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sur tous vos étalons, il n'y en a pas un dixième à qui vous puissiez donner ce nom.

Un des seuls orateurs qui m'aient suivi sur le terrain où je me suis placé, car beaucoup s'en sont éloignés, un de ces orateurs a trouvé plus court, au lieu d'examiner ma proposition, au lieu de prouver la supériorité du système des haras, de déclarer que tout système contraire était une utopie, une rêverie absolument inexplicable; et, pour le prouver, il vous a dit que pour primer des étalons entre les mains des particuliers, il fallait trouver des particuliers qui voulussent des primes. Il vous a dit que l'administration des haras dépensait déjà une certaine somme en primes, et qu'elle avait toutes les peines du monde à placer cette somme. Il est vrai que l'administration ne trouve que peu d'étalons à primer. Mais, Messieurs, quelle est la position faite par le système des haras au particulier qui a l'intention d'entretenir un étalon? Les besoins de la localité lui indiqueront la nécessité d'un étalon de 10,000 francs. Qu'arrivera-t-il ? Le particulier se trouve en concurrence avec l'administration que le budget couvre de toutes pertes, qui perd sciemment, et que soutient un énorme budget. Et qu'offre-t-on à cet homme pour exciter son industrie, pour le provoquer à tenter une pareille concurrence? On lui offre une prime de 100 écus.

Eh bien! supposez que la concurrence n'existe plus pour le particulier qui veut entretenir des étalons, et donnez-lui une prime de 50 ou 100 louis, et voyez s'il ne sera pas garanti contre les chances de son entreprise, s'il ne trouvera pas un appât assez considérable! Demandez vous si on cherchera encore en vain des étalons à primer?

Sur 10,000 étalons qui sont nécessaires en France, vous en trouverez plus de 900 auxquels vous pourrez appliquer des primes, avec un grand résultat pour le pays.

Messieurs, je serais bien tenté de me récrier sur l'épithète d'utopie, appliquée à un travail de conscience, au résultat d'une longue et laborieuse étude; on me pardonnera d'être un peu piqué de cette façon un peu trop cavalière de me juger.

Le système qu'on appelle une utopie, je l'ai basé sur des faits et sur des chiffres, et ce n'est pas, en général, la base des utopies: celui qui me traite d'utopiste, qu'il me permette de le dire, me fait un peu l'effet de l'homme de l'Evangile qui, ayant une poutre dans l'œil, s'amusait aux dépens de son voisin dans l'œil duquel il apercevait une paille. (On rit.)

Utopie pour utopie, comme elles sont toutes folles, je tiens la mienne pour moins folle, pour moins désastreuse que celle des haras. Utopie pour utopie, je ne demande qu'une chose, c'est qu'on les étudie toutes les deux; c'est qu'en séparant dans le budget, les dépenses propres à l'entretien des étalons, des dépenses propres à l'encouragement de l'industrie, en faisant deux chapitres distincts, on donne au gouvernement la faculté d'augmenter ou diminuer l'un ou l'autre chapitre, de passer d'un système dans l'autre, comme je le disais hier, sans froisser les intérêts existants. Du reste, je ne me fais pas illusion; je crois que la question n'est pas encore mûre, et j'ai voulu seulement attirer sur cet objet l'attention du gouvernement et celle de la Chambre.

M. Passy, ministre du commerce et des travaux publics. Messieurs, la proposition de

l'honorable M. de Schauembourg tend à introduire dans le chapitre des haras une spécialité distincte qui consisterait dans une allocation de 300,000 francs pour primes. Peu de mots suffiront pour expliquer à la Chambre combien d'obstacles empêcheraient d'adopter la proposition de M. de Schauembourg. Le gouvernement donne des primes, mais il ne les donne que dans une mesure conforme à l'état actuel des étalons existant en France. Si l'on vient demander une somme fixe de 300,000 francs, il en résultera que des étalons suffisamment distingués n'existant pas en assez grand nombre pour être primés, on primera ue mauvais étalons; car il est bien évident que la répartition des fonds une fois déterminée, l'argent sera dépensé. Mieux vaut donc laisser les choses dans l'état présent. Le gouvernement ne donne des primes qu'aux chevaux qui paraissent le mériter. On a l'intention d'en accorder pour 110,000 francs; et si en 1837 il se présentait plus de chevaux qui méritassent la prime, on accorderait davantage; mais prescrire à l'avance au gouvernement de dépenser une somme de 300,000 francs en primes, ce n'est pas répondre aux véritables intérêts de la production, c'est s'exposer à payer des subventions qui ne seraient ni méritées, ni nécessaires.

