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DE LA
CONJURATION

DE
LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH D'ORLEANS,

SURNOMMÉ ÉGALITÉ.

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LIVRE DIXSEPTIÈME.

Hypocrisie des Orléanistes. Leurs mana u

vres pour avoir une convention nationale à leur dévotion. Visites domiciliaires,

. Massacré dans les prisons. D'Orléans ordonne nommément l'assassinat de la Princesse de Lamballe. Diversion qui s'opère dans son parti. Jugement et mort de Louis XVI. Rôle que d'Orléans joue dans cette affaire. Il devient en horreur à ses propres partisans. Inquiétudes qui le dévorent. Il devient le jouet du parti de Marat. Il donne son bilan. La duchesse son épouse se sépare de biens d'avec lui. La désertion de Dumou iez achève de ruiner ses affaires.

Tous ceux qui ont écrit sur quelqu'une des époques de notre révolution, ont été trompés par les apparences. Ils ont cru que

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les jacobins avoient voulu d'abord de bonne foi la constitution. et ensuite avec la même sincérité une république. Ils n'ont jamais voulu, et ne veulent encore en cet instant, qu'un changement de dynastie. La preuve qu'ils n'ont jamais voulu la constitution, c'est qu'ils l'ont renversée dès qu'ils l'ont pu. La preuve qu'ils n'ont jamais désiré une république, c'est que nous ne l'avons pas encore. Quand il n'y a nulle barrière entre les gouvernés et les gouvernans ; quand ceux-ci sont à-la-fois pontifes, rois, législateurs, juges; quand ils sont maîtres absolus des deniers publics, de toutes les productions du sol, de l'industrie du marchand, du travail des manufactures, de toutes les forces de terre et de mer ; quand en prononçant le seul mot réquisition, ils peuvent disposer de votre personne à leur gré ; ils peuvent vous enlever vos femmes, vos enfans, vos ouvriers, vos animaux domestiques; un tel état ressemble infiniment moins à une république, que le gouvernement Danois.

Depuis la mort de Louis XIV, c'est vers un changement de dynastie que les calvinistes et les philosophes n'ont cessé de mare! cher. Ils ne l'ont jamais avoué'; mais ils n'en ont pas moins toujours eu la chose dans le

A leur exemple, les jacobins ont craint dans tous les tems, d'avouer que c'é toit d'Orléans qu'ils vouloient mettre sur le trône des François. C'est sans doute une bien grand bizarrerie que ces jacobins s'étant

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trouvés dans des circonstances où ils pouvoient tont dire, comme tout faire, ils aient cependant conservé cette crainte. Je n'entreprendrai pas d'expliquer cette singularité ; je reviens au récit des faits.

Lorsque les Orléanistes eurent obtenu lą suspension du roi, sa détention et une convention nationale, ils eurent l'air de croire que cette assemblée feroit d'elle-même ce qu'ils n'osoient pas faire eux-mêmes, c'està-dire qu'après avoir mis à mort Louis XVI. elle donneroit son trône à d'Orléans. Ne voulant pas avouer que c'étoit là le but auquel ils tendoient. ils commencèrent à crier plus haut que jamais, qu'il falloit convertir la France en une république. Ils renouvellèrent le manège dont ils avoient donné l'exemple après le retour du roi, de Varennes. D’Orléans écrivit de nouveau aux journalistes, qu'il renonçoit à ses droits, et qu'il n'ambitionnoit ni la royauté, ni la régence. Sieyes crioit avec plus de franchise dans les clubs et dans les comités : Sans changement de dynastie, point de révolution !

L'abbé Fauchet un de plus ardens républicains en apparence, étoit au fond de son ame un chaud royaliste. J'ai de lui trois lettres originales où il professe le plus pur royalisme.

Pétion continuoit à vivre dans la plus grande intimité avec Sillery et toute la famille d'Orléans. Manuel disoit dans la tribune des jacobins, que la liberté étoit meil

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leure à désirer qu'à obtenir. Soit cependant qu'il commençat à croire que d'Orléans n'étoit pas propre à règner sur les François, soit qu'il voulut simplement donner de la jalousie au prince, pour en arracher toutes les sortes de sacrifices, il annonça dans la même tribune des jacobins, qu'il seroit peut-être convenable de mettre sur le trône, ou le duc d'York, ou le duc de Brunswick. Thuriot fit entendre la même opinion.

Voici en toutes lettres ce que Brissot prononça dans l'assemblée nationale, quelques jours avant le 10 août (1): On nous parle d'une faction qui veut établir la république'. Si ces républicains régicides existoient, s'il existe des hommes qui tendent à établir la république, le glaive de la loi doit frapper sur eux, comme sur les amis actifs des deux chambres.

Carra qu'on regardoit comme un des fondateurs de la future république, écrivoit dans son journal : “ La Prusse, l'Angleterre, et la Hollande ne sont pas si mal-adroites de vouloir détruire les jacobins qui, ont des idées si heureuses pour les changemens de dynasties. Croyez-vous que le célèbre duc de Brunswick ne sait pas à quoi s'en tenir sur tout cela ? C'est le plus grand guerrier et le plus grand politique de l'Europe que le duc de Brunswick; il est très-instruit, très

(1) Le 26 juillet 1792.

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aimable: il ne lui manque peut-être qu'une couronne, je ne dis pas pour être le plus grand roi de la terre, mais pour être le véritable restaurateur de l'Europe. S'il arrive à Paris, je gage que sa première démarche sera de venir aux jacobins, et d'y mettre le bonnet rouge.

On voit par le langage que tenoient ces hypocrites républicains, ou que d'Orléans perdoit un peu de son crédit dans son parti, on qu'on avoit intérêt de le mettre en opposition avec des rivaux.

Les jacobins disoient aussi pour prouver la nécessité de la détention de la famille royale, qu'elle serviroit d’ôtage dans le cas où les ennemis voudroient s'emparer de Paris. Comme alors le roi de Prusse s'avançoit avec son armée dans les plaines de Champagne, ce prétexte avoit quelque vraisemblance; mais l'événement a encore prouvé que ce n'étoit-là qu'un mensonge ; car quand on craint les représailles, on garde ses ôtages, on ne les massacre pas.

D'Orléans comprenoit que pour qu'il se trouvât porté sur le trône sans effort, et sans qu'il fût obligé de se mettre en évidence, ce qui étoit la chose qu'il craignoit le plus, il falloit que la convention qu'on avoit convoquée, fût composée en très-grande partie de ses plus zélés partisans. L'intrigue, l'argent, la violence, toutes les sortes de manæuvres furent employées à cet effet. Il importoit sur-tout de se rendre maître des as

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