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envoyé une députation au miniftre, afin de lui demander des forces navales & militaires, fuffifantes pour rétablir la paix dans les illes de l'Amérique, & appai'er la révolte des Negres de Saint-Domingue.

Affemblés de nouveau le 8, à la taverne de Lona.es, la députation leur a rapporté que le Gouver ement vouloit bien prendre les précautions qu'on exige de fa vigilance, mais que, forcé d'être économe, il comptoit que la dépenfe d'un envoi extraordinaire de troupes feroit fupportée par les individus qui en forment la demande. Cette réponse n'a pas été goûtée. Plufieurs membres ont foutenu avec raifon, que le Gouvernement doit protection & affiftance à ceux qui vivent fous fes loix; qu'il eft obligé de leur garantir leurs propriétés, que cere ind fference incroyable alloit même contre les intérêts cu Miniftere.

Une feconde dé, utation, qui à mis ces confidérations fous les yeux du miniftre, l'a enfin décidé M. Pitt a promis un renfort de troupes pour la fûreté des ifles fous le Vent.

Des lettres de Paris, a portées par la fré gate la Médufe, venant de l'ifle de France ont répandu ici la nouvelle que le lord Cornwallis avoit été entierement défait le 15 Mai, à 8 lieues de Seringapatnam. O ne croit pas ic à ce revers, dont on n'a jufqu'à présent reçu aucun avis officiel. Cependant on affure que la nouvelle n'eft que trop vraie.

M. Péthion a reçu ici l'accueil le plus fraternel de tous les Patriotes Anglois. Il a ai fifté à une fête civique que la fociété de la Révolution célébroit pour l'anniverfaire de la Revolution Angloife. Celle de France n'y a pas été oubliée. On a couronné le repas par un trèsgrand nombre de toaftes dont voici les princi

pales: Les Droits de l'homme; la Révolution de 1688, la Révolution de France ; la Révolution de Pologne; la fouveraineté du Peuple ; puif fent les Révolutions n'avoir de terme que celui de la tyrannie! puiffe Edmond Burke continuer Longtems de fervir la caufe de la liberté..... en écrivant contre elle !...... On a accueillį avec transport une toate portée par M. Péthion: c'est l'éternelle union du Peuple Anglois & du Peuple François, fondée fur les principes inaltérables de la justice & de la liberté. La fête a été terminée par l'air célebre ça ira, cet air qui fait tant de plaifir aux payfans, & qui donne au monde le fignal de la liberté.

PAYS-BAS.

BRUXELLES ( le 19 Novembre). Le due & la ducheffe d'Yorck, qui, en fe rendant à Londres, ne fe font arrêtés qu'un jour ici, y ont été accueillis avec la plus grande dif. tinction. On a vu la réunion de fils & filles de cinq fouverains, un fils de l'empereur Léopold, une fille de l'empereur François I, fon époux, le duc de Saxe-Tefchen, né d'Augufte III, roi de Pologne, un fils de George III, roi de là Grande-Bretagne & la fille aînée de Fré deric Guillaume, roi de Pruffe.

Les Etats de Brabant ont voulu pouffer à bout le Gouvernement par rapport à la querelle qu'ils lui ont faite fur la compofition du Con'eil fouverain de la province, en refu. fant abfolument d'y admettre les confeillers qui s'étoient prêtés en. 1789 aux defirs de l'empereur, & avoient paffé au Grand-Confeil de Malines. Dans leur derniere proteftation du 27 Octobre, ils ont renchéri fur toutes les précédentes, en donnant jufqu'à 27 fois l'épithe e d'illégal au Confeil fouverain. Celui-ci a voulu exécuter la partie de fa fentence qui ordonne la radiation des réfolutions des

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Etats & des proteftations qui s'en font enfuivies. Le fubftitut procureur général, de Leenheer, fe préfenta le 2 de ce mois, accompagné d'un officier de l'Etat-major & de deux huiffiers pour faire la radiation; il trouva la porte de la falle des Etats fermée; &, quoiqu'il frappât trois fois de fa baguette, les députés, qui y tenoient leur féance, ne jugerent pas à propos d'ouvrir il fut donc obligé de s'en retourner fans avoir rempli : l'objet de fa miffion. En conféquence d'un" refus fi réfractaire & fi opiniâtre, L. A. R. nos gouverneurs généraux ont adreffé aux Etats de Brabant une lettre en date du 3 Novembre, & de la teneur fuivante.