Voilà tout ce que j'avais à dire sur la question; je demande à la Chambre de maintenir les choses telles qu'elles sont au budget. (Aux voix! aux voix!)

(L'amendement de M. de Schauembourg, mis aux voix, n'est pas adopté.)

M. le Président. M. Goupil de Préfeln a proposé un amendement tendant à séparer les dépenses du personnel de celles du matériel; il est ainsi conçu :

« Chap. V. Haras et dépôts d'étalons.
« Dépenses du personnel, 401,000 francs.
« Chap. V bis. Autres dépenses, 1,099,000 fr. »
M. Goupil de Préfeln a la parole.

M. Goupil de Préfeln. Cet amendement, Messieurs, n'a pas une très grande importance; je dois indiquer quel en est l'objet : c'est tout simplement de diviser les dépenses de l'administration des haras en deux chapitres, l'un pour le personnel, et l'autre pour le matériel; en d'autres termes, je me borne à réclamer l'application d'un principe d'ordre, qui a rencontré quelques répugnances et quelques obstacles, mais qui a été constamment soutenu par vos commissions, et qui forme maintenant une des règles générales de notre système financier. Je ne prétends pas que ce principe ne puisse subir aucune exception, mais ces exceptions doivent être rares, et fondées sur des raisons toutes particulières. Or, ici j'avoue que je n'en vois pas; je ne vois pas pourquoi il ne serait pas aussi simple de diviser le personnel du matériel pour l'administration des haras que pour l'administration des lignes télégraphiques et l'administration de la garde nationale, qui font partie du ministère de l'intérieur.

Au ministère du commerce même, j'ai remarqué que la commission tenait tellement à la spécialité des dépenses du personnel, qu'elle a jugé à propos de créer un chapitre tout exprès (le chapitre XIV bis) pour les conducteurs des ponts et chaussées, quoique certainement cette dépense pût se rattacher facilement à la dépense générale du personnel des ponts et chaussées, chapitre XIV. Et je demande com

ment il se fait que la même commission, qui sépare ainsi des dépenses d'une nature identique, laisse confondues dans le même chapitre des dépenses d'une nature tout à fait différente, celles relatives, par exemple, au traitement des inspecteurs généraux et des autres fonctionnaires, avec celles de l'avoine et du foin pour la nourriture des chevaux.

La séparation à faire entre ces deux dépenses ne présente aucune difficulté. C'est du reste ce que l'Administration a fait dans une note annexée au budget. C'est là que je prends les chiffres de 401,000 francs pour le personnel, et 1,099,000 francs pour le matériel. Je ne crois pas que cette séparation puisse présenter aucune difficulté sérieuse.

J'ajouterai que l'état de confusion, ou du moins le rapprochement dans le budget des sommes de dépenses de nature différente, présente des inconvénients. Il y a des dépenses qui ont pour but l'objet même de l'institution des haras, c'est-à-dire l'achat et l'entretien des chevaux; ce sont les principales et les plus utiles; mais il y a d'autres dépenses accessoires qui absorbent une partie considérable du budget. L'administration des haras dépense beaucoup en bâtisse et en culture; elle aime à bâtir, elle aime à cultiver; et je crois pouvoir affirmer que sa culture n'a pas un grand succès, et que si elle la présente comme modèle aux cultiva teurs qui entourent ses exploitations, c'est sans aucune chance de trouver des imitateurs. Cela ne doit pas étonner. Un bon gouvernement ne doit pas être naturellement un bon fermier. Et je pourrais citer des faits étranges sur la manière dont le domaine du haras du Pin a été exploité par l'Administration. Ce serait grand dommage qu'on employât ainsi l'argent qui doit servir à acheter de bons étalons, s'il est possible. A cet égard, je me borne à espérer que M. le ministre du commerce y portera quelque attention, et ne se laissera pas entraîner aux vues auxquelles les administrateurs se laissent volontiers entraîner quand il s'agit de culture.

