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Je demande que la lettre de M. le comte de Saint-Priest, mentionnée dans ce réquisitoire, ainsi que toutes autres pièces néces saires, soient présentées à l'assemblée.

M. de Foucauld. Un décret de l'assemblée a permis aux municipalités d'appeler des troupes quand elles le jugeront nécessaire; celle de Versailles n'a pas été exclue de cette faculté : il n'y a donc pas lieu à délibérer.

M. Biauzat. L'assemblée n'a-t-elle pas le droit de demander les motifs qui déterminent la municipalité à appeler des troupes? C'est à quoi se doit réduire la question.

M. Fréteau. L'urgence des circonstances, la mesure prise par la municipalité de Versailles, lorsqu'elle a arrêté que les troupes qui arriveraient prêteraient le serment conforme au décret de l'assemblée, peuvent décider à ne pas délibérer sur cet objet. Un motif qui doit encore tranquilliser, c'est que le régiment attendu est cominandé par M. le marquis de Lusignan, membre de cette assemblée. Beaucoup de personnes demandent la parole et ne sont point entendues; la question préalable étant posée, il est décidé qu'il n'y a pas lieu à délibérer quant à présent.

Paris, 22. La nouvelle de la communication faite la veille à l'assemblée nationale jeta l'alarme dans la bourgeoisie. La même pensée s'empara des districts et de l'hôtel de ville. Le Palais-Royal fut de nouveau agité : il semblait un retentissement de ce qui s'était passé en juillet. On disait qu'il se tenait des conciliabules chez madame de M..., où venaient des privilégiés de toute espèce; on disait que les officiers municipaux de Versailles, soumis aux volontés des grands et des ministres, n'avaient demandé mille hommes de troupes, que pour s'empresser de leur obéir; on disait que ces mille hommes devaient favoriser le départ du roi pour la ville de Metz; on disait que de là le roi rentrerait dans son royaume à la tête de l'armée des confédérés, et tenterait ainsi de l'asservir par droit de conquête. (Révolutions de Paris, 22 septembre.) On parlait donc de marcher sur Versailles, de tripler les gardes, de mettre des canons en batterie, etc.

L'assemblée des représentants de la commune fut mise en demeure par une députation du district de la Trinité de s'occuper de cette question, qui remuait toute la bourgeoisie; elle venait demander si les troupes qui approchaient, et qu'on disait répandues à Senlis, Compiègne et Noyon, avaient prêté le serment national, et si ces troupes se portaient vers la capitale en vertu des ordres de l'assemblée nationale, ou du moins de son agrément. En consé

TOME II.

8.

quence, les représentants chargèrent le maire d'écrire au ministre de la guerre pour avoir des renseignements positifs sur un fait don't s'occupait toute la ville. (Procès-verbal de la commune. )

Le ministre de la guerre répondit officiellement que le régiment de Flandre venait sur la réquisition de la municipalité; mais en même temps M. de Saint-Priest écrivait au maire que des bruits assez circonstanciés sur la venue de gens armés à Versailles pour y empêcher l'arrivée du régiment de Flandre avaient déterminé le roi à prendre quelques mesures militaires. (Mémoires de Bailly, t. III, p. 212.)

Cependant le même jour, le régiment de Flandre arrivait à Versailles. Il prêtait serment entre les mains du corps municipal, qui avait été au-devant de lui avec les principaux officiers de la garde nationale; un grand concours de curieux assistait à cette rencontre. La majorité de la bourgeoisie de la ville n'était sans doute rien moins que mécontente à la vue de ce renfort. Quelques jours auparavant, elle avait été effrayée par une petite émeute à la porte d'un boulanger qui vendait du pain à deux prix, l'un très-blanc, et l'autre assez grossier.

ASSEMBLÉE NATIONALE DU 23 AU 28 SEPTEMBRE. L'assemblée fut principalement occupée de questions de finances. Elle reçut aussi de nombreux dons patriotiques, parmi lesquels nous remarquons la donation d'une forêt, par M. Beaupoil de Saint-Aulaire, et un don de cent mille francs, par le duc de Charost.

Dans la séance du 22, on apprit que le roi avait fait envoyer sa vaisselle à la monnaie. Après une courte délibération l'assemblée décida que le président se retirerait par devers le roi, pour le prier de conserver son argenterie. Louis XVI refusa. Suivant le Moniteur, la cour ne voulait se donner que l'apparence de la générosité; en réalité l'argent provenant de la vaisselle devait alimenter la caisse particulière du monarque.

