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« Le 12 de ce mois, à neuf heures moins un quart du matin, le roi, après avoir entendu la messe à la SainteChapelle, est arrivé à la grand'chambre du parlement, précédé de Monsieur et de monseigneur le comte d'Artois, du duc d'Orléans, du duc de Chartres, du prince de Condé, du duc de Bourbon, du prince de Conti et du comte de la Marche, princes du sang. Les ducs et pairs, les grands officiers de la couronne et les autres personnes ayant séance au lit de justice, avaient devancé le roi, qui était suivi du sieur de Miroménil, garde des sceaux de France, et des magistrats du conseil, qui l'accompagnaient. Le roi ayant ordonné qu'on prît séance, sa majesté a déclaré que son intention était de rétablir dans leurs fonctions les anciens magistrats du parlement; et le garde des sceaux, de l'ordre de sa majesté, ayant expliqué plus amplement les volontés du roi, sa majesté a ordonné au grand maître des cérémonies d'aller chercher à la chambre de Saint-Louis les anciens membres du parlement, qui s'y étaient réunis en vertu d'ordres particuliers. Ils ont pris à la grand'chambre les places qu'ils sont dans l'usage d'y occuper lors des lits de justice; après quoi on a fait la lecture des édits, les portes ouvertes, et sa majesté en a ordonné l'enregistrement. >>

DXLV.

COMBAT DE LA FRÉGATE FRANÇAISE LA BELLE-POULE CONTRE LA FRÉGATE ANGLAISE L'ARÉTHUSE. 17 JUIN 1778.

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JUGELET (d'après le tableau de la galerie du ministère de la marine). — 1837.

La querelle engagée entre l'Angleterre et les colonies de l'Amérique du Nord était devenue irréconciliable par l'aveugle obstination de Georges III et de ses ministres. Le 4 juillet 1776 le congrès national, rassemblé à Philadelphie, proclama l'indépendance américaine, et l'acte qui la notifiait fut un manifeste de guerre lancé par les treize États contre la mère patrie. Washington reçut le commandement suprême de l'armée des ÉtatsUnis, pendant que Franklin allait solliciter l'appui de la France pour la cause de la nouvelle république. La présence de ce vieillard excita en France un enthousiasme qui entraîna le gouvernement lui-même. L'indépendance de l'Amérique fut solennellement reconnue par Louis XVI, et un traité de paix et de commerce, signé le 2 février 1778 avec les États confédérés. C'était rompre avec l'Angleterre la marine française, qui avait à venger les affronts de la guerre de sept ans, saisit cette espérance avec une ardeur incroyable. Cependant l'acte de déclaration de guerre resta quelques mois suspendu : on armait de part et d'autre, et l'on s'observait avant d'engager les hostilités.

:

« L'Angleterre venait d'équiper à la hâte une flotte de trente vaisseaux de ligne, dont elle avait donné le commandement à l'amiral Keppel. Cette flotte était sortie depuis quelques jours. On avait envoyé de Brest, pour l'observer, trois frégates, la Belle-Poule, de vingtsix canons; la Licorne, de trente-deux; la Pallas, de dix-huit, et le lougre le Coureur, de douze. La première était commandée par M. de la Clocheterie, la seconde par M. de Balisal, la troisième par M. de Rausanne, et le lougre par M. de Razilli.

« Ces quatre vaisseaux, à la suite d'un coup de vent, se trouvèrent presque tous au milieu de la flotte anglaise. La Licorne baissa pavillon après avoir lâché une seule bordée; la Pallas se rendit sans pouvoir se défendre, se trouvant enveloppée de plusieurs vaisseaux ennemis; la Belle-Poule, avec le lougre, trouva moyen de se dégager. Poursuivie par la frégate anglaise l'Arethuse, de quarante-quatre canons, elle s'arrêta dès qu'elle se vit à une demi-lieue de la flotte ennemie. Le capitaine anglais Marshall lui donne ordre de venir parler à l'amiral; le Français répond qu'il n'a d'ordre à recevoir que de son prince; l'Anglais fait tirer un coup de canon, auquel la Clocheterie répond par toute sa bordée le combat est engagé. De son côté le lougre se bat avec vigueur contre un cutter anglais de même force que lui.

:

<< Le combat, après avoir duré deux heures, tourne au désavantage de l'Arethuse, qui par des signaux appelle la flotte à son secours. Deux gros vaisseaux accourent à

force de voiles: la Belle-Poule fait retraite et rentre à Brest, couverte de gloire1. »

DXLVI.

COMBAT NAVAL D'OUESSANT.

27 JUILLET 1778.

GUDIN.

Il fallait un prodigieux effort pour remettre la marine française en état de lutter avec celle de l'Angleterre. Le gouvernement de Louis XVI déploya toute l'activité que réclamait une si haute entreprise : en peu de temps le nombre des vaisseaux à flot fut considérable, celui des bâtiments en construction plus grand encore, et les escadres françaises se trouvèrent partout où il y avait à rencontrer le pavillon britannique.

L'engagement des quatre bâtiments dont nous parlions tout à l'heure, au milieu de toute l'escadre anglaise, le 17 juin 1778, fut le signal de la guerre. Le comte d'Orvilliers sortit alors de Brest à la tête d'une flotte de trente-deux vaisseaux de ligne. Il avait sous ses ordres le duc de Chartres et Duchaffaut, lieutenants généraux de marine. La flotte était divisée en trois escadres : la blanche au corps de bataille, la blanche et la bleue à l'avant-garde, et la bleue à l'arrière-garde.

Le comte d'Orvilliers, généralissime, sur la Bretagne,

1 Histoire de Louis XVI, par Bourniseaux, t. I, p. 207.

de cent dix canons, était au corps de bataille, le comte de Guichen avec lui.

Duchaffaut, sur la Couronne, de quatre-vingts canons, dirigeait l'avant-garde avec le capitaine de vaisseau Rochechouart. Le duc de Chartres, monté sur le SaintEsprit, de quatre-vingts canons, conduisait l'arrièregarde; le comte de Grasse, était sous ses ordres. Les armées navales de France et d'Angleterre se rencontrèrent le 23 juillet.

Dès qu'elles furent en vue l'une de l'autre, elles manœuvrèrent durant quatre jours consécutifs, le comte d'Orvilliers pour conserver l'avantage du vent qu'il avait enlevé aux Anglais, l'amiral Keppel pour le recouvrer. Enfin, le 27 juillet, à neuf heures du matin, le temps paraissant favorable, la flotte française offrit le combat à l'ennemi. Les Anglais savaient qu'un prince du sang royal de France commandait l'escadre bleue, qui, avant le combat, formait l'arrière-garde de la flotte française. L'amiral Keppel manœuvrant dans l'intention de couper cette division du reste de l'armée navale, le comte d'Orvilliers fit virer de bord, et l'escadre bleue se trouva former l'avant-garde. Le Saint-Esprit fut exposé, à demiportée de canon, au premier feu des Anglais. Voici les termes dans lesquels le ministre de la marine s'exprimait sur ce combat, en écrivant au duc de Penthièvre, grand amiral, beau-père du duc de Chartres : « M. d'Orvilliers a donné des preuves de la plus grande habileté; M. le duc de Chartres, d'un courage froid et tranquille, et d'une présence d'esprit étonnante. Sept

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