Mon amendement, en résumé, se borne à demander pour l'administration des haras ce qui existe pour presque toutes les autres administrations, la séparation de la dépense du personnel et de la dépense du matériel.

M. Aroux, rapporteur. Les réflexions de M. Goupil de Préfeln sont justes en principe, et la commission n'a pas entendu déserter le principe de la division des dépenses du personnel et du matériel; et ce que lui-même vient de dire est la preuve que la commission a apporté la plus grande attention à établir la séparation entre ces deux genres de dépenses.

Quant à ce qui concerne l'administration des haras, nous avons été déterminés par des considérations que je vais soumettre à la Chambre. D'abord la défense de l'administration des haras est justifiée par le budget annexe qui est sous vos yeux, puisqu'il figure à la suite du budget du ministère du commerce. Il est vrai que ce n'est qu'un budget annexe, mais cette annexe fait partie du budget. Le motif qui nous a fait penser qu'il n'y avait pas lieu à diviser les dépenses du personnel et du matériel, c'est que quant à présent, l'administration des haras n'est pas constituée d'une manière définitive; elle n'est encore qu'à l'état d'essai, le système tel qu'il est mis à exécution ne date encore que de deux ou trois années.

Il faut savoir si la proposition qui vous est faite n'entraînerait pas aujourd'hui plus d'inconvénients que d'avantages. Ce qui manque le plus, ce sont les bons étalons; l'achat de ces animaux exige des sacrifices plus ou moins considérables. Ce qui manque, ce sont les fonds pour les acheter. Eh bien, faut-il mettre obstacle à ce que le gouvernement, opérant des économies sur le personnel, puisse reporter sur le matériel le produit de ces économies? Si donc vous limitez d'une manière formelle les dépenses qui doivent être faites pour le personnel; si vous les élevez, par exemple, au chiffre qui vient d'être indiqué par M. Goupil de Préfeln, de 401,000 francs, si je ne me trompe, il en résultera que ces 401,000 francs devront nécessairement être employés en totalité à des traitements qu'il serait cependant possible de réduire.

On ne pourra pas reporter une partie de ces 401,000 francs sur l'achat des étalons, qui sont la chose la plus importante pour l'amélioration des chevaux. Voilà les motifs qui déterminent votre commission à rejeter l'amendement, et à maintenir, quant à présent, les choses dans leur état actuel.

M. Goupil de Préfeln. Je reconnais que l'administration des haras n'est pas arrivée à un état définitif; mais il faut la considérer comme étant dans la voie du progrès; et je pense que ce serait lui faire faire un pas dans cette voie, que de séparer le personnel du matériel.

Quant à la dernière réflexion de M. le rapporter, elle consiste à dire qu'il faut laisser au ministre la faculté de reporter une partie des fonds affectés au personnel sur le matériel; je crois que personne n'a l'espérance d'arriver à un pareil résultat; on sait que par des raisons faciles à concevoir, c'est l'opération inverse qui pourrait être à redouter. Quant à moi, je n'ai pas le moindre doute que les 401,000 francs seront dans tous les cas attribués au personnel. Je persiste à penser qu'il est conforme aux principes de s'assurer légalement qu'il ne lui sera pas attribué une plus forte somme.

M. Duchatel (Tanneguy). Je désire ajouter une simple observation aux raisonnements qui viennent d'être présentés par M. le rapporteur. Je suis partisan, autant que personne, des règles financières et de la juste spécialité des crédits. Mais il ne faut pas, Messieurs, exagérer les meilleurs principes, et tomber par un amour un peu excessif des théories dans des inconvénients pratiques.

