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défendaient le corps de la place. Il fut secondé dans cette entreprise audacieuse par le comte de Maillebois, qui, dans cette guerre, déploya toujours de grands talents, déjà exercés dans l'Italie. C'est par cette ardeur difficile à comprendre qu'ils se rendirent maîtres de tous les ouvrages extérieurs. Les troupes s'y portèrent avec d'autant plus de courage, qu'elles avaient affaire à près de trois mille Anglais, secondés de tout ce que la nature et l'art avaient pu faire pour les défendre. Le lendemain (28 juin) la place se rendit1. »

La garnison sortit avec les honneurs de la guerre, et se retira à Gibraltar. Le 29 juin l'armée française prit possession du fort Saint-Philippe.

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«Tandis que les Français combattaient en Canada, plusieurs puissances de l'Europe s'unissaient par des traités pour rapprocher le théâtre de la guerre. Le roi de Prusse, instruit par la cour de Londres que la France avait le dessein de porter ses forces vers la principauté de Hanovre, se ligua avec l'Angleterre, et jura de s'opposer de tout son pouvoir à l'entrée de toute armée étrangère dans l'empire. Élisabeth, impératrice de Russie, ennemie de Frédéric; Auguste III, roi de Po

1 Siècle de Louis XV, par Voltaire, ch. XXX1.

logne et électeur de Saxe, qui avait des indemnités à répéter pour les ravages commis par les Prussiens pendant la guerre de 1741; l'impératrice reine Marie-Thérèse, qui voulait rentrer dans la Silésie, que les circonstances l'avaient forcée d'abandonner, s'unirent contre Frédéric II. »

Louis XV entra alors, contre les anciennes habitudes de la politique française, dans l'alliance autrichienne.

«On se promettait une garantie réciproque (le cas de la présente guerre excepté); on s'engageait à se rendre de bons offices mutuels, pour prévenir toute invasion de quelque puissance ennemie, soit dans les états de la maison d'Autriche, soit dans ceux de la maison de France. Dans le cas où, par les voies de la négociation, l'une ou l'autre des puissances contractantes ne pourrait pas empêcher une irruption dans les états de son alliée, elle s'obligeait à lui fournir pour sa défense vingt-quatre mille hommes effectifs. »

Le roi de Prusse, menacé de tous côtés, fit tête à l'orage. Avec une armée de cent cinquante mille hommes, la plus forte et la mieux organisée de l'Europe; avec les trésors amassés par son économie et celle de son père, il crut pouvoir braver la redoutable coalition formée contre lui; et, n'attendant pas qu'on l'attaquât, il se jeta sur les états de l'électeur de Saxe. Marie-Thérèse le fit mettre au ban de l'empire. Il s'en vengea en battant les Autrichiens accourus au secours d'Auguste III, et enferma les Saxons dans leur camp de Pyrna.

Jamais, dit Voltaire, on ne donna tant de batailles

que dans cette guerre. Les Russes entrèrent dans les états prussiens par la Pologne; les Français, devenus auxiliaires de la reine de Hongrie, combattirent pour lui faire rendre cette même Silésie, dont ils avaient contribué à la dépouiller quelques années auparavant, lorsqu'ils étaient les alliés du roi de Prusse. Le roi d'Angleterre, qu'on avait vu le partisan le plus déclaré de la maison d'Autriche, devint l'un de ses plus dangereux ennemis. La Suède, qui avait autrefois porté de si grands coups à cette maison impériale d'Autriche, la servit alors contre le roi de Prusse, moyennant 900,000 livres que le ministère français lui donnait, et ce fut elle qui causa le moindre ravage. L'Allemagne se vit ainsi déchirée par beaucoup plus d'armées nationales et étrangères qu'il n'y en eut dans la fameuse guerre de trente ans. << Tandis que les Russes venaient au secours de l'Autriche par la Pologne, les Français entraient en Allemagne par le duché de Clèves et par Wesel. De son côté le roi de Prusse allait chercher l'armée autrichienne en Bohême. Il opposait un corps considérable aux Russes. Les troupes de l'empire, qu'on appelait les troupes d'exécution, étaient commandées pour pénétrer dans la Saxe, tombée tout entière au pouvoir des Prussiens; ainsi l'Allemagne était en proie à six armées formidables qui la dévoraient en même temps. »

Le maréchal d'Estrées, à la tête de l'armée française, avait passé le Rhin à Dusseldorf. «Il suivait pas pas le duc de Cumberland, et il atteignit ce prince

à

vers les bords de la Hamel. On ne pouvait choisir une position plus avantageuse que celle des Hanovriens près de Hamelon. Leur droite se prolongeait vers cette ville; leur front était défendu par un marais imperméable ; leur gauche s'élevait sur des montagnes couvertes de bois, entrecoupées de ravins très-profonds; elle était terminée d'un côté par une batterie, de l'autre par le village de Hastembeck. On ne pouvait attaquer que ce flanc gauche, et de cette attaque dépendait la victoire: M. de Chevert en fut chargé.

:

« Le duc de Cumberland, qui connaissait l'importance de sa gauche et de sa batterie, y avait porté l'élite de ses troupes, commandée par M. le comte de Schullemberg. Tous les chemins étaient rompus; il fallait tourner les bois et les montagnes pour parvenir à cette aile des Hanovriens. M. de Chevert partit à la tête des brigades de Picardie, de la Marine et d'Eu; après une marche longue et pénible, entreprise pendant la nuit, il arriva enfin il était neuf heures du matin, et la bataille était commencée depuis six heures. Chevert prend sa place, s'avance à la tête des grenadiers et pénètre dans les rangs des ennemis; il est suivi et bien secondé par ses premières brigades, par celles de Champagne, du Roi, des grenadiers de France, et par les Autrichiens, qui étaient accourus pour le soutenir. Champagne s'empara de cette batterie retranchée qui faisait la sûreté du camp des ennemis. On les poursuivit de poste en poste, tanque l'artillerie continuait à les foudroyer de front. Le passage étant frayé, M. de Contades pénétra jusqu'à

dis

Hastembeck et chassa les Hanovriens de ce village, qu'ils défendaient encore. Le duc de Cumberland donna le signal de la retraite 1. >>

DXLI.

1

BATAILLE DE LUTZELBERG.

10 OCTOBRE 1758.

DEMAHIS. 1837.

La bataille d'Hastembeck et la capitulation de Closter-Seven, qui suivit quelque temps après, n'eurent pas les résultats heureux qu'on devait en attendre. Cette capitulation n'ayant pas été reconnue par l'Angleterre, le duc de Cumberland perdit son commandement, et la guerre se ralluma avec plus de fureur au commencement de 1758. Les journées de Crevelt et de Rosbach avaient porté une rude atteinte à l'honneur des armes françaises; mais le maréchal de Broglie le rétablit par la victoire qu'il remporta à Sundershausen le 23 juillet 1758; et, après avoir chassé devant lui les Hessois commandés par le prince d'Isembourg, il se rendit maître de toute la Hesse et pénétra en Westphalie.

Le prince de Soubise, de son côté, avait également rencontré l'ennemi à Lutzelberg. Les armées, qui ne demandaient que l'occasion de se mesurer, furent bientôt en présence. « Le prince de Soubise devait attaquer le front des ennemis, le duc de Fitz-James, leur gauche; le duc de Broglie devait détourner leur attention par

Campagnes de Louis XV, P. 108-112.

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