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Il leur peut encore représenter qu'il n'y a rien de plus commun en matière d'anciens manuscrits que les bibles et les ouvrages des Pères, que toutes les bibliothèques en sont pleines, et qu'on en trouve très-souvent à acheter à bon marché. Il est à présumer que ces chanoines seront bien aises d'avoir à partager entre eux une somme qui leur pourra produire à chacun quatre ou cinq pistoles 1.

Les négociations se firent sans doute à Paris en même temps qu'en Quercy, car ce fut sur une lettre de l'abbé d'Estrades, leur abbé, que, le 4 mai, les chanoines se décidèrent à remettre à Foucault, qui s'était lui-même transporté à Moissac, les manuscrits dont ils abandonnaient la possession à Colbert. Quelques-uns d'entre eux voulurent, avant de les livrer, en faire faire le catalogue, mais Foucault se réserva le soin de le faire dresser. La collection resta trois jours à Montauban, et ce temps suffit à l'abbé de Foulhiac pour rédiger le catalogue qui est conservé à la Bibliothèque impériale à la suite des lettres de Foucault'.

Le roulier de Limoges prit à Montauban six ballots de manuscrits le 8 mai, et les remit à la bibliothèque de Colbert le 25. Un second envoi, composé de manuscrits que Foucault avait cru pouvoir négliger et que Colbert avait réclamés, partit le 8 juin et arriva le 25. Nous notons que le roulier tenait fort exactement ses engagements.

1. Archives de l'Empire, recueil Clairambault, KK 601, tome X, p. 161.

2. « Pour M. de Fouillac, vous en serez quitte, monsieur, écrit Foucault à Baluze le 11 mai, pour un mot de remerciment. Si néanmoins M. Colbert vouloit bien l'honorer d'une lettre de trois lignes, je crois que cette grâce ne contribueroit pas peu à l'encourager dans la recherche qu'il fait de manuscrits. Il a fait le catalogue de ceux de Moissac après s'être appliqué, pendant trois jours, à déchiffrer les vieux caracteres. A la date du 9 février, M. de Foulhiac avait déja employé s pt jours à examiner à Moissac une partie des manuscrits. Au mois d'avril 1679, Foucault lui fait présent des trente-sept volumes in-folio des Conciles du P. Labbe, « en récompense des médailles et des voyages qu'il a faits pour voir les manuscrits de Moissac et autres curiosités. > (Mémoires, p. 49.)

Selon Baluze, le prix des manuscrits, lorsqu'on en achetait un grand nombre, était à Paris de 3 livres la pièce. Propos d'acquéreur, croyons-nous. Dix ans plus tôt, les libraires Léonard et Cramoisy étaient chargés d'estimer les 2146 manuscrits que la bibliothèque Mazarine devait céder à la Bibliothèque du roi; dans la collection des manuscrits de Mazarin, se trouvaient, il est vrai, des manuscrits hébraiques, arabes, samaritains, persans, turcs, etc., et peutêtre sa valeur s'en trouvait-elle augmentée, mais il y avait quantité de petits manuscrits et de peu de considération, et la plupart des meilleurs, et particulièrement des grecs, avaient été imprimés; » c'est en raison de ces deux causes de dépréciation, causes qu'il n'y avait pas lieu de mettre en avant lorsqu'il s'agissait de la petite collection de Moissac, que les experts n'attribuaient aux manuscrits de Mazarin que la valeur de 8 livres le volume, l'un portant l'autre1.

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Le chapitre de l'abbaye de Moissac ne fut pas exigeant: « J'ai cru aussi vous devoir dire, écrit Foucault le 11 mai, que les chanoines ne veulent point prendre d'argent pour leurs manuscrits, mais qu'ils ne refuseroient pas quelque petit présent de la main de M. Colbert. Ils m'ont fait entendre par personnes tierces qu'il leur manque des ornements blancs, composés d'une chasuble, six pluviaux et deux dalmatiques, ce que M. l'abbé est obligé de fournir. Pour moi, j'aurois mieux aimé quelque argenterie comme croix, chandeliers, lampes ou autre chose semblable. »

Ce ne fut qu'au mois de juillet 1681 que Colbert donna les ordres nécessaires pour que son présent fùt envoyé au chapitre de Moissac : Foucault eut un crédit de 1200 livres « pour faire faire des ornements d'église. » Colbert allait au delà de la somme qu'avait proposée Baluze; mais le nombre des manuscrits était un peu plus considérable que ne l'avait d'abord pensé Baluze, et, vus de plus près, leur importance avait pu s'accroître à ses yeux. M. de Foulhiac «<en faisait grand cas; » Baluze partagea sans doute le sentiment de l'abbé de Foulhiac, surtout lorsqu'il eut trouvé

1. Leur rapport a été publié dans la Correspondance littéraire, 18601861, p. 418.

2. Mémoires de Foucault, p. 468.

dans l'un de ces manuscrits le traité de Lactance De mortibus persecutorum', qu'il fit imprimer en 1679.