Or, l'amendement de l'honorable M. Goupil de Préfeln ne me paraît pas, dans l'état actuel de la comptabilité des haras, susceptible d'exécution. En effet, M. Goupil de Préfeln propose de diviser la somme de 1,500,000 francs, portée au budget pour les haras, en deux chapitres, l'un pour le personnel, l'autre pour le matériel. Mais il y a une difficulté, c'est que les dépenses des haras ne sont pas seulement de 1,500,000 fr. Il y a encore plus de 300,000 francs de dépenses acquittées au moyen des recettes spéciales. Eh bien! quand vous aurez divisé ces 1,500,000 fr. en deux chapitres, que ferez-vous des recettes spéciales, comment les répartirez-vous? Il est donc évident que l'amendement ne peut pas être exécuté; la distinction que vous voulez établir n'aura aucune espèce de réalité.

M. le Président. L'amendement est-il appuyé? (Non! non!)

Dans ce cas, je n'ai pas à le mettre aux voix. M. le général Subervie. Messieurs, avant de voter sur le chapitre de 1,500,000 francs qui vous est demandé, je vous demanderai la permission d'adresser une question à M. le ministre des travaux publics.

Hier, l'honorable M. Piscatory nous a parlé longuement de l'amélioration des races de chevaux. Il a dit de très bonnes choses, et, dans mon opinion aussi, de mauvaises : il nous a dit entre autres que l'intention de l'administration était de régénérer nos races avec le pur sang des chevaux anglais. Je demanderai donc à M. le ministre des travaux publics si c'est avec les chevaux anglais qu'on veut régénérer nos races, ou avec les chevaux de pur sang arabe; car je ne voterais pas les 1,500,000 francs si on voulait introduire les races de chevaux anglais, qui depuis cinquante ou soixante ans ont détruit toutes nos races.

M. Passy, ministre du commerce et des travaux publics. Je ne prendrai pas sur moi de déclarer si les chevaux de pur sang sont exclusivement d'origine arabe. Je sais que l'opinion commune à cet égard, en Europe, n'est pas celle de l'Orient en Orient ce n'est pas le cheval arabe qu'on regarde comme ayant la supériorité de formes et de qualités; mais quant à l'administration, ce qu'elle a à faire, c'est de se procurer les chevaux de meilleure qualité, et de les prendre là où elle peut les trouver. Si elle achète beaucoup de chevaux en Angleterre aujourd'hui, c'est qu'il y a des difficultés immenses à se procurer des chevaux arabes et des bonnes races de l'Orient elle les achète en Angleterre, parce que c'est là que le perfectionnement est le plus complet, et qu'on rencontre les meilleurs étalons qu'elle puisse obtenir : mais quand on dit que l'administration ne croit trouver le pur sang que dans tel ou tel pays, c'est là une question de physiologie sur laquelle les opinions peuvent être très divisées. Ce qu'elle doit faire, c'est d'acheter les meilleurs possibles, et c'est ce qu'elle fait aujourd'hui. (Aux voix! aux voix!)

:

M. Lherbette. Je ne veux pas plus que M. le ministre apporter à cette tribune une question de pure théorie: ce n'est pas de la théorie que je veux faire, je veux citer des faits, et je le ferai en peu de mots.

M. le ministre paraît ignorer la direction que suit l'administration depuis quatre ans.

Elle est entrée dans un système tout à fait nouveau, et qui a produit de très bons résultats. Jusqu'alors on allait chercher presque tous les chevaux en Angleterre. On partait de ce principe, que l'Angleterre, comme l'a dit hier M. Piscatory, a obtenu, par le croisement des chevaux arabes avec les chevaux indigènes, les meilleurs résultats. Cela est vrai en Angleterre; mais il ne s'ensuit pas que le croisement des chevaux anglais, dans toutes les provinces indistinctement, puisse avoir toujours de bons

effets.

A cet égard je citerai l'opinion d'un savant illustre, dont le nom suffira pour éveiller votre attention. Cuvier, dans un mémoire lu à l'Académie en 1817, posait ce principe, que l'expérience a ensuite confirmé en plusieurs pays : si les espèces, tant animales que végétales, peuvent se conserver en passant d'un climat chaud dans un plus froid et d'un sec dans un plus humide, elles dégénèrent promptement dans la marche inverse.

