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POLOGNE

VARSONIE le 20 Novembre ). On re produit fouvent la motion de vendre les fta rofties; mais l'intérêt perfonnel a jufqu'à prés fent repouffe ce projet avec quelque fuccès. Cependant le roi, qui ne fe laffe point d'offric à la Nation des facrifices en cout genre, a propofé dans la féance du de ce mois, le dixieme du revenu des terres affectées à la dépenfe de la table royale, & montant à 20 mille forins. La Die e a accepté cette propon ition avec reconnoiffance. Peut-être que les taroftes fuivront l'exemple du roi, en donnant le dixieme du produit de leurs ftarofties.

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Le prince Adam Czartorinski eft fur fon départ pour Drefde. Ceux qui n'approuvent pas ce choix, difent que c'eft faire un mauyais compliment à la Cour de Saxe que de lui envoyer le fils, & le coufin des plus grands ennemis d'Augufte III. Le vaivode & le chancelier Czartorinski étoient en 1764 du tribu pal de Pétrikau, dans lequel ils propoferent, à la tête d'un parti nombreux, de dépofer lé roi dans la Diete de convocation dont le prince Czartorinski étoit maréchal. C'eft après avoir donné à la maison de Saxe l'exclusion formelle à la Couronne de Pologne qu'un Czarǝ torinski va la préfenter au petit - fils d'Augufte III. D'autres répondent que c'est une efpece d'amende honorable qui va lui être faite...

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On apprend de Wilna qu'un Proteftant a été élu député affiftant au haut tribunal du grand-duché de Lithuanie, & qu'enfuite, dans l'affemblée de cette Cour, il en a été élu maréchal. C'eft M. Streyjoniki, chef de la Garde Lithuanienne du roi.

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ALLEMAGNE.

HAMBOURG (le 30 Novembre ). La Ruffie, fere de fes derniers fuccès, embraffe toutes les branches de la politique, & semble vouloir influencer l'Europe entiere. Il ne Jui fuffit pas d'annoncer 'qu'elle prend ouvertement le parti des princes françois émigrés, elle fe mêle encore de faire demander à Berlin , par fon ambaffadeur, l'exécution du traité de Pilnitz. On lui objecte l'acceptation du roi 'des François; mais le miniftre ruffe prétend

que Louis XVI n'a pas été libre lorfqu'il a accepté & figné l'acte conftitutionnel; qu'une acceptation non libre n'eft pas une acceptation; qu'il faut corriger cette nullité en donnant à S. Maj. Très-Chrét. la liberté qu'elle réclamoit dans fon mémoire laiffé à fon départ de Paris; qu'au refte, fi ce monarquel veut renoncer pour lui-même à des droits quelconques, il ne peut préjudicier, par fon accep sation, à ceux qui font acquis aux différens membres de fa famille par le feul fair de Jeur naiffance p

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Le cabinet de Berlin doit avoir déclaré que fes démarches feroient conformes à celles de la Cour de Vienne, fans le concours de laquelle il ne feroit rien.

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Un autre foin pour la Ruffie eft de tâcher de retenir fous fa tutele la Pologne, qui vient de s'émanciper. Déjà l'on affure que c'eft une des claufes du traité conclu avec la Suede & qu'un des articles concerne le maintien de T'ancienne Conftitution, notamment du droit d'élire un roi à chaque vacance du trône. On fuppofe même que la Suede, rappellant les an◄ ciennes prétentions de la maison de Vafa, & l'époque où les deux pays n'avoient qu'un fouverain, propofe le duc de Sudermanie póus

candidat à la Couronne de Pologne, en corcurrence avec l'éle&eur de Saxe. Il ne faut donc pas s'étonner de la lenteur de celui-ci pour accepter l'offre brillante des Polonois a il eft clair qu'il veut s'affuter des intentions de la Cour de Pétersbourg,

A la derniere foire de Leipfick, on donna fur le théatre une farce intitulée: Le Club Fé melle des Jacobins, & une autre petite piece ayant pour titre La Cocarde. Ces deux pieces où l'on s'efforce de ridiculifer le patriotisme & l'amour de la liberté, ont été fort mal ac cueillies par le parterre. Il a demandé le directeur, lui a fait demander pardon au pu blic, & promettre de ne plus jouer de pareilles infolences. On fçait que la ville de Leipfick eft le marché de la littérature de l'Allemagne la vente des livres s'y eft fingulie rement augmentée cette année.