Au commencement de la séance du 23, on lut la lettre suivante, adressée par le ministre de la guerre :

<«< Monsieur le président, le roi m'ordonne de vous prévenir que, sur les différentes menaces faites par des gens mal intentionnés de sortir de Paris avec des armes, il a été pris différentes mesures pour préserver de toute inquiétude le siége de l'assemblée nationale.

« Signé, LA TOUR-DU-PIN-PAULIN. »

On lut ensuite une lettre de M. le maire de Paris à M. de la Tourdu-Pin-Paulin, dans laquelle il lui exprimait vivement le vœu de la

capitale sur l'éloignement du régiment de Flandre. M. le maire conjurait M. de la Tour-du-Pin-Paulin de se rendre au vœu de la ville de Paris. On lut une autre lettre de M. de Saint-Priest sur le même objet.

L'assemblée ne prit aucune délibération à cet égard.

Dans la séance du 28, M. Mounier, connu par son dévouement à la cour, fut élu président de la quinzaine.

Paris. L'agitation causée par la nouvelle de l'appel du régiment de Flandre augmenta à l'annonce de son arrivée à Versailles. Des députations de quelques districts vinrent exciter les représentants. Il paraît, d'après les mémoires de Bailly, qu'ils envoyèrent une députation auprès du ministre.

Les rassemblements du Palais-Royal devinrent nombreux et trèsanimés. Il était encore question du veto, mais bien plus des troupes nouvellement arrivées. On envoya des patrouilles pour dissiper les groupes il y eut des arrestations en assez grand nombre. Le maire fit publier par voie d'affiches que les troupes cantonnées dans un cercle de quinze lieues, aux environs de Paris, ne montaient qu'à trois mille six cent soixante-dix hommes.

Cependant les autorités de la capitale préparaient une distraction aux Parisiens. On s'occupait d'une grande cérémonie, pour laquelle le roi fit ouvrir son garde-meuble: il s'agissait de la bénédiction générale des drapeaux. L'abbé Fauchet fut choisi pour faire le discours. Les journaux patriotes s'amusèrent à épiloguer sur les préparatifs; ils firent rire d'une grande discussion qui s'éleva entre les entrepreneurs pour savoir de quel titre M. Fauchet appellerait la réunion à laquelle il devait s'adresser. Il avait été décidé que le discours commencerait par ces mots : Monsieur le maire et Messieurs ; et pourquoi ne pas les appeler citoyens ou mes frères, tout court? disait-on.

La cérémonie eut lieu le 27, à Notre-Dame, l'archevêque officiant. Pour témoigner son enthousiasme, la garde nationale s'avisa de faire des feux de peloton dans l'église.

Mais toutes ces tentatives ne pouvaient distraire la population qui ne faisait point partie de la garde nationale de l'embarras des subsistances, et la population patriote de ce qui se passait à Versailles. Le 25, les boulangers mécontents menacèrent de ne pas cuire, ce qui aurait infailliblement causé une insurrection. Bailly eut quelque peine à les faire renoncer à ce projet; et les districts furent chargés de veiller à ce que la cuisson eût lieu, et à la faire exécuter, même par force. Tout le monde s'irritait. Des districts

voulurent que des commissaires nommés par eux fussent chargés d'acheter des grains; et ils en trouvèrent dans les mêmes campagnes, et chez les mêmes fermiers où les agents du comité disaient qu'il n'y en avait pas. (Mémoires de Bailly; Révolutions de Paris.) D'un autre côté, on s'élevait contre les projets qu'on supposait à la cour, contre les faiblesses de l'assemblée; on criait contre l'élection de Mounier à la présidence.

