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que de se rendre compte de leur action. Quoi qu'il en soit, on pourrait en considérer quelques-unes comme permanentes : Faccroissement de population a de certaines limites, mais elles sont encore bien éloignées; l'amélioration de la culture est en progrès, mais elle pourra l'être toujours; les attraits de la propriété territoriale se font vivement sentir, mais elle ne cessera pas d'être attrayante.

Voici un court sommaire de mon travail. Je le diviserai en deux chapitres dans le premier, je rendrai compte des prix de surfaces isolées, c'est-à-dire ne formant pas corps de domaine. Ce chapitre ne concernera qu'une cinquantaine d'actes, car j'ai été obligé d'en éliminer plusieurs qui stipulaient en monnaies que je ne connais pas encore (écus blancs, pistoles d'or, pistoles d'Espagne, etc.), et d'en écarter d'autres qui indiquaient des achats de convenance dont le prix était naturellement au-dessus du cours, ou bien des achats de terres incultes (teppes, tattes, genevriers, marais) qu'on obtenait à des prix relativement très-réduits.

Dans le second chapitre, je parlerai de quelques achats ou ventes en corps de domaine.

Je terminerai par quelques mots sur le taux des fermages.

PREMIER CHAPITRE.

Les contrats du dossier se groupent et se résument comme dans le tableau suivant :

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Prenons les Terres. Je suis tout d'abord frappé de la discordance, aux diverses époques, des prix que produisent les tables pour les valeurs en monnaie actuelle: 259,306, 424, à côté de la valeur réelle de 3,000! Pourquoi ces quatre chiffres si différents! Pourquoi, par exemple, 259 francs valeur d'aujourd'hui, au lieu de 3,000, si aucune autre cause que l'AFFAIBLISSEMENT et l'ABONDANCE n'avait agi? -On pourrait me dire: Vos tables ne sont pas parfaites..... J'y consens, et même je suis de cet avis; mais on voudra bien remarquer que la mesure de l'affaiblissement étant incontestable, les modifications que ces tables pourraient subir ne porteraient que sur la mesure de l'abondance, et que, pour ne pas évidemment tomber dans le vif de l'absurde, ces modifications ne pourraient consister qu'en de légères fractions sur ce dernier facteur. Voyons cela de près, car là est toute la question.

Le chiffre ci-dessus, 259 francs, résulte en moyenne de vingt contrats depuis 1559 à 1598; mais s'il n'y avait eu qu'une seule acquisition, à l'époque moyenne de 1569, au prix de 52 francs l'hectare, valeur du temps, il aurait fallu multiplier cette somme par 6.03 (3.45 affaiblissement certain X 1.75 abondance évaluée - 6.05), et l'on aurait eu 314 francs pour représenter aujourd'hui cette valeur du temps. Mais pour faire de 52 francs, en 1569, 3,000 francs aujourd'hui, il faudrait nécessairement multiplier 52 par le facteur total 57.69, au lieu de 6.03? Et comment le trouver ce facteur? L'affaiblissement de 3.45 ne pouvant pas changer, l'autre sous-facteur, l'abondance, devrait donc être 16.72 (3), au lieu de 1.75! D'où l'on conclurait qu'il y a aujourd'hui 16 à 17 fois autant d'or et d'argent qu'en 1569; et comme nous avions déjà conclu, avec assez de modération, je crois, qu'à cette dernière époque il y en avait 10 fois autant qu'en l'an 780, cela ferait aujourd'hui, non pas 15 fois mais 167 fois autant que du temps de

57.69.

3.45/9

Charlemagne ! Or, si la chose était possible, ne faudrait-il pas que les tables changeassent du tout au tout par exemple, pour 780, l'affaiblissement étant de cette époque à aujourd'hui 81.42, et la mesure de l'abondance devenant 167 (au lieu de 15), on aurait pour facteur total 13,597, au lieu de 1,221, et ainsi proportionnellement à cette énorme différence pour toutes les époques subséquentes. Dès lors il n'y aurait plus que des monstruosités, au lieu d'un assez bon accord, pour les prix de toutes les choses mentionnées dans l'ouvrage de M. de Lateyssonnière et soumis aux tables : ainsi lorsque ces tables montrent que les 3 sols, en 780, pour le prix d'une jument ordinaire, de même que les 62 1/3 florins, en 1541, pour le prix d'un semblable animal, aboutissent également au chiffre raisonnable de 446 francs, valeur d'aujourd'hui, il faudrait donc dire que cette jument était payée à ces deux époques comme elle le serait actuellement par 4,973 francs! Qu'un porc, en 1265, coûtait 714 francs de notre monnaie actuelle, au lieu de 64 francs! Qu'un hectolitre de blé, en 1345, valait 194 francs, au lieu de fr. 17.50! Une poule 12 francs, au . lieu de fr. 1.09! etc., etc.

Voilà l'absurde, et nous le verrons mieux encore en nous rapprochant du temps actuel.

Puisque l'hectare de terre, à l'époque moyenne de 1742, coûtait 298 francs, valeur du temps, et qu'il vaut aujourd'hui 2,980 francs (au lieu de 3,000, pour arrondir la proportion), c'est dix fois autant. Cependant l'affaiblissement, coté pour 1742 à 1.06, n'a été depuis cette époque que d'environ 6 pour cent, et les tables ne supposent qu'une augmentation d'abondance de 15 p. 0/0 en indiquant ce sous-facteur par 1.154. Mais il faudrait donc qu'il devînt 9.42 (106) pour que le facteur total fût 10; or, cela voudrait dire que si, en 1742, il y avait en Europe pour 7 milliards d'or et d'argent, lesquels, à 15 p. 0/0

d'augmentation, seraient devenus actuellement 8 milliards, comme le propose M. Poisat, il faudrait contredire jusqu'au point d'affirmer que l'augmentation a été, an contraire, assez énorme, durant ces cent années, pour faire, des 7 milliards de 1742, 66 milliards aujourd'hui !

Voilà l'impossible, et il faut absolument, je le répète, attribuer à d'autres causes qu'à l'affaiblissement et à l'abondance la plus grande portion de l'augmentation qui, à des époques plus ou moins rapprochées, se manifeste dans les prix du sol, 'ainsi que nous l'avons vu et que nous le verrons encore dans le chapitre suivant.

Avant de clore celui-ci, remarquons que la progression de valeur a été fort différente pour les terres comparées aux prés. Ceux-ci valaient 1 7/8 fois les autres dans le 16° siècle, et il en était très-approximativement de même dans les commencements du 17; mais dans le courant du 18 siècle les prés coûtaient 4 2/3 fois le prix des terres, tandis qu'aujourd'hui ils ne valent guère que 1 1/5 fois ce prix. Ces variations paraissent dues à nos circonstances locales, et voici probablement comment on pourrait s'en rendre compte: Ce doit être dans le siècle dernier, lors d'un commencement de meilleure agriculture et notamment de l'introduction du trèfle, que les cultivateurs du pays de Gex ont pu fournir en quantité un peu importante du foin à Genève, et comme cette ville ne voulait pas de trèfle, les prés devenaient d'autant plus précieux, on peut dire que consommation intérieure du pays pouvait mieux s'en passer. Bientôt la culture des autres prairies artificielles, principalement celle de l'esparcette, se développa, et cet excellent fourrage était refusé à Genève aussi bien que le trèfle; mais depuis quelques années il y est accepté, au même prix que le foin, et il y sera prochainement préféré. Cela expliquerait comment le prix des prés naturels tend à se rapprocher de celui des terres

la

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