Page images
PDF
EPUB

A VERTISSE M E N T. Nous avons reçu près de cinquante discours , prononcés par des curés ou des vicaires, avant la prestation de leur serment civique. Il nous est impossible de les insérer tous dans notre Feuille , quoiqu'ils méritent tous d'être connus. Nous craignons même que l'on nous accuse de trop insister sur ce serment, dont un pieux ecclésiastique a dit : „les uns en font un crime, », les autres en font un miracle : ils ont également tort: » tout homme en naissant est porté au pied des autels : il 9 est consacré au Dieu de la patrie : le prêtre qui cherche - un dieu étranger, est un rebelle et un sacrilèges. Il est certain qu'un jour on sera bien étonné que des prêtres du dix-huitième siècle aieñt douté s'ils devoient être gou. vernés par la nation ou par le pape , par le peuple français, ou par le peuple romain. Mais comme il existe encore des aveugles et des hypocrites, on nous saura gré d'avoir rassemblé dans nos feuilles plusieurs discours faits pour éclairer les aveugles et pour démasquer les hypocrites. On nous permettra cependant de ne plus revenir à cette controverse trop prolongée. Cette Feuille sera la dernière où nous parlerons de pasteurs et de sermens. Si quelque chose prouve , combien l'autorité des prêtres fut terrible, c'est l'importance que l'on donne à la moindre marque de leur soumission. Première lettre aux Rédacteurs de la Feuille Villageoise.

AUJARGUES, district de Sommières, département du Gard, le 23 janvier , l'an troisième de la liberté. ;

MESSIEURS, En nous donnant votre. Feuille Villageoise, vous avez acquis un droit mérité sur l'estime et la reconnoissance de tous les bons François. En vous offrant moi-même ces sentimens, c'est un hommage que je vous dois plus que tout autre , puisque je recueillé le fruit de vos travaux. Je lis tous les dimanches à mes parois

[ocr errors]

siens votre feuille; ils l'écoutent avec un tendre intérêt, leur patriotisme s'affermit, et notre heureuse constitution est chaque fois pour eux un nouveau motif d'admiration,

Dans ces circonstances critiques où les ennemis de la cause publique colorent leurs mąuvais desseins du prétexte de la religion, et s'en étayent pour refuser de prêter le serment çivique ; j'ai cru devoir prémunir mes paroissiens contre la séduction, en faisant précéder mon serment d'un discours qui réfute les raisons qu'on allègue à ce sujet. Le district de. Sommières a bien voulu le faire imprimer, j'ai l'honneur de vous en faire passer un exemplaire ; vous insérerez dans yotre feuille ce que vous jugerez utile à la chose pu blique.

Signe LEGRAND, curé d'Aujargues,

votre abonné.

Prestation du serment. Je viens, mes chers paroissiens , remplir au milieu de vous un devoir que la loi m'impose ; et je le remplirai dans toute la sincérité de mon ame.

Jésus-Christ, notre divin législateur , nous a recommandé la soumission la plus parfaite aux puissances de la terre ; et ma désobéissance à la loi de l'Etat seroit pour vous , sans doute, un sujet de scandale , sur tout, lorsque , par l'heureux accord de la religion et de la politique, les lois tendent, et au bonheur des peuples, et au salut des fidèles.

: Telles sont, mes chers paroissiens, celles qu'ung nation éclairée vient de se donner. Elles sont un chef d'ouvre de politique ; mais elles ne renferment rien qui puisse alarmer la conscience la plus timorée.

Nos dogmes sont encore ce qu'ils ont toujours été ; et sans doute ils seront toujours les mêmes. Oui, mes chers paroissiens , 'toujours nous jouirons du même colte; toujours nous aurons les mêmes solemnités ; toujours nous honorerons les mêmes mystères, toujours nous offrirons le même sacrifice; toujours nous participerons aux mêmes sacremens; toujours , dans l'unité de foi nous conserycrons la commiunion avec le clef

visible de l'église de Jésus-Christ. ! Les décrets sur

la constitution civile du clergé, dit un célèbre évê: » que, membre de l'assemblée nationale, ont séparé, » avec un soin religieux, ce qui appartient au dogme » de ce qui lui est totalemont étranger ». Notre foi n'a donc reçu aucune atteinte. La croyance de nos pères .est donc encore la nôtre.