<«< Convaincu, disait Marat le 27, que l'assemblée nationale ne peut plus rien faire pour la nation, dont elle a lâchement abandonné les intérêts.... je crois qu'elle ne saurait être trop tôt dissoute...; et afin que la nation ne soit pas exposée deux fois au malheur de remettre ses pouvoirs à des mains infidèles..., je nommerai tout haut ceux qui lui ont manqué de foi; je les peindrai par leurs œuvres; je les poursuivrai sans relâche jusqu'à ce que l'opinion publique les ait couverts d'opprobre, forcés de s'éloigner du maniement des affaires, et réduits à la honte de cacher leurs noms. » Sur le numéro où ces phrases étaient contenues, Marat fut cité à comparaître devant les représentants de la commune. Il fut admis le 28 au soir. Par l'ordre de l'assemblée, le maire lui posa la question suivante Avait-il quelques griefs à articuler contre quelques membres, dans les différentes parties de l'administration? — On l'invita à siguer sa réponse. Marat répondit en dénonçant un des représentants qui n'était pas même domicilié et logeait en hôtel garni. Cependant il signa qu'il n'avait aucune inculpation à adresser à l'assemblée qui portât sur un de ses membres en particulier. Cette réponse ambiguë lui épargna l'arrestation dont il était menacé, et dont on lui avait donné un avant-goût en le faisant attendre dans une salle à part, pendant qu'on délibérait sur son sort (procèsverbal de la commune). Quant au personnage dénoncé, il ne reparut plus à la commune.

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Le même jour, les patrouilles saisissaient les numéros de l'Ami du peuple, et la garde nationale faisait, selon l'expression de Loustalot, sous le commandement de M. le duc d'Aumont, une campagne au Palais-Royal. « Le jardin était fort tranquille, lorsque vers les dix heures, des détachements armés sont entrés de tous côtés et se sont jetés avec violence à travers les groupes de causeurs... Le public a murmuré hautement, et des murmures il a passé aux huées et aux sifflets. Une patrouille arrête un citoyen qui ne disait rien aussitôt on assure que c'était M. l'abbé Roben, écrivain distingué... On se soulève en sa faveur, on repousse la patrouille, on résiste à l'oppression et le citoyen est relâché.

« Le jardin ressemblait assez à un champ de bataille... Le duc

d'Aumont, assis vis-à-vis le café de Foy; des aides de camp, courant d'une patrouille à l'autre... Elles vont, elles viennent; elles font, au milieu des groupes, des évolutions si précipitées, qu'elles en sont ridicules... Une patrouille présente la baïonnette! Un garde national qui n'était pas de service arrête un causeur parce qu'il parlait mal d'une patrouille qui n'était point de son district... Jouissez, aristocrates! s'écrie Loustalot, en terminant, le moment de votre triomphe n'est pas éloigné. » Les promeneurs répondaient à ces mesures par une seule observation, mais menaçante. « Nous méritons notre sort, disaient-ils; pourquoi avons-nous placé à notre tête des ducs, des comtes, des barons et des agents de change? Nous avons, parmi nos chefs de division, jusqu'à l'auteur du mémoire des princes: il y a dans le corps des officiers, plus de soixante joueurs de l'Hôtel d'Angleterre. » (Révolutions de Paris, XII, 25. )

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A cette occasion, on fit une caricature avec cette épigraphe Le patrouillotisme chassant le patriotisme du Palais-Royal. Les soldats étaient représentés marchant un bandeau sur les yeux et les baïonnettes croisées. Ils étaient conduits par des monstres coiffés de mitres, et chargés de cordons et de croix.

Les attroupements, qu'on cherchait à dissiper, étaient cependant suffisamment justifiés par les bruits dont nous avons parlé. Déjà même on s'occupait des moyens de surveiller la cour. La Chronique du 25 invitait le roi et la reine à venir passer l'hiver à Paris; elle proposait que l'assemblée nationale tînt ses séances au Louvre, dans le grand salon des tableaux.

On ne doit pas s'étonner, d'ailleurs, que le bruit de l'évasion du roi, venu on ne sait d'où, et probablement répandu par le club breton, remuât à ce point les esprits. Il remettait en question tout ce qu'on avait fait depuis quelques mois, et effrayait les imaginations d'un avenir tout contraire à celui pour lequel on avait déjà couru tant de dangers. Alors, comme toujours, les hommes qui étaient le plus alarmés et le plus méfiants étaient ceux qui s'étaient le plus compromis dans les événements révolutionnaires précédents. Voici au reste une partie de l'article du Moniteur, inscrit sous la date du 28.

« Sur le projet d'évasion du roi. — La terreur d'une guerre civile vint se mêler aux angoisses toujours croissantes de la faim. Un projet vaste, et digne de ses auteurs, avait été conçu par les chefs de l'aristocratie. Il ne s'agissait de rien moins que d'enlever le roi, de le transférer dans une place de guerre, où l'on aurait, en son nom, levé l'étendard de la révolte contre la nation, lancé des manifestes contre ses représentants et rallié tous les anciens agents du despotisme, les ministres, les généraux, les parlements, les autres cours

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