C'est ce qui a lieu pour l'espèce anglaise en France; les premiers produits des étalons anglais sont supérieurs à ceux des arabes; qui sont meilleurs coureurs, mais sont moins bons producteurs, moins bons régénérateurs. Aussi l'administration, convaincue de cette vérité, a-t-elle adopté depuis quatre ans la règle que voici. Elle envoie des étalons arabes dans les provinces du sud de la France, et des anglais dans celles du nord.

Elle aurait tort néanmoins d'aller jusqu'à penser que les chevaux arabes ne peuvent pas réussir dans les provinces du Nord; si elle veut mettre de la suite dans ses essais, elle verra au bout de quelques générations que les produits des étalons arabes reprendront la supériorité sur ceux des étalons anglais.

(Le chapitre V est mis aux voix et adopté sans modifications.)

M. le Président. Nous passons au chapitre VI, ainsi conçu :

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Chap. VI. Ecoles vétérinaires et encouragements à l'agriculture, 560,000 francs. >>

M. Lherbette. Les encouragements dont il est question dans ce chapitre rentrent dans la même catégorie que ceux du chapitre précédent; ce sont, comme les haras, des moyens de répandre les lumières; car les haras ne doivent pas être considérés sous un autre point de vue.

Mais malgré cette espèce d'encouragement, malgré la création des écoles vétérinaires, on doit regretter la rareté des bons vétérinaires.

Quelles en sont les causes? Sans vouloir les énumérer toutes, j'en indiquerai quelques-unes qu'il faut reprocher à l'administration.

Le premier point est celui-ci; il existe une ordonnance de septembre 1825, non pas ordonnance ministérielle, mais ordonnance délibérée en conseil d'Etat, et devenue règlement d'administration publique, qui dit que les places de professeur, dans les écoles vétérinaires, soient données au concours devant un jury composé d'employés et des professeurs des écoles vétérinaires. La violation de cette règle prive d'une garantie importante de capacité pour l'admission des candidats.

Cette même ordonnance veut aussi que les directeurs de ces écoles occupent une des chaires, et dès lors qu'ils soient élus au con

cours.

L'année dernière, le directeur de l'école de Lyon a été nommé sans concours. C'est encore supprimer une garantie de capacité; c'est aussi ôter un stimulant à l'émulation des professeurs, qui sont fort peu rétribués, qui ont fort peu d'avantages. Comment d'ailleurs un homme qui ne connaît pas la science pourra-t-il surveiller les études et même faire des cours, comme l'exige l'ordonnance?

Je sais que cette ordonnance n'est qu'un acte de pouvoir réglementaire, et qu'en thèse générale une pareille ordonnance peut être révoquée par une autre. Cependant, cette règle réclame une exception, sinon légale, du moins de con

venance.

C'est que les ordonnances, qui sont des règlements d'administration publique, ne devraient pas pouvoir être violées par un acte d'un ministre isolé.

Je ferai aussi observer que les autres écoles, celles de droit et de médecine, sont régies par des lois; il serait à désirer qu'il en fût de même des écoles vétérinaires, que leur organisation sortît du régime des ordonnances

pour entrer dans celui des lois. Car aujourd'hui, l'hippiatrique n'est plus un métier, c'est même plus qu'un art, c'est devenue une véritable science.

Troisième grief. Sous le régime de l'ordonnance de 1814, les appointements des chefs de service, dans ces écoles, à Alfort du moins, étaient plus élevés qu'ils ne le sont maintenant sous l'ordonnance de 1825. La faiblesse de leur traitement fait que l'on conserve difficilement ces agents si importants, qui font les fonctions de préparateurs et de répétiteurs. Ainsi, à Alfort, depuis 1831, la chaire d'anatomie n'a plus de chef de service. Qu'en résulte-t-il? Quelques chiffres l'indiquent mieux que tous les raisonnements. Les élèves, auxquels on est forcé de faire doubler leurs cours, en raison de leur peu de progrès, n'étaient que dans la proportion de un sur trois ou quatre depuis, ils ont été dans celle de un sur douze, quatorze et même trente-huit.

