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Evenemens.

PHILADELPHIE. Dans l'Amérique septentrionale, le congrès, ou l'assemblée législative des treize républiques unies de l'Amérique Angloise, vient de terminer sa seconde session, dans laquelle a été examinée, confirmée , développée la grande confédération à laquelle cette partie du monde est redevable de son indépendance. Rhodisland , le seul de ces vastes états , la seule de ces riches colonies , qui n'avoit pas encore adhéré à la confédération, touché enfin des intérêts com muns de l'Amérique septentrionale, s'est allié aux autres états unis , et s'est soumis à leur constitution. C'est le complément d'une révolution, qui , de proche en pro; che, va briser les fers du nouveau monde , et apprendre à l'ancien à rompre aussi peu-à-peu ses vieilles chaînes.

MADRID. L'Espagne et l'Angleterre ont arrangé à l'amiable le petit différend dont on vouloit faire une guerre formidable. Le sujet de la querelle étoit un établissement de commerce que les Anglois avoient for: mé au nord du Nicxique. L'Espagne ne s'oppose plus à cet établissement et consent à la navigation libre des Anglois sur ces mers. Nos mécontens qui espéroienç beaucoup de la guerre, sont déconcertés par la paix,

LISBONNE. La reine de Portugal vient d'abolir toutes les jurisdictions territoriales dont jouissoient les principaux seigneurs et maisons privilégiées. Elle a compris, dans cette loi si juste , ses propres domaines. Mais elle n'a point osé toucher aux privilèges : bien plus terribles de l'inquisition. Son peuple est encore trop esclave des moines.

LA HAYE. On a fait beaucoup de conjectures sur le voyage de M. de Calonne. On lui prêtoit de bons et de vastes projets. Tout cela se réduit à un mauvais et gros ouvrage qui paroît depuis une semaine. Cet homme qui a si fort contribué à jeter la France dans un abyme , ne veut pas qu'elle en sorte. Il attaque toutes les opérations de l'assemblée nationale :. il se montre mauvais citoyen par ses principes , mauvais politique par ses systèmes, mauvais prophète par ses prédictions ;

le

car il nous annonce que rien de tout ce qui a été fait, ne pourra durer ; il assure bonnement que le roi në se contentera jamais d'un pouvoir modéré : or tous les sentimens du roi attestent le contraire ; il assure

que peuple ne se soumettra jamais à la constitution; or, toutes les villes et tous les villages manifestent le contraire : il assure que l'armée de ligne et l'armée nationale', seront toujours divisées : or, la facilité que l'une et l'autre ont eue à étouffer les discordes semées parmi elles, démontrent le contraire. Enfin il assure que la noblesse , le clergé , 'la magistrature , la finance, tous ceux, en un mot, qui sont réformés , murmureront et s'agiteront sans cesse : Voilà le seul point où il ait raison; et il travaille lui-même à fomenter ces troubles : au défaut d'une 'escadre Angloiset, il envoie contre nous ün libelle effroyable.

Liege. Les électeurs de l'Empire ont fait signifier au peuple Liégeois de prendre l'ancien gouvernement , en 'le menaçant'de séunir contre lui leurs troupes. Le peuple Liégeois. a répondu qu'il attendoit de pied fermé les troupes pour les repousser jusqu'au dernier soldat ou pour mourir jusqu'au dernier citoyen. L'ordre de la noblesse et celui du clergé passent pour avoir des dispositions différentes. C'est pourquoi le peuple Liégeois les surveille , bravant l'ennemi étranger et observant t'ennemi domestiquel, ""'. ** "LÍSLEUX. L'évêque ayant donné un mandement où il s'est intitulé Monseigneut, et où se trouvent gravées ses armoiries , la commune a fait une défense expresse, à tous les imprimeuts, de donnér, à l'avenir, à qui que te soit, des titres, ou d'employer des écussons , proscrits par la constitution françoise. Les titres de monseigneur , de grandeur, d'excellence d'altesse, de niême que les armoiries en bandes , en chevrons , en étoiles , en croix , en lions, en tigres, etc., sont égalemént ridicules. Le bon sens suffit pour que l'on se moque d'un usage qu'une vanité bête et folle , peut seule regretter

.. 6. AVALLON. Le lieutenant civil d'Avallon , homme d'un mérite råre et d'un patriotisme séprouvé, avoit toute raison d'espérer que ses concitoyens le choisiroient

pour

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.

pour juge. N'ayant obtenu', au lieu de cette place, que celle de suppléant, ses amis indignés lui conseilloient de ne pas accepter un titre qu'ils disoient être au-dessous de lui : voici sa réponse : DANS UNE CONSTITUTION LIBRE, IL N'Y A POINT DE SI PETITE PLACE QU'ELLE N'HONORE UN CITOYEN : JE LE SUIS ET J'ACCEPTE. Cela n'est pas épiscopal , mais raisonnable.

