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AVERTISSEMENT.

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Les éditeurs de cet ouvrage n'ont pas cru devoir faire un choix dans les discours prononcés par nos premiers orateurs politiques; ils ont fait, au contraire, tous leurs efforts afin de pouvoir offrir au public la collection la plus complète de ces discours la partie qu'on eût pensé pouvoir écarter sans inconvénient de cette collection aurait peut-être été regrettée par quelque lecteur, et l'opinion qui aurait dicté la composition du choix eût bien pu, dans certaines circonstances, n'être pas celle du public. Ils se sont donc déterminés à publier tous les discours prononcés ou qui devaient être prononcés à la tribune par chacun des orateurs; ils ont cru aussi ne devoir pas intervertir l'ordre chronologique des séances des diverses assemblées les matières sont disposées d'après cet ordre, qui est le plus naturel. C'est ainsi qu'il a été possible de lier les discours entre eux par des sommaires faits avec soin, et qui indiquent à la fois les questions soumises à la discussion, et les circonstances qui les avaient fait naître.

:

Cette collection des œuvres oratoires de Mirabeau est la plus complète qui ait paru jusqu'à ce jour.

MIRABEAU. TOME I.

A

Elle se compose non-seulement des discours insérés dans les divers journaux, mais encore d'autres discours qui, n'ayant pas été prononcés à la tribune, ne furent imprimés que par les soins de l'auteur.

Ce premier volume est enrichi d'un Parallèle de Mirabeau et du cardinal de Retz, par M. le comte Boissy-d'Anglas, que la gratitude de ce pair de France a mis à la disposition des éditeurs. A la suite des discours de Mirabeau se trouvera l'oraison funèbre que Cérutti prononça à ses funérailles.

Quelques membres de l'assemblée nationale, anciens collègues des orateurs dont on publie les discours, ayant bien voulu communiquer aussi quelques pièces d'un grand intérêt, elles seront mises à leur place. On accueillera avec reconnaissance toutes celles qui auront rapport aux orateurs dont les discours sont annoncés par les prospectus.

NOTICE

SUR

MIRABEAU.

GABRIEL-HONORE Riquetti, comte de Mirabeau, né le

9 mars 1749, dans le château de Mirabeau, sur les bords de la Durance, à six lieues d'Aix et à trois lieues de Pertuis, était fils de Victor Riquetti, marquis de Mirabeau, et de Marie-Geneviève de Vassan, mariés en 1743. Ses ancêtres s'étant enfuis de Florence, agitée par des dissensions civiles, furent recueillis en Provence dans le commencement du treizième siècle. Ils acquirent dans cette province des propriétés considérables, y contractèrent des alliances avec les familles les plus distinguées, et surent, à diverses époques, se montrer utiles à leur nouvelle patrie dans les charges dont ils furent revêtus. Le marquis de Mirabeau (*), père de l'orateur, a mérité pendant sa vie une grande célébrité. Il était un des chefs de la secte des économistes, et peut-être celui qui se montra le plus fanatique à en soutenir les théorics. Ses écrits avaient emprunté quelques principes à la philosophie du dix-huitième siècle; mais ces principes n'eurent aucune influence sur sa conduite; il prenait le titre de l'ami des hommes, et il sut profiter de ses liaisons avec les ministres pour tyranniser sa famille » Que plutôt l'état périsse, que si la main sacrée du souverain si"gnait la plus petite injustice. » Voilà ce qu'il écrivait;

(*) Auteur de l'Ami des Hommes et de la Théorie de l'Impôt.

et cependant il obtenait contre son épouse et ses enfans soixante-sept lettres de cachet. Cet homme, dont les principes contrastaient si singulièrement avec les actions, précipita, par trop de sévérité, son fils, jeune homme ardent, né avec des passions brûlantes, et qui s'indignait contre l'oppression, dans des désordres vers lesquels_i était d'ailleurs naturellement porté par la fougue de son tempérament. Car on peut dire avec vérité que les faits les plus graves qu'on a reprochés à la jeunesse du comte de Mirabeau furent le résultat des circonstances, qu'il ne dépendit pas de lui d'écarter, et que la rigueur de son père avait fait naître. Mais ce qui appartenait essentiellement à cet homme célèbre, si cruellement calomnié, c'est son amour constant pour l'humanité, c'est sa haine pour toute sorte d'adulation et de tyrannie: encore peut-être l'énergie de ces sentimens généreux était-elle due en partie à la violence des procédés dont il fut si long-temps la victime.

L'éducation du jeune comte de Mirabeau avait été confiée à un homme d'esprit, qui cultiva avec soin ses premières années. Dès son enfance, on put découvrir en lui le germe de ces passions violentes qui agitèrent sa vie tout entière, et de ce talent extraordinaire qui s'est développé avec tant d'éclat. Quelques faits particuliers sembleraient indiquer qu'au lieu de s'enorgueillir des heureuses dispositions de son fils, le marquis de Mirabeau, jaloux de la supériorité qu'il croyait avoir sur son siècle, aurait vu avec peine croître à ses côtés un talent qui alarmait sa vanité, et se préparer dans l'avenir une réputation qui pouvait éclipser la sienne. Il essaya néanmoins de donner à son fils quelque goût pour ses théories sur l'économie politique. Il dut sans doute être aigri par le dédain que montra dans tous les temps, pour ces théories, cet esprit indépendant qui ne devait suivre que ses propres lois.

Mirabeau fut destiné par son père à la profession des armes, et lui-même il tourna d'abord ses vues de ce côté.

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