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DCXLV.

PASSAGE DU RHIN A DUSSELDORF.6 SEPTEMBRE 1795.

BEAUME. 1836.

L'armée de Rhin-et-Moselle, arrêtée depuis longtemps sous les murs de Mayence, avait investi cette ville du côté de la rive gauche du fleuve. Mais l'investissement ne pouvait être complet, et le siége ne pouvait commencer tant qu'on ne se serait point rendu maître de l'autre rive.

Le général Jourdan avec l'armée de Sambre-et-Meuse était dans les environs de Cologne. Il devait subordonner ses mouvements à ceux de l'armée de siége, passer le fleuve et compléter l'investissement de la place sur la rive opposée. Mais Clerfayt, maître de toute la rive droite du Rhin, en occupait les points principaux, et ses troupes, réparties dans une longue ligne de cantonnements, depuis Dusseldorf jusqu'à Bâle, étaient parfaitement retranchées.

Le général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse résolut le passage du fleuve sur la ligne de Dusseldorf. Mais il fallait, pour réussir, tromper la vigilance de l'ennemi et lui donner le change en masquant ses opérations. Jourdan fit en conséquence quelques démonstrations du côté de Weisenthurn, et dirigea tout un équipage de pont sous le feu de la forteresse d'Ehrenbreistein et de toutes les batteries dont la rive droite était hérissée

en face de Coblentz. Pendant ce temps l'armée française faisait ses préparatifs pour passer le Rhin à Dusseldorf.

Kléber avait proposé au général en chef de s'emparer de cette ville aussitôt après le passage du fleuve; l'exécution de cette entreprise était difficile et périlleuse. «Dusseldorf était fortifiée, défendue par une garnison de deux mille hommes, protégée par un camp retranché où se trouvaient douze à quinze mille Autrichiens, et par une citadelle dont les remparts, hérissés de plus de cent bouches à feu, semblaient défier les plus courageux efforts. >>

C'était là que Championnet, avec une partie de sa division, devait traverser le fleuve. Quatorze compagnies de grenadiers entrèrent dans des barques qui avaient été préparées. Le silence le plus absolu fut recommandé; la peine de mort était prononcée contre tout soldat qui ferait feu pendant la traversée.

«A onze heures du soir la flottille se mit en mouvement. Les ennemis pouvant distinguer à la clarté de la lune les mouvements de l'armée française, la flottille ne tarda pas à éprouver le feu de l'artillerie ennemie; l'artillerie française, placée sur la rive gauche du Rhin, protégea le passage et fit taire le feu des Autrichiens. Les grenadiers exécutèrent en silence les ordres du général Championnet. Enfin la flottille touche au rivage opposé, les grenadiers s'élancent aussitôt avec la plus grande impétuosité, culbutent l'ennemi et s'emparent de ses positions. Championnet suit l'armée et donne ordre au général Legrand de bloquer sur-le-champ Dusseldorf. Le

gouverneur, sur la sommation qui lui fut faite, se rendit avec la garnison 1. »

DCXLVI.

COMBAT DE SUCCARELLO.

18 SEPTEMBRE 1795.

BOULANGER. 1837.

Au mois de septembre 1795 l'armée française appuyait la droite de sa ligne à Borghetto, village sur la rivière de Gênes, environné de murs et défendu par un camp retranché : «De là, passant sur les montagnes du Saint-Esprit et de Monte-Vento, couronnées de plusieurs étages de batteries, elle se prolongeait vers les mamelons des Deux-Frères, entre lesquels était un petit Gibraltar, rocher barrant la côte du contre-fort de Sambucco, qu'on n'aurait pu occuper sur tout son développement sans s'exposer à se faire couper. Le poste du petit Gibraltar était soutenu, d'un côté, par un ouvrage en crémaillère sur une queue de rocher; et de l'autre, par le camp dit du Champ-des-Prêtres (Campo dei Preti). »

La ligne de l'armée austro-sarde commençait à Loano, petite ville en face de Borghetto, se prolongeant ensuite vers l'Apennin, jusque sur les hauteurs à droite et à gauche du Tanaro. Voici comment les cantonnements de cette armée étaient répartis :

Le général Wallis, pendant la maladie de de Wins,

1 Victoires et conquêtes, t. IV, p. 302.

commandait à Loano la droite, toute composée de troupes autrichiennes; la gauche, sous les ordres du marquis de Colli, formée de Piémontais, était du côté du Tanaro, et le général d'Argenteau se trouvait au centre avec les troupes allemandes, les régiments italiens au service de l'Autriche, et quelques bataillons piémontais.

La position de Borghetto offrait à l'armée française de grands avantages pour prendre l'offensive, et il y avait nécessité pour le général de Wins, qui pouvait être inquiété dans Loano, de s'en emparer. Le 17 septembre il renforça le comte d'Argenteau de deux mille hommes d'élite, et lui ordonna d'établir une batterie de six bouches à feu pour protéger l'attaque qui devait avoir lieu le lendemain au point du jour, et commencer sur le point de Succarello. On se battit avec acharnement, et déjà les Autrichiens espéraient la victoire, «lorsque le général Sejean ordonna à l'adjudant général SaintHilaire de sortir du camp des Deux-Frères et de marcher avec les éclaireurs et les grenadiers sur le flanc gauche de l'ennemi. Un brouillard fort épais couvrit ce mouvement, en assura la réussite, et les impériaux furent repoussés jusque dans les redoutes de Sambucco 1. »

1 Histoire des guerres de la révolution, par Jomini, t. VII, p. 300.

DCXLVII.

BATAILLE DE LOANO. 23 ET 24 NOVEMBRE 1795.

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BELLANGÉ.

La paix conclue avec l'Espagne avait permis d'envoyer à l'armée des Alpes une portion des troupes employées jusque-là sur la frontière des Pyrénées. Les nouveaux bataillons arrivèrent vers les premiers jours d'octobre, et à la même époque le général Kellermann, appelé à un autre commandement, remit à Schérer celui de l'armée d'Italie. L'avantage remporté à Succarello promettait de nouveaux succès: Schérer se mit en mesure de les obtenir. La grande quantité de neige qui était tombée dans les montagnes ayant forcé les avant-postes des deux armées à se retirer dans les vallées, il dut renoncer à attaquer les positions que les Piémontais occupaient dans les montagnes, et, lorsque l'ennemi croyait les troupes françaises à la veille d'entrer dans leurs cantonnements, Schérer songeait, rapporte Jomini, à accabler les Autrichiens dans la rivière de Gênes. Ayant ordonné d'attaquer l'ennemi dans sa position de Loano le 23 novembre, il arrêta les dispositions suivantes :

B

« La division Augereau, à la droite, fut chargée de se porter entre Loano et le Monte-Carmelo, et de faire effort particulièrement de ce côté; la tâche de Masséna, au centre, consistait à enlever les hauteurs de

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