RENNFS. Plusieurs ci-devant nobles bretons, ayant émigré et s'étant établis à demeurer dans l'ile de Jercey; on a essayé de soulever les ouvriers de Rennes, en disant que cette émigration étoit la suite de la constitution, et que si celle-ci duroit, ils n'auroient plus d'ouvrages. Les cordonniers qui avoient perdu leurs pratiques, perdant aussi la tête, firent une insurrection. Les jeunes gens de la ville,

la ville, pour les punir et les réduire, prirent tous des sabots au lieu de souliers. Les cordonniers eurent peur qu'on n'abolît les souliers, comme les nobles, et à l'instant ils rentrèrent dans leurs boutiques et dans leur devoir. Plût à Dieu que nous n'eussions jamais de troubles plus sérieux à annoncer ! L'évènement qui suit, est par malhenr bien différent.

VARËSE. Département de la Charente inférieure, Tous les amis de la liberté ont appris , avec horreur , qu'elle a servi de prétexte à une abominable insurrection. Elle commença par le refus du paiement des droits féodaux. La municipalité fit arrêter le principal auteur de l'insurrection. Des séditieux assaillirent à coups de pierre la garde. Elle fit feu , et parvint à exécuter l'ordre dont elle étoit chargée. Les brigands, rassemblés le lende. main , se rendent à Varèse , et demandent à main armée la sortie du prisonnier. La municipalité cède à la force et rend le coupable. Les brigands , peu satisfaits de leur crime, s'emparent de M. Latierce, maire de Varèse, l'accablent d'outrages , et le massacrent avec une furie digne des temps barbares et des peuples antropophages. Les armes contre les loix ! Les prisons forcées ! Un magistrat assassiné par ceux qui l'ont élu ! C'est le cæur nayré de douicur que nous racontons ce cruel événement. Tous les bons villageois en seroient indignés et affligés autant que nous.

PARIS. L'assemblée nationale a enfin décrété le recu

lement des barrières aux frontières du royaume, et la suppression des droits de traite , perçus dans l'intérieur du royaume , et qui étoient connusspus cent dénominaCette réforme avoit été inutilement tentée

par Sullam

i Colbert, Targot et M. Necker. Les abus avoient eu plus de pouvoir que ces quatre excellens ministres, C'est qu'il falloit toute la force de la nation pour vaincre les préjugés et la résistance des provinces.

Le commerce de la capitale, qui étoit presque tombé, commence à reprendre depuis la vente des domaines nationaux. Les adjudicataires arrivent de toute part l'abbaye de Saint-Wast, en Flandre', est portée déjà à plus de vingt millions. Le crédit repousse comme un arbre dans toutes ses branches , après une pluie de printemps.

M. de Chartres , ci-devant prince du sang, élève de madame de Sillery, et jeune partisan de la révolution s'est fait recevoir membre de la SOCIETE DES AMIS DE LA CONSTITUTION. Voici le discours qu'il a prononcé ;

MESS I EU.RS,

Il y a loug-temps que je desirois ardemment d'être admis au milieu de vous. Je ne dois qu'à une extrême ịndulgence, l'accueil favorable que vous daignez me faire , il me touche sensiblement. J'ose me flatter que ma conduite justifiera yos bontés, et je puis encore yous assurer que toute ma vie je serai bon patriote et bon citoyen.

Autrefois on n'auroit applaudi que le rang de l'orateur ; aujourd'hui c'est sa jeunesse , c'est sa modestie , c'est son zèle précoce que l'on a comblé d'applaudisse.

mens.

On s'abonne à Paris , chez DESENNE, Libraire , au Palais-Royal, moyennant 7 liv. 4 sous par an,

A N N É E

DE LA

FEUILLE VILLAGEOISE.

HUITIÈME SE MAIN E.

Jeudi 18 Novembre 1790.

Suite de la Géographie Universelle. Après avoir donné aux Villageois une idée générale de la posicion terrestre et maritime de la France devons dire un mot des possessions qu'elle a dans les autres parties du Monde. Les peuples de l'Europe, depuis que la boussole a dirigé leur navigation, ont fait d'abord des découvertes, ensuite des conquêtes , enfin des établissemens dans les régioos éloignées. Ces établissemens se nomment, les uns COLONIES, les autres CompTOIRS. Les Colonies des anciens se formoient par un nombre d'habitans , qui trop à l'étroit dans leur pays natal, en sortoient pour se placer et s'écendre dans une terre nouvelle. Les Colonies Angloises ont commencé par l'émigration des Réformés, qui, persécutés par la Religion dominante de leur patrie , allèrent fonder en Amérique des temples et des cités plus libres. Les Colonies Françoises tirent leur première origine de ces corsaires fameux, qui , sous le nom de FLIBUSTIERS, mêlant à une barbarie sans remords un héroisme sans exemple, disputèrent aux Espagnols, assassins du Nouveau-Monde, et aux Caraïbes, naturels du pays, les îles méridionales de l'Amérique ( 1 ). L'in

nous >

(1) Les Flibustiers étoient nommés ainsi , parce qu'ils couroient les mers sur de petits navires , appelés Flibois. Ces aventuriers ne re. cevoient parmi eux que des brigands intrépides. Pour éprouver lçur

le capitaine , un pistolet dans chaque main , artivoit der șière eux à l'improviste, tiroit à leur oreille un coup de pistolet; et s'ils marquoient dans leur surprise la moindre frayeur , il leur cassoit da, tête avec l'autre pistolet. Les Espagnols , en ayant pris quelques: ụns , les pendirent, avec cette sentence écrit sur le poteau : Pen. dus non comme François, mais comme hérétiques. Ayant pris à leur

courage,

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