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la ferme générale. Les corvées, fi funeftes aux cultivateurs, font fupprimées par la même loi. Ce n'a été pendant plus d'un mois qu'une fête continuelle: les cris de Vive le roi & M. Turgot ont retenti tous les jours, au bruit du canon. Cet effai d'une légiflation qui rend le peuple libre, fans diminuer en rien les droits du roi donne aux autres provinces les plus flatteufes efpérances: ce font les premiers jours d'un beau fiecle.

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Il paroit un ouvrage qui a pour titre : Sur les finances, & pour épigraphe, Ni ferme, ni régie; une & l'autre font la perte des états. C'est une diatribe des plus violentes qui ait encore paru. L'auteur anonyme, & que l'on croit reconnoitre fubdivife la France en portions quarrées, & forme un cadaftre qui, selon lui, donneroit un produit net au-delà de ce que rapportent les impofitions en tout genre, & épar-. gneroit à l'état des frais de régie plus confidérables que la recette; il donne, ou plutôt il indique les moyens d'établir fon fyftême; mais la partialité qui regne dans cet écrit, n'eft pas faite pour donner confiance à fes affertions; on ne peut fe difpenfer d'y reconnoitre des principes, & des calculs faux.

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On a annoncé précédemment qu'il étoit queftion de fupprimer toutes les loteries, & de n'en former qu'une feule. On dit aujourd'hui que plan de cette derniere eft déjà figné du roi, & voici ce qu'on rapporte touchant ce nouvel établissement.

« On fupprime, à compter du 1er. Juillet prochain, toutes les loteries, même celle de l'école royale-militaire. On crée à la place une feule loterie fous le titre de loterie royale, laquelle fera à l'inftar de la loterie de l'école militaire; on y ajoute feulement le quaterne, le

quinterne, qui ne pourra être d'une mife plus forte que de 24 fols, & qui, en cas de fortie peut produire 1, 200, 000 francs. Cette loterie dont le Sr. Aubry, fils du traiteur de ce nom étoit l'inventeur,avoit été préfentée au contrôleurgénéral. Le miniftre des finances y avoit fait peu d'attention. L'auteur, étonné de ce que fon plan n'avoit point été adopté, le préfenta au comte de St. Germain, qui l'a trouvé fi fagement conçu, & d'une exécution fi facile, fi utile à l'état & fi avantageux au peuple, qu'il l'a propofé au roi, qui en a arrêté l'exécution. S. M., en établiffant cette loterie royale, & en détruifant toutes les autres, promet de n'en établir aucu ne autre, à moins que ce ne foit pour le rétabliffement de la compagnie des Indes ou pour fubvenir aux befoins de l'état en tems de guerre. Cette loterie, dont l'exécution aura lieu, comme nous l'avons dit, à compter du 1er. Juillet prochain, fe tirera 6 fois par mois, c'est-à-dire, de 5 jours en 5 jours. Le premier tirage fera pour le 5 Juillet, & fe fera à Paris; le fecond pour le 10, fe fera à Strasbourg; le troifieme, le 15, fera à Marseille; le quatrieme, le 20, à Lyon; le cinquieme, le 25, à Bordeaux, & le fixiele 30, à Rouen ou à Nantes. Dans chacune de ces villes, il y aura un établissement quí reffortira de celui de Paris, & il fera libre de s'intéreffer pour tel tirage, ou pour telle ville que l'on voudra. Pour éviter la fraude, qui s'introduit toujours trop facilement dans ces fortes d'établiffemens, & diffiper les craintes que l'on pourroit en concevoir, le roi établit cette loterie en régie pour fon compte. Il y aura 10 régiffeurs, qui feront tenus de faire chacun 600, 000 livres de fonds par forme de cautionnement; ce qui fera un objet de 6 millions de fonis. Sur le produit de cette loterie fera affigné un fonds

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en faveur des éleves de l'école militaire, pour lui tenir lieu du bénéfice de la loterie qui leur étoit accordé; ce qui a été fixé fur le calcul fait du produit année commune. On indemnifera également les autres loteries.

L'ouverture du jubilé de l'année fainte, qui doit durer fix mois, s'eft faite en cette capita le le 11 de ce mois, en conféquence du mandement de l'archevêque de París, par une meffe folemnelle du St. Elprit, qu'il célébra pontificalement dans l'églife métropolitaine, après avoir entonné l'hymne Veni Creator, qui fut chanté, comme la meffe, par la mufique ordinaire de cette églife.

