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« Les ennemis, dit-il, étaient sur la Nèthe et nous derrière la Dyle, entre Louvain et Malines. Des armées ne peuvent guères quitter ces sortes de positions sans qu'il n'en résulte quelque événement : les alliés avaient pris cette position intermédiaire pour couvrir Berg-opZoom et Maëstricht, deux points fort éloignés, et où nous conduisaient l'Escaut et la Meuse. Je n'osais quitter le bassin de Bruxelles pour me porter à Maëstricht, parce que, si les ennemis avaient une fois passé la Dyle, et s'étaient placés derrière cette rivière, je n'aurais pu les en déloger.....

« J'ai temporisé dans cette position jusqu'en juin, dans l'espérance que le défaut de subsistances obligerait nos ennemis à se déplacer : je voulais aussi donner aux grains le temps de mûrir, afin de conserver ma cavalerie en bon état pour le reste de la campagne; mais, les ennemis ne bougeant point, je poussai, le 12 juin, M. le comte d'Estrées, avec un corps, à Tirlemont, et M. le comte de Clermont du côté de Jodoigne, pour voir quels mouvements les ennemis feraient..... »

Après avoir parlé des dispositions prises successivement par les deux armées, le maréchal ajoute : « Je m'ébranlais pour attaquer le camp de la Commanderie, lorsque je vis toute l'armée des ennemis se déployer dans la plaine. Le roi était à trois lieues de moi avec le reste de l'armée, qui avançait à tire-d'aile. Je ne voulus point me charger de l'événement de ce combat: ayant mon maître si près de moi, je le fis avertir. Les ennemis me tâtèrent; je ne fis que soutenir jusqu'à l'ar

rivée du roi, qui me joignit à quatre heures après midi: le corps de l'armée resta en delà de Tongres pour mettre les tentes bas, repaître, et recueillir les traîneurs. A sept heures du soir les troupes se mirent en marche, et arrivèrent à dix heures du soir. Les ennemis employèrent le reste du jour à se former, et restèrent avec leur droite au Vieux-Ione, la gauche tirant sur Maëstricht, ou plutôt au Jaar, vers les hauteurs du camp Saint-Pierre. Nous avions notre gauche sur les hauteurs de Hëerderen, et la droite à Esmaël. On pouvait espérer qu'en battant les ennemis ils seraient obligés de se retirer le long de la Meuse, vers Ruremonde, ce qui nous donnait les moyens de jeter nos ponts audessus de Maëstricht, et de faire le siége de cette place: • c'est ce qui nous détermina à les attaquer. Leur droite, où était M. de Bathiany avec les Autrichiens, était avantageusement placée, appuyant à la Commanderie du Vieux-Ione, qui a une grande enceinte murée et fortifiée, et au grand Spauwen, retranché en amphithéâtre; ils avaient devant leur centre le hameau de Lawfeld, et leur première ligne en était distante d'une demi-portée de fusil. Ce hameau n'était occupé au commencement que par quelques pandours; je résolus de m'en emparer, parce que de là je pouvais fort incommoder leur centre en m'établissant dans les haies de ce village, qui sont revêtues de terre et garnies de fortes épines; je fis donc en conséquence mes dispositions. Pendant ce temps-là les ennemis mirent le feu au village de Vlitingen et au hameau de Lawfeld.....

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« Comme mon objet principal était de percer les ennemis par le centre, tandis que je faisais attaquer leur gauche et tenais leur droite en échec, j'y mis toute mon attention les ennemis commencèrent d'abord par nous canonner fort violemment, ayant près de deux cents pièces de canon de tous calibres. Insensiblement l'infanterie du comte de Clermont s'approcha du hameau de Lawfeld, et l'attaqua par trois colonnes en face et dans les deux flancs : la colonne de la droite y entra, celle du centre y pénétra aussi, mais celle de la gauche ne put avancer, l'ennemi étant plus en force vis-à-vis d'elle. »

Le village de Lawfeld résistait à toutes les attaques qui avaient été dirigées contre lui.

