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de l'assemblée nationale, s'agitoient, animoient les séditieux, et les excitoient à tout oser, à tout faire.

Chabot n'ayant plus de poisons à distiller, se mit à la tête d'une partie de la populace; le reste se partagea entre ses collègues. Ces diverses bandes avec leurs chefs se rendirent dans des cabarets, et y passèrent la

nuit.

Enfin la fatale journée arriva. Dès le matin, Panis et Sergent officiers municipaux, se placèrent dans un café que tenoit un nommé Gibé, et de-là dirigèrent l'attroupement du fauxbourg Saint-Antoine. Santerre se mit à la tête des séditieux auxquels vinrent se réunir des bandits du fauxbourg Saint-Marceau et de divers autres quartiers de la v lle. C'étoit un spectacle horrible à voir que celui de ces phalanges, lorsqu'elles se mirent en mouvement. C'étoit un ramas d'hommes et de femmes à moitié nuds, descendus de tous les galetas, sortis de toutes les tavernes de Paris, des charbonniers, des ramo, neurs, des crocheteurs, des gagne-deniers, des négres, des négresses; voilà les soldats, qui composoient cette armée. Ils étoient ar més de piques, d'épées rouillées, de tenailles, de faulx, de fourches, de besaigues, de bâtons, de pioches, de massues. Ils portoient pour enseignes au bout des piquss, des haillons, de méchantes culottes noires percées de mille trous.

Cette hideuse armée étoit composée de plus

de

de trente mille hommes ou femmes; elle mit quatre heures à défiler dans la rue Saint-Honoré; elle étoit partagée en trois bandes : Santerre commandoit la première, Saint-Huruge la seconde, et la femme Théroigne-deMéricourt la troisième.

.. Comme elle défiloit, toute la garde nationale se réunit autour du château et de la salle où les députés tenoient leur séance. Roederer, procureur - syndic du département, se présente à la barre de l'assemblée nationale, la prévient que cette troupe veut forcer le château, et l'invite à ne pas la recevoir. Dumolard et Ramond appuient cet avis; les conjurés membres de l'assemblée, les menacent de la mort. Pendant qu'on s'échauffe, qu'on dispute, Santerre se fait précéder d'une lettre dans laquelle il annonce que sa troupe n'est composée que de buit mille hommes: Lasource ajoute de vive voix, que l'intention de ces huit mille hommes n'est point d'aller au château, mais de laisser à l'assemblée la pétition qu'ils veulent présenter au roi.

Pendant qu'on délibère, les prétendus pétitionnaires forçent la garde, brisent les barrières, et inondent le sein de l'assemblée. Un des leurs, nommé Huguenin, ancien avocat au parlement de Nancy, homme perdu de dettes, vieillard presque septuagénaire, remarquable par sa taille gigantesque, son front chauve, et ses yeux tachetés de sang, se dit l'orateur de ces bandits, et lit un méTome III. M

moire de huit pages, dont chaque phrase est un arrêt de mort contre la famille royale.

Quand cette furie a fini son discours, toute la horde défile dans l'assemblée, agitant les haillons qu'elle portoit au haut des piques. Elle se rend ensuite sur la place du Carrousel, pour pénétrer dans le château. Trois cents gendarmes défendoient la cour royale; de Rulhières qui les commandoit, leur ordonne de charger. Les uns refusent de le faire; d'autres versent par terre la poudre de leur bassinet; d'autres déchirent la cartouche, et jettent la balle; d'autres enfin agitent leurs chapeaux à la pointe de leurs sabres, et crient bravo à cette populace. Les sappeurs de garde et le suisse, placés à la porte royale, l'ouvrent. En un instant les cours, la terrasse, les veftibules, l'escalier, sont inondés de ces brigands.

Un canon démonté de son affut est porté à force de bras dans la salle des gardes. La porte de l'Eil-de-Bœuf étoit fermée; on la secoue, elle alloit être brisée : c'en étoit fait de la famile royale. Un homme, un seul homme arrêta, désarma ces tigres altérés de sang. Cet homme ce fut Louis XVI. II court à la porte, et crie aux Suisses qui la gardoient: Ouvrez, ouvrez; je ne dois rien avoir à craindre des François ! On obéit; des forcenés s'élancent en criant: Où est-il? où est-il ? Que nous l'égorgions! Des sabres, des piques menacent la poitrine de Louis. Les Suisses de sa garde tirent leur épée.

Non, non, leur dit tranquillement le roi, res mettez vos épées dans le fourreau, je vous l'or donne.

Cependant quelques personnes qui étoient auprès du roi, l'entraînent au fond de la chambre; il s'arrête à la troisième travée, entouré de quatre grenadiers de la garde nationale, et appuyé sur Acloque un des commandans de cette garde. Comme le roi étoit entraîné, quelques misérables crient: Où est la reine, nous voulons sa tête ! La princesse Elisabeth qui n'avoit point voulu quitter son frère dans ce danger, se tourne vers ces assassins, présente sa poitrine à leurs poignards, et leur dit avec fermeté: La voici la reine.-Non, non, s'écrient deux ou trois serviteurs qui l'accompagnoient, ce n'est point la reine, c'est Madame Elisabeth.-Eh! Messieurs, de grace, leur dit la princesse, ne les détrompez pas ; ne vaut-il pas mieux qu'ils versent mon sang que celui de ma sœur ?

Quel courage! quel héroïsme! Jamais il n'y eut une ame plus grande, plus belle, plus pure que celle de cette princesse qui fut un ange dans ce siècle de corruption.

Voyant qu'il ne lui étoit pas possible de détromper ces misérables, elle se plaça à l'entrée de l'appartement, appuyée sur de Marcilly un de ses écuyers, de sorte que tous ceux qui entroient, étoient obligés de passer devant elle; sa vertu servoit de bouclier à son frère.

La reine n'avoit pu suivre son époux lorsqu'il étoit allé au devant des assassins, D'Haussonville, Choiseul Stainville, Montmorin, Lévi, Rougeville, Obier, d'Hervilly, Bougainville, Monteil, St. Pardoux, Vergennes l'avoient environnée, et l'arrêtoient malgré elle. En vain elle crioit: Ma place est duprès du roi, et ma sœur ne doit pas étre seule à lui servir de rempart! On lui répondoit: votre place est auprès de vos enfans. Cependant elle avoit vaincu la résistance qu'on lui opposoit; elle étoit déjà parvenue dans la chambre du conseil. Le général Wittenghoff, gentilhomme Livonien et la Jarre ministre de la guerre se trouvoient là. Celui-ci arrête la reine malgré elle; il fait ranger en travers la table du conseil; il la contraint de rester derrière ce retranchement avec ses femmes. Elle demande alors ses enfans. La baronne de Makau et la comtesse de Soucy les avoient déposés chez Brunyer médecin du roi. On les porte à la reine, et ils sont placés sur la table. Elle s'assied alors environnée des princesses de Lamballe, de Chimay, de Tarente, de la duchesse de Duras, des marquises de la Roche-Aymon, de Tourzel, de Ginestous, et de la comtesse de Maillé. Une double haie de gardes nationales se place devant la table, et une autre haie sur quatre de hauteur défend les issues des deux extrémités.

Pendant qu'on fait ces dispositions pour

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