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M. de Vaudreuil, qui commandait l'Intrépide, traversa la flotte anglaise et vint le secourir. Le Terrible et le Trident veulent suivre cet exemple, mais il leur est funeste, et ils sont forcés de se rendre. L'Intrépide et le Tonnant restent donc exposés seuls à tout le feu de l'artillerie d'une flotte entière. Déjà cinq vaisseaux anglais désemparés sont contraints de se retirer; d'autres reviennent à la charge, puis s'éloignent aussi pour réparer leur dommage. Tandis qu'ils se préparent à un nouveau combat, M. de l'Étenduère fait fausse route, leur échappe à la faveur des ténèbres, et le Tonnant rentre dans Brest, remorqué par l'Intrépide 1. »

DXXXVII.

SIÉGE DE MAESTRICHT. —7 MAI 1748.

Gouache par VAN BLAREMBERG.

Après la prise de Berg-op-Zoom, qui avait frappé de consternation les Provinces-Unies, Louis XV offrit encore la paix aux alliés. Ils s'obstinèrent à la refuser, et il fallut la leur imposer par les armes. « La paix est dans Maestricht, » dit le maréchal de Saxe; et le siége de cette ville fut décidé.

C'était une grave et difficile opération que de venir assiéger une place aussi forte et aussi puissamment défendue, en face d'une armée de quatre-vingt mille en

1 Campagnes de Louis XV, p. 79.

nemis. Tout l'effort du génie du maréchal de Saxe fut de tromper sur ses intentions le duc de Cumberland, qui de la Haye observait ses mouvements. Il envoya son lieutenant, le maréchal de Lowendal, opérer dans le Luxembourg, pour se rabattre ensuite sur Maëstricht par la rive droite de la Meuse, tandis que lui-même faisait semblant de se porter sur Breda, et, revenant brusquement sur la rive gauche du fleuve, investissait de ce côté la ville qu'il voulait assiéger. Cette savante manœuvre réussit à souhait le 9 avril le maréchal de Saxe était sous les murs de Maëstricht, et Lowendal y arriva quatre jours après.

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Aussitôt les travaux du siége commencèrent, et ils furent poussés avec la plus grande activité. Dans la nuit du 15 au 16 la tranchée fut ouverte, et les deux maréchaux encouragèrent cette opération de leur présence. Elle était nécessaire aux troupes, qui avaient à subir à la fois le feu, de l'ennemi et les rigueurs d'une saison contraire. Enfin, malgré la résistance courageuse des assiégés et leurs fréquentes sorties, malgré les menaces du duc de Cumberland, qui vint se présenter devant les lignes françaises sans oser les assaillir, les travaux furent poussés avec une telle vigueur, que le 4 mai au matin le maréchal de Saxe ordonna pour la nuit l'attaque du chemin couvert.

« Mais à midi le lord Sackville, aide de camp du duc de Cumberland, arriva à l'abbaye d'Hochten avec une lettre de ce prince, où il donnait avis au maréchal de Saxe que les préliminaires de paix venaient d'être

signés à Aix-la-Chapelle; il lui proposait en même temps de lui céder Maëstricht, s'il voulait accorder à la garnison les honneurs de la guerre.

«Le baron d'Aylwa, gouverneur de Maëstricht, ne jugea pas que la lettre du duc de Cumberland fût une autorité suffisante pour lui faire rendre une place qui lui avait été confiée par les États-Généraux : il demanda un délai de quarante-huit heures, pour envoyer à Breda savoir les intentions du prince d'Orange. Le général major comte de Wied en étant revenu avec les ordres au baron d'Aylwa de remettre Maëstricht, le drapeau fut arboré, et la capitulation fut signée le 7: elle portait que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre, et sans chariots couverts; mais que, par considération particulière pour le baron d'Aylwa, commandant de la place, et pour le baron de Marshal, commandant des Autrichiens, ils pourraient emmener, l'un et l'autre, quatre pièces de canon et deux mortiers 1. >>

Le lendemain les hostilités furent suspendues, et la paix, signée le 18 octobre à Aix-la-Chapelle, fut publiée à Paris le 12 février de l'année suivante.

'Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac, t. II, p. 478.

DXXXVIII.

PRISE DE PORT-MAHON. JUIN 1756.

Tableau du temps.

Le traité d'Aix-la-Chapelle, en rendant la paix à l'Europe, n'avait terminé ni les luttes lointaines de l'Inde, ni les entreprises réciproques des colons français et anglais de l'Amérique septentrionale. Dupleix, avec son énergique activité, faisait une guerre redoutable à la compagnie britannique des Indes orientales, et sur les frontières du Canada et de la Nouvelle-Angleterre, les limites mal définies de l'une et l'autre de ces grandes colonies donnaient lieu à de continuelles escarmouches. Le lâche assassinat du parlementaire français Jumonville et la prise de trois cents navires marchands, saisis sans déclaration de guerre, épuisèrent la patience du pacifique gouvernement de Louis XV. On demanda satisfaction à l'Angleterre, et, sur son refus de l'accorder, la guerre lui fut déclarée par la France. Trois escadres furent aussitôt armées. Le maréchal de Belle-Isle reçut le commandement des côtes de l'Océan, pendant que le maréchal de Richelieu allait prendre à Toulon celui de la flotte de la Méditerranée.

Cette flotte, composée de douze vaisseaux de ligne, de cinq frégates et d'un grand nombre de bâtiments de transport, sous les ordres de la Galissonnière, avec quinze mille hommes de débarquement, partit des îles

d'Hyères le 12 avril 1756. Elle fit voile vers l'île de Minorque, où elle occupa sans coup férir la ville de Mahon.

A cette nouvelle, quatorze vaisseaux anglais, commandés par l'amiral Byng, se dirigèrent vers Minorque pour la secourir. L'action s'engagea, et le succès en fut très-vivement disputé. L'escadre anglaise fut enfin dispersée et contrainte de se réfugier à Gibraltar.

DXXXIX.

SIÉGE ET PRISE DU FORT SAINT-PHILIPPE (PORT-MAHON).· 28 JUIN 1756.

WACHSMUT. - 1837.

«Il restait aux Anglais l'espérance de défendre la citadelle de Port-Mahon (le fort Saint-Philippe), qu'on regardait, après Gibraltar, comme la place de l'Europe la plus forte par sa situation, par la nature de son terrain et par trente ans de soins qu'on avait mis à la fortifier. C'était partout un roc uni; c'étaient des fossés profonds de vingt pieds, et, en quelques endroits, de trente, taillés dans ce roc; c'étaient quatre-vingts mines sous des ouvrages devant lesquels il était impossible d'ouvrir la tranchée. Tout était impénétrable au canon, et la citadelle entourée partout de ces fortifications extérieures taillées dans le roc vif.

« Le maréchal de Richelieu tenta une entreprise plus hardie que n'avait été celle de Berg-op-Zoom : ce fut de donner à la fois un assaut à tous les ouvrages qui

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