Une autre amélioration réclamée est celle d'un professeur de clinique ; il n'en existe pas dans les écoles vétérinaires. Il existe bien un professeur qui fait devant les élèves le traitement des chevaux malades: mais, comme ce professeur est chargé d'un autre cours et de plusieurs autres fonctions, il ne peut pas faire un cours spécial de clinique. Les élèves alors n'ont qu'une instruction théorique, mais nullement pratique ; et cette dernière, ils ne l'acquièrent qu'à la sortie des écoles, aux dépens des animaux qu'ils sont appelés à soigner, et au détriment des cultivateurs.

M. Toussin. Messieurs, l'honorable collègue qui m'a précédé à la tribune a entretenu la Chambre sur le chapitre qui traite de l'école vétérinaire. Je demanderai à ajouter à ces explications quelques développements sur la seconde partie de ce chapitre, dont l'un traite des bergeries d'Alfort, et l'autre des bergeries royales.

Si je conçois bien le motif qui peut déterminer le gouvernement dans l'établissement d'un troupeau de moutons, c'est de procurer aux agriculteurs une race de moutons inconnue, ou qu'ils ne peuvent obtenir qu'à trop grands frais. Dès l'instant que ces conditions ne sont pas remplies, l'établissement d'un troupeau, bien loin de servir d'encouragement à l'agriculture, est un motif pour décourager l'industrie agricole; car on conçoit que, dès que les produits du gouvernement se trouvent dans les mêmes conditions que ceux d'autres industries agricoles, les agronomes ne peuvent plus soutenir la concurrence. Ils luttent alors avec d'autant plus de désavantage que les pertes éprouvées par le gouvernement sont supportées par les contribuables.

Ces principes étant posés, il s'agit de savoir si les bergeries du gouvernement réunissent ces conditions. A mon avis, une seule est dans ce cas, c'est celle d'Alfort.

Vous le savez, messieurs, l'Angleterre avait prohibé la sortie des laines longues, et la prohibition allait même jusqu'à la peine de mort. Un cultivateur fort intelligent, nommé Bockwel, inventa, si je puis me servir de cette expression, une nouvelle race de moutons, en croisant, avec une race intelligence, la vieille race de Leicester. Il parvint ainsi, à force de patience et de soins, à diminuer la charpente osseuse du mouton, tout én conservant à la laine son principal caractère. L'établissement d'Alfort a donc pour but de

doter notre agriculture de cette race précieuse.

Mais il faut remarquer que, pour que cette laine puisse présenter les avantages qui sont résultés des croisements de Bockwell, il est indispensable que les races soient conservées dans toute la pureté de leur origine.

En principe, les croisements ont pour but de diminuer le plus possible la carcasse du mouton, et de la remplacer par le plus de chair possible; de telle sorte qu'un mouton de cette race doit donner, pour les quatre quartiers, au bout de dix-huit mois, un poids de 80 à 100 kil. (Bruit.)

J'appellerai, messieurs, l'attention de la Chambre sur ces explications; car c'est une innovation pour l'agriculture, et jusqu'à présent on doit reconnaître que les cultivateurs ne se sont pas livrés à ce genre de culture; ils ont été d'ailleurs égarés par des documents très inexacts; et, à ce sujet, je rectifierai quelques erreurs contenues dans le rapport. Ainsi, par exemple, dans le rapport on vous dit « qu'il est permis de croire que l'opération du croisement de nos races par des béliers anglais est préférable à l'introduction de la race pure dans la plupart de nos exploitations. >>

C'est là une erreur grave. Il est reconnu, par toutes les personnes qui s'occupent de cette branche d'agriculture, que la race anglaise, introduite dans nos pays, peut présenter un grand avantage, seulement par le croisement avec la race artésienne ou de Picardie. Mais toutes les fois que vous croiserez la race anglaise avec la race artésienne, vous n'obtiendrez pas tous les avantages de la race anglaise; vous obtiendrez des moutons plus parfaits, sous le rapport du poids de l'animal; mais sous le rapport de la laine, vous aurez un produit inférieur, en ce sens que la laine de Picardie, qui est destinée aux matelas, se trouverait portée à un degré de finesse qui la rendrait moins propre à ce genre d'emploi.

