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des manœuvres et de fausses attaques, tandis que, par un long détour, M. de Chevert, à la tête des Saxons et des Palatins, viendrait les prendre en flanc. Quoique celui-ci eût un long espace à parcourir, il fut le premier aux mains avec les ennemis. Toutes les autres divisions. montrèrent beaucoup d'ardeur; leurs chefs, un concert parfait; mais toute l'armée convint que c'était principalement à M. de Chevert que la gloire de cette journée était due. Les alliés y perdirent trois à quatre mille hommes, tués ou blessés, et huit cents prisonniers. Le baron de Zastrow, neveu du général de ce nom, fut du nombre des derniers. La perte des Français fut trèsmédiocre en comparaison de celle des ennemis; ils n'eurent pas plus de six cents hommes tués ou blessés. Huit jours après cette bataille, le prince de Soubise fut élevé au grade de maréchal de France, et, de son côté, le roi de Pologne envoya à M. de Chevert le cordon de l'aigle blanc1. »

DXLII.

BATAILLE DE BERGHEN. 13 AVRIL 1759.

Les avantages remportés, vers la fin de l'année précédente, à Sundershausen et à Lutzelberg, inquiétaient le roi de Prusse, et lui faisaient craindre pour ses frontières ; il résolut d'éloigner la guerre du Hanovre et de Campagnes de Louis XV, p. 126.

la Hesse, et de la reporter dans le milieu de l'Alle

magne.

« Les Prussiens firent, en conséquence, des mouvements qui furent combinés avec ceux de l'armée aux ordres du duc Ferdinand de Brunswick. Dès le commencement du mois de mars la Thuringe était inondée de Prussiens, et le prince Ferdinand de Brunswick marcha droit à l'armée française, commandée par le duc de Broglie. Ce général assembla aussitôt son armée, et prit une position avantageuse à Berghen, près de Francfort-sur-le-Mein, où, le 13 avril, il fut attaqué par le prince Ferdinand. Le combat fut vif et opiniâtre, mais enfin le prince fut obligé de se retirer. L'armée des alliés était composée de quarante mille combattants, et celle du duc de Broglie n'excédait pas vingtcinq mille. La perte des premiers monta à près de six mille hommes, tant tués que blessés; les Hessois souffrirent le plus; le prince d'Isembourg, leur général,

y fut tué. Les Français perdirent trois à quatre mille hommes; plusieurs officiers furent tués ou dangereusement blessés. Le baron d'Hirn, général des troupes saxonnes, qui mourut à Francfort des suites de ses blessures, fut généralement regretté. Cette action, qui combla de gloire le duc de Broglie, facilita la réunion des armées françaises du haut et du bas Rhin, et leur ouvrit les portes de Cassel, de Gattengen, de Rittberg, de Menden et de Munster1. »

Campagnes de Louis XV, p. 127.

1

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AMÉDÉE FAURE. - 1 1837.

Cette longue guerre, entreprise dans l'intérêt de l'Allemagne, et dont la France ne pouvait espérer aucun avantage, épuisait les finances du royaume. Quels qu'eussent été les succès obtenus, les revers avaient été plus grands encore. Le commerce surtout était en souffrance; la marine, presque anéantie, se trouvait hors d'état de le protéger, et les colonies, en partie occupées par l'ennemi, étaient dans la situation la plus déplorable. C'est alors que le duc de Choiseul, secrétaire d'état des affaires étrangères, conclut le traité connu sous le nom de pacte de famille, qui fut signé, le 15 août 1761, par les rois de France, d'Espagne, des Deux-Siciles et par l'infant duc de Parme, et qui devait avoir une si grande influence sur la paix générale.

On vit donc les hostilités commencer entre l'Espagne et l'Angleterre, pendant que la guerre continuait en Allemagne. «Selon les nouvelles de l'armée du roi1, les ennemis s'étant approchés de Friedberg pendant la journée du 28 du mois dernier, les maréchaux d'Estrées et de Soubise, réunis au corps commandé par le prince de Condé, résolurent de marcher à eux le 30, pour ne pas leur laisser le temps de se fortifier dans une position si essentielle.

1 Gazette de France du 6 septembre 1762.

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« Leur objet principal était de s'emparer de la montagne de Johannisberg ou Johansberg, près les salines de Nanheim, à une demi-lieue de Friedberg. Le marquis de Lévis l'occupait avec l'avant-garde du prince de Condé. Les colonnes de l'armée étaient encore loin: les maréchaux d'Estrées et de Soubise, voyant la nécessité de renforcer ce poste, y portèrent le comte de Stainville avec l'avant-garde à ses ordres.

« La marche des ennemis fut si rapide, qu'avant l'arrivée du comte de Stainville ils eurent le temps de gagner le sommet de la montagne. »>

Cependant le prince de Soubise parvint à les en déloger, pendant que le maréchal d'Estrées faisait attaquer leur flanc gauche. La position fut emportée.

<< La cavalerie des ennemis était postée dans la plaine de Nidermelle, pour y recevoir leur infanterie. Le prince de Condé la fit charger par ses dragons. Elle plia; mais, s'étant ralliée au delà d'un ravin, elle revint avec une grande célérité. La seconde charge que fit le comte de Stainville fut vive et obstinée: elle nous réussit entièrement. Les ennemis y ont beaucoup perdu. On y a fait une grande quantité de prisonniers, dont plusieurs colonels et quelques officiers supérieurs. Le régiment de Conflans a pris l'étendard d'un régiment hanovrien. L'infanterie des ennemis, dispersée et mise en un extrême désordre par cette charge, a regagné le ravin dans lequel coule le Veter. Les ennemis nous ont abandonné une grande partie de leur artillerie, et nous avons quinze pièces de différents calibres. On avait ras

semblé, le 31, plus de quinze cents hommes prisonniers, des différentes nations qui composent l'armée des alliés. »

Ce fut la dernière action de cette guerre de sept ans, qui rapporta si peu de gloire à la France, et lui coûta si cher. Le 1er novembre 1762 des préliminaires de paix furent arrêtés à Fontainebleau, et le 10 février de l'année suivante un traité fut signé à Paris, qui rendit encore une fois le repos à l'Europe.

DXLIV.

LIT DE JUSTICE TENU PAR LOUIS XVI. 12 NOVEMBRE 1774. RENTRÉE DU PARLEMENT RAPPELÉ PAR LOUIS XVI.

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Louis XV était mort le 19 mai 1774. La première pensée de Louis XVI, son petit-fils et son successeur, fut de réconcilier avec la royauté l'opinion publique, aigrie par les scandales et les dilapidations du dernier règne. Un des principaux griefs de cette opinion mécontente était la suppression des parlements, sacrifiés trois ans auparavant aux fantaisies de la cour par le chancelier Maupeou. Louis XVI résolut de les rétablir, et, pour solenniser ce grand acte de justice, il vint à Paris présider lui-même à la restauration de la magistrature dans ses anciens priviléges.

Voici en quels termes la Gazette de France du lundi 14 novembre 1774 raconte cette cérémonie :

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