paye tous les ans : qui font toutes des incommoditez auxquelles la Gr. Br. n'est point sujette, & dont l'exemption, jointe à sa grande Puissance, lui donne moyen de contribuer bien plus que l'Etat à la Guerre. Pour

peu

peu qu'on falle réflexion aux impositions de toutes sortes, qui se levent sur les Sujets de cet Etar & sur leurs Biens, & qui font beaucoup plus nombreuses & plus pesantes que dans les Royaumes de S. M.; ou en quelqu'autre Etat du Monde que ce soit ; pour peu que l'on considére les sommes immenses que l'état a été obligé de negocier chaqueannée, dans les deux dernieres Guerres, & pare ticulierement en celle-ci, on conviendra qu'il faut avoir un grand amour pour la Liberté, & un grand attachement au Bien public, pour se charger ainGi volontairement, presque jusqu'à succomber. Mais aufli il ne faudra pas d'autres témoignages , pour montrer que les Etats Généraux ont satisfait fidellement & abondamment à toutes leurs Obligations, & que même ils ont contribué au dessus de leurs forces à toutes les dépenses de la Guerre.

En général, cela devroit suffire pour faire cesser tous les Préjugez qui paroissent dans les Resolutions & dans l'Adresse des Communes, & pour détruire les desavantageuses impressions qu'eller pourraient faire. Quand tous les manquemens dont elles chargent l'état feroient bien prouvez, & quand il leroit certain que les Etats Généraux auroient beaucoup moins contribué aux dépenses de

la

[ocr errors]

la Guerre que Sa Majesté Britannique, il n'en feroit pas moins vrai, qu'ils ont employé, suivant leurs Traitez , toutes leurs Forces dans la présente Guerre ; & par conséquent, qu'à proportion de leur Puissance, ils ont autant & plus fait qu'aucun des autres Alliez, sans en excepter la Gr.Br. C'est donc à tort , & fans fondement, que la Chambre des Communes les accuse de n'a. voir pas

satisfait à leurs engagemens, & de n'avoir pas fourni leur quote part.

On ne laissera pas d'établir plus particu. lierement cette verité, en examinant, l'un après l'autre, les 4. principaux Points de lAdresse & des Resolucions de la Chambre des Communes; mais on se croit obligé de faire auparavant encore quelques Rema ques sur cette Adresse. On y dit à S. M., en lui faisant l'énumeration des Mouifs qui avoient porté le feu Roi Guillaume à entrer en Guerre, que selon le Traité de la Grande Ale liance, ces Motifs furent d'assister l'Empereur' en ses prétentions sur la Monarchie d'Espagne,

les Etats Généraux dans le recouvrement de leur Barriere perduë. Ensuite on ajoûte , qu'à tous égards, les Alliez font égalemıst interessez avec la Grande-Bretagne au succès de la guerre,

que dans la plúpart ils le font beaucoup d'aPantage. Cependant, ce même Traité de la

R

Gran

[ocr errors][ocr errors][merged small]
[ocr errors]
[merged small][ocr errors][ocr errors][ocr errors][merged small]

Grande-Alliance, sur lequel on se fonde, porte en termes exprès, dans le préambule, que les Anglois & Hollandois étoient sur le point de perdre la liberté de leur Navigation & de leur Commerce dans la Mer Mediterranée, aux Indes, & ailleurs; & que la France & l'Espagne s'unissoient de plus en pies, pour opprimer la liberté de l'Europe, da pour ruiner le Commerce: Motifs qui interessent la Grande-Bretagne fi directement &de si près, qu'on peut en conclure qu'elle ne fait pas moins la Guerre pour soi-même, que pour l'Empereur , l'Etat, ou les autres Alliez. Cela paroît encore plus clairement par l'Article séparé conclu le 12. Avril 1702, entre l'Empereur, la Reine de la Grande-Bretagne, & les Etats Généraux, & qui doit avoir la même force, que s'il étoit inseré de mot à mot dans le Traité principal. L'affront fait au feu Roi Guillaume, à sa Majesté présentement regnante, & à tome la Nation Britannique, par la reconnoissante da prétendu Prince de Galles pour Roi d'Angleterre , d'Ecofle da d'Irlande, y est expressément marque entre les Motifs de cette Guerre, auffibien que dans la Déclaration de Guerre de Sa Majesté: lequel Motif n'auroit pû entrer dans l’Adresse de la Chambre des Communes, fans trop affoblir la Proposition ci-dessus mentionnée; savoir qu'à tous égards, les Al

[ocr errors][merged small]
« PreviousContinue »