Tandis qu'au contraire il est indispensable, pour que l'agriculture puisse obtenir des résultats avantageux, que l'on conserve dans toute sa pureté la race que l'école d'Alfort a importé d'Angleterre. L'agriculture fournira alors aux industriels la laine longue, lisse, lustrée qui sert à confectionner les étoffes rases.

Mais il y a erreur dans le rapport en annonçant qu'à la deuxième tonte la laine, à l'école d'Alfort, a présenté le même degré de finesse, de longueur, de lustre; toutes les expériences faites sur ces laines constatent le contraire, et d'ailleurs le grand avantage de la race Leicester disparaîtrait, puisqu'un des bénéfices les plus importants réside dans la viande, et dans l'avantage d'avoir un animal qui à dix-huit mois a acquis son plus haut degré de croissance. Ces avantages sont tellement importants qu'on ne peut trop appeler l'attention des cultivateurs sur cette race dans les localités où elle peut prospérer; car nous sommes sous ce rapport tributaire de l'Angleterre pour une quantité de laine considérable qui est employée spécialement dans les manufactures de Tourcoing, de Roubaix et dans la Picardie.

Il est encore une autre culture qui suivra nécessairement celle des moutons à laine longue, c'est celle du turneps, qui, comme racine sarcle, entre avec beaucoup d'avantage dans les assolements. Ce sera un bienfait de plus pour l'agriculture.

Mais si la race élevée à Alfort doit être conservée avec soin, il n'en est pas de même des moutons élevés dans les autres bergeries royales. Elles n'ont aucune influence sur la prospérité agricole, puisqu'on trouve fréquemment des produits supérieurs chez un grand nombre de cultivateurs ; il en est dans cette Chambre beaucoup que l'on pourrait citer. Leurs troupeaux surpassent pour la finesse des toisons, celles des moutons des fermes du gouvernement. De là une concurrence très fâcheuse pour l'agriculture; lorsqu'on apporte les produits du gouvernement dans les marchés, ils entrent en concurrence avec les produits que les cultivateurs ont élevés avec beaucoup de soin. Le gouvernement vend à un prix presque constamment fort au-dessous du

cours.

Il en résulte, à mes yeux, un dommage très grand pour l'agriculture, et c'est là que le gouvernement doit porter son attention.

:

Mais il est une autre race de moutons sur lesquels on devrait appeler l'attention du gouvernement, c'est la race connue sous le nom de troupeau de Naz elle est cultivée par un de nos honorables collègues. Avec le succès le plus complet, cette race mérite d'autant plus d'encouragements que dans ce moment-ci nos agriculteurs sont menacés d'un envahissement qui, dans l'avenir, pourra avoir les conséquences les plus graves.

Deux pays ont pris, sous le rapport de la laine, un accroissement qu'on pourrait taxer d'exagération, si les faits ne le constataient pas dans un de ces pays : dans les steppes de la Russie, il existe une quantité prodigieuse de troupeaux; très peu sont au-dessous de dix mille têtes, et vous pourrez juger par là la quantité prodigieuse des laines de ce pays.

Cependant, jusqu'à présent, l'agriculture n'a pas à en souffrir; les laines d'Odessa et de Russie sont peu redoutables, parce que cette laine venant sur un sol très dur et très âpre, ne s'est pas jusqu'à présent prêtée avec avantage aux diverses préparations industrielles de nos contrées ; mais il est un autre pays qui offre beaucoup plus de danger pour la concurrence. Je veux parler de l'Australie. Il y a huit ans, ou environ, cent kilogrammes seulement de laine furent importés de ce pays en Europe; eh bien! aujourd'hui, huit années. à peine se sont écoulées, et 13,000 balles de laine ont été importées de l'Australie en Angleterre. Chacune de ces balles pèse 250 kilogrammes. Vous pouvez juger quelle a été en huit années la proportion d'accroissement. Elle a été telle, qu'il y a seulement quatre ans l'importation n'était que de 3 à 4,000 balles. Deux années après, elle a été quadruplée, et les arrivages qui doivent avoir lieu au mois de juin, sont tels qu'on suppose qu'ils s'élèveront à 15 ou 20,000 balles.