Dans prefque toute l'Allemagne, les Juifs font foumis à une espece de jurifdiction prévôtale qui n'admet presque aucune forme, & les punit d'une maniere plus arbitraire & plus févere que ne font punis les Chrétiens. L'anecdote fuivante en eft la preuve.:

Dans une ville du margraviat de Bade, un Juif avoit vendu une vache à une femme pauvre, mais honnête, & il en avoit été payé au terme con venu. Quelque tems après, il vint demander une feconde fois fon paiement, & fur le re fus de la femme, il alla fe plaindre au bail li, qui étoit homme d'un grand mérite, & auffi original dans fes écrits que dans fes actions; plutôt l'ami que le ferviteur du margrave, & & aujourd'hui revêtu d'une des premieres charə ges du pays. Le bailli, convaincu de l'innocence de la femme, en impofa au Juif, qui après avoir tergiverfé, avoua fa fourberie. li

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reftoit à prononcer le jugement. Le bailli-dit au Juif: « Tu as vendu la vache 88 livres ; tu pajeras 88 livres à la femme; tu paieras 88 livres d'amende, & tu dépenferas 88 livres en prifon; mais voici fous quelle condition : au tant tu dépenferas de fous par jour, autant tu recevras de coups de bâton par jour ». Telle fut donc la punition de ce malheureux, que moins il dépenfoit, plus il reftoit de tems en prifon, & plus il dépenfoit, plus il recevoit de coups de bâton à la fois. Il faut convenir que le jugement de M. le bailli eft comiquement cruel.

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BERLIN (le 30 Novembre ). Le roi vient d'avoir à Kunerfdorff, près de la forêt de Beelitz, une nouvelle entrevue avec l'électeur de Saxe. S. Maj, s'y étoit rendue le 25 de ce mois, accompagnée du prince héréditaire & de quelques généraux. L'électeur, qui avoit paffé la nuit à Zinna fur les frontieres de Saxe, arriva à Kunersdorff, prefque en même tems que le roi. Après un affez long entretien, il y eut une chaffe dans laquelle on Sabattit quantité de gros gibier, Grand dîner enfuite dans une falle de bois conftruite exprès & décorée avec beaucoup de goût par M. Kuhne, grand foreftier. Après le repas, le roi reprit le chemin de Potzdam. L'é ecteur paffa la nuit Beelitz chez le maître des poftes, & retourna le lendemain à Drefde..

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Quel qu'ait été l'objet de cette entrevue T'opinion générale eft que le roi ne fe mêlera point des affaires de France, & qu'il n'y a de guerre à craindre d'aucun côté. Dès le 24, T'ordre a été expédié au prince de Hohenlohe de remettre fur le pied de paix le Corps qu'il Commande en Siléfie. On a déjà commencé

à vendre les chevaux de trans qui y étoient employés, ainfi que les fourrages qui avoient été emmagafinés.

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VIENNE (le 30 Novembre ). Il paffe ici pour. conftant que noire Cour & celle de La Haye font à la veilles designer un traité défenfif & de garantie, relativement aux diverfes pro vinces des Pays-Bas refpectifs. On affure audi que l'E'pagne & d'autres Puiffances ont déjàs accédé au traité conc'u entre la Ruffie & la Suede en faveur de l'autorité monarchique en France. Notre Cour vient de manifefter fes fentimens particuliers à l'égard de cette affaire épinenfe, par la déclaration fuivante, adreffée aux diverfes Puiffances de l'Europe. ~

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«Sa Majefté Impériale fait part à toutes les Cours auxquelles, elle avoit envoyé la premieret circulaire datée de Padouie le Juillet, en y' ajoutant aujourd'hui la Suede, le Danemarck, la Hollande & le Portugal, que l'état actuel du roi de France, qui donna lieu à ladite circulaire étant changé, elle croit devdir manifefter aaxdites Puiflances ofa façon deipenfer actuelle. SM. I. croit que l'on doit regarder comme valide fon acceptation & tous les actes qui en font enfuivis. Elle efpere que l'effet de ladite acceptation fera de ramener le bon ordre en France, & de faite prévaloir le parti des per-> fonnes modérées, felon le vou de S. M. T. C. Mais comme ses sefpérances: du roi pourroient, contre toute apparence, être trompées, & que tous les défordres des la licence les excès de violence à l'égard du roi pourroient fe renouveller, S. M. I. croit que toutes les Puiffances auxquelles elle s'eft adreffée, ne doivent point encore fe défister des mesurés concertées entrelles, mais de tenir en obfervation, &

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