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DXXXIV.

SIÉGE DE LA VILLE DE BERG-OP-ZOOM.
AU 15 SEPTEMBRE 1747.

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Gouache par VAN BLAREmberg.

La prise de Maëstricht était le but de la bataille de Lawfeld. Mais l'armée ennemie s'étant retirée de l'autre côté de la Meuse, sous les murs de cette place, le maréchal de Saxe ajoute, dans sa lettre au roi de Prusse :

<< Notre projet sur Maëstricht étant manqué, j'écrivis au comte de Lowendal, qui était resté à Louvain avec seize bataillons et trente-deux escadrons, de marcher à Berg-op-Zoom, pour en faire le siége. Les alliés ayant fait passer depuis, et envoyant journellement des troupes de leur armée vers Berg-op-Zoom, le roi a renforcé le comte de Lowendal de plusieurs bataillons et d'escadrons, de sorte qu'il a actuellement sous ses ordres quarante-deux bataillons et soixante et dix escadrons, un bataillon de royal-artillerie et les volontaires bretons.

« La tranchée a été ouverte devant Berg-op-Zoom le 14; et, comme la place peut être rafraîchie, n'étant pas investie, ce siège pourrait être meurtrier, d'autant que les assiégés ne manqueront pas d'employer tout ce que l'art indique en pareil cas.

« Le comte de Lowendal, prévenu que l'ennemi était en force près de Berg-op-Zoom, s'attendait à livrer un combat avant d'en pouvoir faire le siége; mais, voyant que les ennemis, au lieu d'en défendre les approches,

s'étaient retirés derrière leurs retranchements, il jugea qu'il aurait moins à combattre la résistance des troupes que la bonté de la place et les difficultés inséparables de l'exécution d'un projet aussi extraordinaire.

Berg-op-Zoom, le chef-d'œuvre du fameux ingénieur hollandais Cohorn, avait la réputation d'avoir été vainement assiégé dans les temps antérieurs, et passait dans l'Europe pour imprenable; il ne pouvait être investi que par un seul côté, où le rival du maréchal de Vauban avait employé son savoir. Deux cents bouches à feu défendaient les remparts; la place était abondamment pourvue de munitions de bouche et de guerre, et elle avait la facilité de s'en procurer par mer et par terre; sa garnison communiquait avec un corps considérable de troupes, campé derrière des lignes, protégées par des marais qui régnaient sur tout leur front, et qui, dans les endroits accessibles, d'ailleurs trèsétroits, étaient défendus par des forts revêtus, dont chacun exigeait un siége. Les alliés avaient à portée de cette ville un corps de troupes nombreux, et qui pouvait être renforcé, et par ce qu'ils avaient derrière les lignes de Steenberg, et par leur grande armée. Il était aisé de juger que, s'ils ne pouvaient faire lever le siége par un acte de vigueur, ils étaient du moins en état ou de le prolonger, ou de forcer les Français à l'abandon ́ner. Il était, en effet, difficile de commencer ce siége avant la mi-juillet, et il fallait qu'il fût fini avant la fin de septembre, à cause des fièvres biliaires qui, dans l'arrière-saison, sont le fléau annuel des habitants du

pays. Il n'y avait pas moins à craindre que les mauvais temps ne rendissent les chemins des convois impraticables. Cette entreprise enfin était faite contre les principes de guerre accrédités; aussi le succès en parut-il impossible à bien du monde1. »

La tranchée fut ouverte dans la nuit du 14 au 15 juillet; les attaques furent poussées avec la plus grande vigueur; les assiégés se battirent en désespérés, et opposèrent la plus opiniâtre résistance.

DXXXV.

PRISE D'ASSAUT DE LA VILLE DE BERG-OP-ZOOM. 16 AOUT 1747.

Gouache par VAN BLAREMBERG.

Le 16 août le comte de Lowendal ordonna l'assaut. « Les soldats enfoncèrent tout ce qui s'opposait à leur passage, forcèrent les retranchements, et se mirent en bataille sur chaque bastion, et sur le rempart à droite et à gauche. Le carnage fut affreux; aucun officier ni soldat n'échappa à leur fureur; ils se rendirent maîtres de la ville, taillèrent en pièces et dispersèrent tout ce qu'ils rencontrèrent dans les rues; le reste de la garnison se rendit, ainsi que ceux qui défendaient les forts de Mormont, de Pensem, de Rouvers. Le pillage, qui fut permis, mit le comble aux malheurs de Berg-op-Zoom.

1 Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac, t. II, p. 346

362.

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« Ce siége fut récompensé par le bâton de maréchal de France, que le roi donna au comte de Lowendal1. >>

DXXXVI.

COMBAT DU VAISSEAU L'INTRÉPIDE CONTRE PLUSIEURS VAISSEAUX ANGLAIS.—17 OCTOBRE 1747.

GILBERT (d'après un tableau du temps).

Pendant que les armes de la France triomphaient ainsi sur le continent, elles étaient moins heureuses sur mer. Les flottes réunies de la Hollande et de l'Angleterre avaient presque détruit la marine française, tristement déchue depuis les dernières années de Louis XIV. C'étaient des particuliers, de simples armateurs, qui seuls relevaient alors l'honneur du pavillon national; et tandis que les escadres anglaises, sous les amiraux Anson et Hawke, dominaient sans contestation dans l'Atlantique, deux hommes, à force de talent et de courage, étaient parvenus à maintenir la supériorité de la France dans les mers de l'Inde. La prise de Madras, capitale des possessions anglaises, en 1746, immortalisa le nom de Labourdonnais, et Dupleix ne se signala pas moins, la même année, par sa belle défense de Pondichéry. Trop heureux si une basse jalousie n'eût point souillé sa gloire!

Il faut citer aussi, parmi les faits glorieux qui vinrent rompre alors la triste continuité de nos revers mari

Campagnes de Louis XV, p. 69.

1

- 1835.

times, l'action hardie du commandant du vaisseau l'Intrépide.

Une escadre de huit bâtiments de l'état, sortie de l'île d'Aix, escortait deux cent cinquante vaisseaux marchands. Le 17 octobre 1747, à la hauteur du cap Finistère, elle rencontra une flotte anglaise composée de vingt-trois vaisseaux, et commandée par l'amiral Hawke. « Le chef d'escadre, rapporte l'auteur des Campagnes de Louis XV, manœuvra pour favoriser la fuite des navires marchands; mais leur mauvaise disposition, leur marche inégale, leur trouble à l'aspect d'une flotte supérieure à celle qui les défendait, en laissèrent une partie à la portée des Anglais. Ils furent enveloppés; l'escadre s'avança pour les dégager, et le combat commença. Les vaisseaux de guerre s'y virent bientôt investis euxmêmes, tellement que chacun d'eux en combattait plusieurs d'une force supérieure. Il leur était impossible de se porter un mutuel secours. Le Neptune, le Monarque, le Fougueux, le Sévère, ne se rendirent que lorsqu'ils furent entièrement désemparés. Le Tonnant, que montait M. l'Étenduère, commandant de l'escadre, avait successivement essuyé le feu de toute la ligne anglaise; plusieurs fois il s'était vu au milieu de trois ou quatre vaisseaux qu'il avait repoussés; mais, après la réduction des quatre vaisseaux français, tous les efforts de l'amiral Hawke se réunirent contre lui. Ses mancuvres furent hachées, ses voiles criblées; son mât de perroquet de fougue tomba; la chute de son artimon paraissait inévitable; il allait se rendre ou périr, lorsque

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