Il est impossible de présager quelle pourra être pour l'agriculture l'influence de ces produits; mais ce qu'il importe de remarquer, c'est un produit qui pourra servir avec avantage dans les manufactures. Cette laine paraît avoir toutes les qualités qu'on peut désirer pour la fabrication; elles sont propres, soit pour la fabrication des laines à carder, soit pour les laines peignées. On trouve dans la production de ce pays tous les genres de laines que nous rencontrons dans toutes les parties de la France et même de l'Europe. Dans cette position, il est un moyen pour l'agriculture

de présenter une digue aux produits de l'Australie. Ce moyen serait de transformer l'établissement de Rambouillet ou de Perpignan en une race de moutons peu répandue malheureusement chez les cultivateurs, et qui cependant leur présente dans ce moment des bénéfices énormes; je parle des troupeaux de Naz. Lorsque Louis XVI établit le troupeau de Rambouillet, ce troupeau fut établi dans les mêmes conditions que celles que je vous présente. Les cultivateurs ne connaissaient pas alors les mérinos; il fallait les leur faire connaître; ce fut dans ce but que Louis XVI établit les troupeaux de Rambouillet.

Mais aujourd'hui son but est rempli; cet établissement a accompli sa destinée; il n'a plus que l'inconvénient de faire une concurrence nuisible à nos cultivateurs. Quelle serait donc la meilleure destination à donner à cet établissement? Ce serait de remonter à la pensée qui l'avait créé. C'est, en un mot, de présenter à nos cultivateurs l'exemple d'une race qui n'est pas assez connue, et qui peut offrir des bénéfices énormes; par là on s'opposerait au déficit qui dans peu de temps viendrait surcharger l'agriculture.

M. le Président. La parole est à M. Charles Giraud.

M. Charles Giraud. Comme les observations que j'ai à présenter ne s'appliquent pas aux bergeries, si quelqu'un voulait répondre à M. Toussin, je prendrais la parole après.

M. le Président. La discussion est ouverte sur les différentes parties du chapitre. Vous avez la parole pour présenter vos obervations.

M. Charles Giraud. Messieurs, j'ai demandé la parole sur le chapitre actuellement en discussion, d'abord pour remercier la commission et M. le rapporteur de l'attention particulière qu'ils ont apportée cette année dans l'examen de chacun des articles qui le composent. Les intérêts qui se lient à l'industrie agricole, les services qu'elle rend au pays sont trop évidents pour que jamais il soit permis de les méconnaître, et l'Administration, j'ose le dire, manquerait à l'un de ses premiers devoirs, si aujourd'hui elle ne portait, à cette industrie la plus vive sollicitude. C'est pourquoi je suis persuadé que M. le ministre du commerce et de l'agriculture marchera dans la même voie que son prédécesseur, dont les intentions et les actes méritent notre reconnaissance, et auxquels, pour ma part, je suis heureux de rendre pleine et entière justice.

Au nombre des encouragements donnés à l'agriculture, je n'hésite pas à placer en première ligne, ainsi que la commission, les secours accordés aux établissements connus sous le nom de fermes modèles, malheureusement encore trop peu nombreux. Toutefois, Messieurs (et c'est ici que je réclame votre attention), malgré l'importance de ces établissements, l'utilité des secours que vous leur accordez, croyez que de pareils moyens seront toujours insuffisants. Si vous voulez sincèrement, comme je le pense, que l'agriculture marche de pair avec les autres industries dans la voie du progrès, croyez qu'il est indispensable de compléter un système dont les fermes modèles ne sont, à vrai dire, qu'un des principaux éléments; car elles ne peuvent jamais à elles seules vous offrir un résultat satisfaisant.

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