«Alors, ajoute le maréchal, nous attaquâmes, la baïonnette au bout du fusil, sans tirer, les troupes qui soutenaient le village, et les mîmes en désordre. Dans ce moment les ennemis qui soutenaient le combat dans le village, entendant tirer derrière eux, abandonnèrent les haies; nos troupes qui les attaquaient par l'autre extrémité les suivirent, et dans un instant toute la bordure du village fut occupée par notre infanterie avec des cris et un feu épouvantables. La ligne des ennemis en fut ébranlée; deux brigades de notre artillerie qui m'avaient suivi se mirent à tirer, ce qui augmenta le désordre. Il nous était arrivé sur la gauche deux brigades de cavalerie; j'en pris deux escadrons, et ordonnai au marquis de Bellefonds, qui les commandait, de pousser à toutes jambes dans l'infanterie ennemie, et criai aux cavaliers : Comme au fourrage, mes enfants.

<< Mon canon, qui avait passé avec moi à la gauche de Lawfeld, tourna ce hameau, et s'établit sur une élévation d'où il battait toute cette infanterie qui marchait devant nous, et y causait un grand dommage. Elle avait, entre nous et elle, une ligne de cavalerie qui favorisait sa retraite. Je dis au comte d'Estrées de la pousser sur leur infanterie; mais, comme je donnais cet ordre, cette cavalerie, sentant la nécessité de sauver son infanterie mise en désordre, nous sauta au visage, et nous causa quelque trouble. Elle fut étrillée d'importance, mais elle sauva cette infanterie, que nous ne revîmes plus. M. de Ligonnier, qui fit cette prompte et belle manœuvre, y fut pris prisonnier; les escadrons gris, qui chargèrent avec lui, et quelques escadrons hessois furent taillés en pièces. Ne voyant presque plus d'ennemis à cette droite, le reste se retirant en déroute vers la basse Meuse, je recommandai à M. le comte de Clermont de les suivre, et je m'en fus à notre gauche, où était le roi, et vis-à-vis de lui M. de Bathiany avec vingt-sept mille hommes. Il était trois heures après midi : ainsi cette attaque avait duré environ cinq heures, ayant commencé entre neuf et dix heures du matin 1. »

Au moment où arrivait le maréchal, le comte de Clermont venait « de mettre en déroute l'aile gauche des ennemis. Le roi faisait attaquer alors l'aile droite, composée des troupes de la reine de Hongrie, qui jusque-là n'avaient pris aucune part à l'action. Le maré

1 Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac, t. II,

p. 349

chal de Saxe, à la tête des brigades d'infanterie que commandait le marquis de Senectère, porta les premiers coups. Le comte de Clermont-Tonnerre, le marquis de Gallerande, poursuivirent les ennemis assez loin, et firent un carnage affreux de tout ce qu'ils atteignirent.

« Cette bataille se donna le 2 juillet 1747; la perte des Français fut évaluée à six mille hommes, tant tués que blessés, et celle des ennemis à dix mille: on leur fit douze cents prisonniers dans le village de Lawfeld, et plus de neuf cents dans la poursuite; on leur prit vingtneuf pièces de canon, deux paires de timbales, neuf drapeaux et sept étendards 1. »

Louis XV, rapporte Voltaire, rendit cette bataille célèbre par le discours qu'il tint au général Ligonnier, qu'on lui amena prisonnier : «Ne vaudrait-il pas mieux, dit-il en lui montrant le village de Lawfeld, qui était la proie des flammes, songer sérieusement à la paix que de faire périr tant de braves gens 2? >>

DXXXIII.

SIÉGE DE LA VILLE DE BERG-OP-ZOOM.

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INVESTISSEMENT DE LA PLACE.

1 Campagnes de Louis XV, p. 68. 2 Siècle de Louis XV, chap. XXVI.

JUILLET 1747.

J. J. PARROCEL.

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