Parcourez les fastes de la religion et les annales de l'église , l'évangile , l'histoire et les saints canons, touf vous prêche les principes que consacre la révolution

i tout tend à appeler dans le sanctuaire, la pauvreté, l'humilité, le détachement des biens de ce monde, vertus sublimes, qui ont fait la gloire et la splendeur du chris tjanisme naissant. A ces traits , on reconnut toujours les vrais disciples d'un Dieu, dont la crêche et le çalvaire attestoient l'abnegation de tout ce qui n'avoit pas avec le ciel un rapport nécessaire. Teis

furent, pendant les beaux jours du christianisme , les pasteurs du premier et du second ordre , que la confiance des peuples avait appelés au gouvernement de l'église, Persuadés, d'après la sainte maxime de leur divin

, que le royaume de Dieu n'est point de ce monde , ils se dégageoient des soins temporels, pour se consacrer, sans réserve, au salut des ames : jugez donc, après cela, si la nation n'a pas agi sagement, lorsqu'elle a voulu degager les ministres des aute!s des soins étrangers au salut des ames ; lorsqu'elle les a rappelés à la simplicité de nos pères , à la pureté des murs des disciples de J. C. ; lorsqu'elle a rendu la morale'évangélique à son ancienne vigueur. Est-il possible , après de si sages opérations, qu'on calomnie ses vues, que l'on rende suspects ses moyens ? Eh ! de grace, mon cher peuple, ouvrez les yeux, ne vous laissez point séduire , on abuse de vos vertus. Ah plutôt ! soyez

dar cile à ma yoix, c'est celle de votre pasteur légitime. L'amour qu'il vous a porté dans tous les temps, l'attachement dont il vous a donné tant de preuves non équi. voques, lui méritent sans doute, votre confiance.

Jamais, non jamais, votre pasteur ne sera assez pervers pour coopérer au dépérissement de la foi, pour mainienir une constitution capable de préparer ou d'en

maître , que

[ocr errors]

traîner la perte de la religion. Oui , religion sainte! religion divine ! religion de mes pères ! vous résisterez à l'injure des siècles; rien ne prévaudra contre vous parce que vous êtes l'ouvrage d'un Dieu qui a posé vos fondemens sur des bases inébranlables. Aussi , serez-vous jusqu'à mon dernier soupir, l'unique objet de mon respect, de mon amour, de mon dévouement. Er si , le glaive suspendu sur ma tête , il me falloit opter entre votre abandon et la mort ; ah ! je mourrois heureux, martyr de la foi de mes pères.

Faites donc cesser vos craintes, M. C. F., dissipez les alarmes, que les ennemis de la cause publique s'efforcent de vous inspirer, relativement au serment que la nation exige des fonctionnaires publics. Citoyen, prêtre, pasteur, tous ces titres m'imposent l'obligation de le prêter. Comme prêtre, je jure donc de vivre et mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine, et de conserver l'unité de foi avec le chef visible de l'église. Comme votre pasteur je jure , avec le premier pontife de cette église (1), de paître le trou. peau qui m'a été commis; de veiller sur lui,

par

la crainte, mais par une volonté libre et selon Dieu. Enfin, comme citoyen et fonctionnaire public; je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir, la constitution décrétée par l'assemblée nationale, et sanctionnée par le roi.

non

Deuxième lettre aux Rédacteurs de la Feuille Villageoise.

MESSI E URS,

Je vous envoie , de la part de M. Bernard , officier municipal de Corberon, district de Beaune, département de la côte d'Or, un petit discours prononcé par M. Pierre-Étienne Blandin, curé dudit Corberon, à la messe paroissiale, le 9 janvier 1791, avant la prestation du serment civique. Cet officier municipal, votre,

(1) Saint-Pierre , ch. 5 ; verf. 2.

abonné, ainsi que moi, nous vous prions instamment de vouloir bien insérer ce discours dans votre feuille. Signé NUDAN, négociant, rue de Poitou.

A Paris ce 28 janvier.

Discours.
MESSIEURS ET CHERS PAROISSIENS,

Je suis né François avant d'appartenir à l'état respectable dans lequel j'ai eu l'honneur d'être admis : c'est pourquoi je me fais gloire de vous annoncer que je vais prêter le serment civique tel que l'assemblée nationale a le droit de l'exiger de tout citoyen. Les alarmes mal fondées que la plupart des ecclésiastiques témoignent à son sujet, peuvent, sans les condamner, avoir leur source dans la craintc que la religion ou leur conscience n'y soit intéressée.

» Sans les blâmer, mes chers paroissiens, je ne suis pas de leurs sentimens : la manière de voir et de comprendre ne dépend pas de nous, par conséquent, la mienne ne peut pas être conforme à celle de mes confrères. Mais comme je suis mû par des raisons et une façon de penser qui ne ressemblent pas aux leurs, je persiste dans mon sentiment. Non, Messieurs, le serment civique exigé par l'assemblée nationale n'est nullement contraire à la religion auguste dans laquelle j'ai eu le bonheur de naître. Vous la connoissez déja, et dans l'instant je vais le répèter.

» La religion catholique , apostolique et romaine fondée sur des principes invariables, éclairée par l'Esprit-saint, soutenue par les graces continuelles dont J. C. ne cesse de la combler, est à l'abri des persécutions des hommes et de leurs impiétés : lcs portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Un royaume comme la France, qui le premier de l'Europe a eu le bonheur d'être éclairé du flambeau de l'évangile , essuyeroit - il le plus grand des malheurs : celui de perdre la religion la plus auguste et la plus sainte ? Non, Messieurs, je vous le répète , la religion n'est point en danger. N'écoutez point ce que nombre de cerveaux foibles et mal organisés suggèrent et répandent

[ocr errors]
[ocr errors]
« PreviousContinue »