Le roi ayant bien voulu accorder, par un brevet du 16 Février dernier, aux abbeffes & chanoineffes du chapitre de Poulangy le droit de porter une croix émaillée à huit pointes, fufpendue à un ruban bleu, bordé de noir, pofé en échar pe de gauche à droite, & repréfentant d'un côté deux clefs en fautoir, avec les lettres initiales des mots Nobilitati, Virtuti, la comteffe de Vaudray, veuve d'un lieutenant-général des armées du roi, & depuis abbeffe de l'abbaye roya le de Poulangy, ainfi que toutes les chanoineffes de ce chapitre, ont été, le 29 du même mois, décorées en cérémonie de ce cordon & de la croix y attachee, par M. de la Luzerne, évêque duc & pair de Langres. Le même jour, les preuves de nobleffe de la Dlle. de Brêves, parente du même prélat, ont été faites pour fa réception en qualité de dame honoraire de ce chapitre.

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Sur ce que le grand confeil a fait des repréfentations au roi touchant le peu d'égard qu'ont les parlemens pour fes arrêts, S. M. lui a, diton, répondu que les circonftances ne lui permettoient pas de donner à fa cour du grand confeil la atisfaction qu'elle defiroit, mais qu'elle

pouvoit compter fur fa protection. Ce qu'il y a de certain, c'eft que le préfidial de Guéret, capitale de la Marche, craignant d'être compromis pour avoir refufé d'enregiftrer un édit envoyé par le grand confeil, avoir député ici fon préfident pour demander l'appui du parlement; & peu de jours après cette réponse du roi, l'abbé d'Efpagnac dit à ce député, au nom du parlement, qu'il pouvoit s'en retourner, & dire à fa compagnie de refter tranquille, & qu'elle n'avoit plus à craindre pour la fuite aucune entreprise de la part du grand confeil.

On affure que le parlement de Grenoble, au lieu d'obéir aux lettres de juffion, qui lui enjoi gnent de recevoir fon nouveau procureur-général a fait faire une information de vie & de meurs de M. de Moydieu, & l'a envoyée à M. le garde des fceaux.

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Des lettres de Bretagne apprennent que l'if le de Noirmoutier a éprouvé, dans les premiers jours du mois dernier, une vimaire (dégât caufé par les ouragans), qui a enlevé 83 toifes de digues & qui fait redouter un plus grand défaftre à l'équinoxe. Plus de 400 ouvriers font occupés nuit & jour à réparer les brêches que l'ouragan a faites à la digue entamée par la mer. Cet accident vérifie ce que les habitans de cette ifle expoferent au roi dans des mémoires, qu'ils préfenterent au conseil sur la fin de l'année dernie re, pour demander à être maintenus dans leur privilege d'exemption d'impôts. La mer étant de 4 pieds au-deflus du fol de l'ifle, les habitans qu'elle contient, au nombre d'environ & mille n'existent qu'à force d'art, & ne fe confervent que par des travaux incroyables: il n'y a ni pierres, ni bois, ni manufactures, ni prairies, ni befliaux; & les terres fufceptibles de culture ne fe cultivent qu'à force de bras. Si donc, difent

ils, ils ne continuent de jouir de leur ancienne immunité, ils ne pourroient plus fe garantir des fléaux conjurés pour la deftruction de leur ifte, qui n'a que lieues de circonférence fur une de largeur. On écrit de la Baffe-Bretagne, que depuis le 9 Février jufqu'au II au foir, les vents fud-fudoueft ont foufflé avec tant d'impétuofité qu'à St. Malo & aux environs, il s'eft élevé une tempête affreuse, mêlée de pluie, de grêle, d'éclairs & de tonnerre. La mer devint bientôt fi houlleufe & fi agitée que le choc des vagues brifées contre les rochers en faifoit fortir des étincelles. Il s'eft perdu un navire hollandois fous le vent des ifles de Guernefey & de Jersey, & un autre de la même nation, à peu de diftance de St. Ma lo, où ils alloient pour leur commerce; 3 ou 4 bateaux pêcheurs ont auffi fait naufrage. Des barriques de vin, des planches, des débris de navires que la mer jette depuis à la côte, font préfumer que cette même tempête aura caufé plus d'un naufrage dans la Manche.

La ville de Saint-Jean-de-Luz, fituée sur un terrein plus bas que la mer, fe trouvoit fans ceffe expofée à être engloutie par cet élément; pour l'en préferver, on conftruifit, il y a quelques années une forte digue en pierre de taille le long du rivage. Cette digue a été rompue & emportée fur une longueur de 16 toifes, par un coup de vent furieux, le 23 Février dernier enforte que cette malheureuse ville auroit à redouter d'être fubmergée, fi, avant qu'on n'ait fait les travaux néceffaires à fa confervation, il furvenoit un fecond ouragan. M. de Clugny, intendant de la généralité de Bordeaux, a fait paffer fur le champ tous les fecours convenables en ouvriers & en matériaux pour travailler, fans perte de tems, à la réparation urgente de cette digue.

L'académie royale des infcriptions & belles

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