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TRÈS-RÉVÉRENDS REVERENDS PERES EN
DIEU, NOBLES, CHERS ET BIEN-AIMÉS,
<< Comme vous n'avez pas accepté les divers
arrangemens qui vous ont été fucceffivement
propofés pour & au nom de l'empereur, dans
la vue de terminer la difficulté que vous avez
élevée fur la compofition du Confeil de Bra-
bant, telle qu'elle a été arrêtée pour rem-
placer le Confeil que vous aviez inftitué pen-
dant les troubles nous vous faisons la pré-
fente pour vous dire que le terme moral
qui vous a été accordé a ceffé, à compter
de ce jour nous vous déclarons en confé-
quence, 1°. que l'empereur a réfolu de ne
plus admettre aucun tempérament ni moyen
de conciliation dans cette affaire »;

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2°. Que S. M. a renoncé à faire rentrer dans fon Confeil de Brabant ceux des confeillers de ce tribunal qui, en 1789, ont paffé en la même qualité au Grand-Confeil >>

« Et 3°. qu'en échange, S. M. entend aufli ne plus admettre dans fon Confeil de Brabant les cinq conféillers qui ont fervi done

le Confeil qui a fiégé dans le Brabant pendant les troubles lous un ferment incompauble avec celui qu'ils avoient prêté à S. M., à moins que, par la voie de la juf tice réglée, que S. M. leur laife ouverte, felon la Conftitution, dont elle ne fe départira jamais, il ne foit prononcé que S. M. y eft tenuen.

Quatre membres de la députation des Etats on été mis en état d'arieitation dans leurs maifons, où ils font gardés à vue par des mi aires. Ce font, les abbés du Parc & de Viler (pour 1Ordre du Clergé ), & les comtes de Duras & de Limninghe (pour la Nobleffe ).

BOUILLON ( le 25 Novembre ), M. Loyfel, dans une lettre écrite de Louvigné, près de Fougeres, le 6 Novembre, nous fait une peinture vraie & touchante de tous les moyens employés par les prêtres non affermentés, pour Occafionner & entretenir les troubles. Le prin cipal reflort qu'ils mettent en jeu eft de répandre l'effoi dans les confciences des fimples; c'est c. qui les agite, les tourmente & les fouleve co tre le nouvel ordre établi par la Conftitution.... « les prêtres réfractaires, dit-il, femblables, à des loups plutôt qu'à des pasteurs, ne cherchent qu'à difputer & à déchirer le troupe u qui Iur étoit confié, & dont ils regrettent bien plus la toi on que la di rection & la conduite. Ce font ces fourbes ces hypocrites qu'on ne fçauroit trop fe hâter d'éloigner du bercail que leur fouffle infect empoisonne... Les payians 1s plus égarés en conviennent eux-mêmes de bonne foi. Ils difent tous les jours que tant qu'on laiffera parmi eux deux pafteurs qui fe difputent leurs

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ames, ces pauvres gens croiront toujours avoir deux 1x & deux dieux & que, dans l'impoffibi ité de difcerner le bon parti, ils s'en tiendront > non par préférence, mais par la force de l'habitude, à ce que leur diront leurs anciens». M. Loyfel eft chaque jour convaincu que les piè res non affermentés démoralifent le payfon, en lui perfuadant qu'il vaut mieux plancer des choux les dimanches & fêtes que d'affifter aux melles des nouveaux curés, fe conreffer au pied d'un chêne qu'à eux, & mouric fans faciemens plutôt que de les récevoir des mains de ces excommuniés. Il pente que s'il eft dangereux d'éclairer indifféremment tous les hommes fur la liberté na urelle de choisir leur culte, il ne l'eft pas moins d'autoriter les prêtres atfermentés & les réfractaires à prêcher à la fois & à remplir les autres fonctions facerdotales dans les paroiffes, parce que ce font les deux efpeces d'hommes les moins difpofés à fe concilier & à vivre en paix ; Parceque c'eft élever autel contre autel, & vouloir faire rentre les guerres de religion. M. Loyfet n'eft point de l'avis de ceux qui dilent qu'il faut méprifer le fanatifme pour l'anéantir; il le regarde, au contraire, & avec raifon, comme l'ennemi le plus redoutable... « Cent mille étrangers prêts à forcer nos frontieres ne pourroient nous infpirer que du courage; mais ent molle fanatiques, au milieu de nos doivent nous faire trembler le jour & la nuit ». Sans vouloir déférer l'honneur de la perfécution aux prêtres trouble-confcience, le bon citoyen termine fa lettre pleine de force & de railon par defirer qu'on les traite comme des fous & des maniaques, qu'on les éloigne, & qu'on renferme au moins les enragés.

Nous concluons avec Mi Loyfel, qu'on ne

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