Foucault pensait que les copies qui avaient été prises sur l'indication du président Doat faisaient très-insuffisamment connaître les archives de l'abbaye de Moissac; aussi en fitil dresser un inventaire par l'un des chanoines. Il en tira encore en 1682 plusieurs actes curieux qu'il envoya à Colbert'. Le plus ancien était une bulle du pape Sergius, de l'an 1009, qui a été récemment publiée par M. Lair dans la Bibliothèque de l'École des chartes3.

Comme chacun sait, les manuscrits de la bibliothèque de Colbert ont été réunis en 1732 aux manuscrits de la Bibliothèque du roi.

G. SERVOIS.

1. Plusieurs écrivains font honneur à Foucault de la découverte (voyez la Biographie générale de MM. Didot et la Biographie universelle), et même de la publication (voyez Rulhières, Éclaircissements sur les causes de la révocation de l'édit de Nantes, I, 291) de ce traité longtemps inconnu; double erreur que signale avec raison M. Baudry, car Foucault ne fit qu'obtenir la cession d'un lot de manuscrits parmi lesquels Foulhiac devait le rencontrer. Mais ne faut-il pas ajouter que si Foulhiac vit le manuscrit qui contenait le traité et le catalogue, ce fut Baluze qui constata l'importance du traité et qui en reconnut l'auteur? 2. Mémoires de Foucault, p. 83.

3. IVe série, tome III, p. 246.

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L'Ordre du Saint-Esprit a été institué par Henri III, le 31 décembre 1578. Ce prince nous apprend lui-même, dans le préambule des statuts de l'Ordre, qu'il le plaça sous l'invocation du Saint-Esprit en mémoire des deux événements les plus importants de sa vie, arrivés la veille ou le jour de la Pentecôte, savoir son élection au tròne de Pologne le 9 mai 1573, et son avénement au trône de France le 30 mai 1574. De plus il est permis de croire que le discrédit dans lequel était tombé l'Ordre de Saint-Michel, prodigué par Catherine de Médicis pour se créer des partisans, suggéra au roi l'idée d'instituer un nouvel Ordre de Chevalerie qui devait avoir pour résultat de rallier autour de lui l'élite de la noblesse. Enfin plusieurs savants du nord de l'Europe pensent que l'Ordre du Saint-Esprit a été créé par Henri III en souvenir de l'Ordre de l'Aigle blanc dont il avait été grand maître pendant la courte durée de son règne en Pologne. Cette opinion nous paraît quelque peu hasardée. Quoi qu'il en soit, l'Ordre du Saint-Esprit a conservé jusqu'à la fin le plus vif éclat et il a toujours été mis sur le

même rang que l'Ordre de la Toison d'Or en Espagne et celui de la Jarretière en Angleterre.

Les statuts de l'Ordre du Saint-Esprit se composent de quatre-vingt-quinze articles qui, à diverses époques, ont subi quelques modifications, mais toujours avec la plus grande réserve, et en se conformant aux délibérations du chapitre de l'Ordre. En voici le résumé :

Le Roi, grand maître de l'Ordre, était tenu de jurer à son sacre d'en maintenir tous les statuts. Pour être admissible, il fallait professer la religion catholique, avoir atteint l'age de trente-cinq ans et faire preuve de trois quartiers de noblesse paternelle, sans compter le présenté. Les princes du sang pouvaient être reçus à l'âge de vingt-cinq ans, et même l'usage finit par s'établir de conférer le collier de l'Ordre aux membres de la famille royale aussitôt après leur pre

mière communion.

Dès l'origine le nombre des chevaliers fut fixé à cent, y compris les prélats et les grands officiers commandeurs, et non compris les étrangers.

Les prélats étaient au nombre de neuf, savoir: quatre cardinaux, quatre évêques ou archevêques et le Grand aumônier de France qui faisait toujours partie de l'Ordre. Ils étaient, ainsi que les grands officiers commandeurs, dispensés de faire leurs preuves de noblesse.

Les grands officiers commandeurs étaient:

Le chancelier-garde des Sceaux;

Le prévôt, maître des cérémonies;

Le grand trésorier;

Le secrétaire.

Il y avait en outre quatre officiers non commandeurs, attachés à l'Ordre, mais qui n'étaient pas compris au nombre des chevaliers et qui, comme nous le dirons tout à l'heure, portaient les insignes de l'Ordre d'une manière particulière. C'étaient: L'intendant;

Le généalogiste;
Le héraut;

L'huissier.

Les promotions se faisaient, le plus ordinairement, dans l'église des Grands-Augustins de Paris, jusqu'en 1661, dans la chapelle du château de Versailles, à partir de 1686, et dans la chapelle des Tuileries sous la Restauration.

2o PARTIE, T. I.

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