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ment en France y prirent les proportions d'une révolution véritable. Ils se placent à Grenoble du mois de novembre 1771 au mois de juin 1775.

Le plan qui m'a paru le plus simple était de suivre les événements dans leur ordre chronologique. Comment donc les coups du Chancelier de Louis XV atteignirent-ils les magistrats de notre cité; quels hommes furent appelés aux fonctions nouvelles ; - quelle fut leur œuvre; dans quel nouveau naufrage sombrèrent enfin les projets de Maupeou, au moment où semblait s'affermir son entreprise: telles sont les grandes divisions de cette étude.

Le fond a été puisé pour la plus grande part dans les documents qui font la richesse de notre Bibliothèque et de nos Archives grenobloises. Ces documents, très détaillés, n'ont pas été utilisés par les auteurs qui ont retracé dans son ensemble l'histoire des réformes de Maupeou. Dans son ouvrage où il évoque si magistralement la vie et l'œuvre du Chancelier, M. Flammermont n'a consacré que deux pages au Parlement de Dauphiné, et il n'a eu en mains que deux sources qui ne viennent pas de Grenoble (1). Quant aux historiens locaux, plusieurs ont dépouillé ce

(1) Le Chancelier Maupeou et les Parlements (Paris, Picard, 1883), chap. x, les Parlements de province, p. 475. Les documents dont il s'agit sont: 1° Une lettre du Premier Président au Chancelier, en date du 30 septembre 1771; Affaires Etrangères: Fonds des mémoires et doc., V, 1371, fos 80 et 81. Aucune copie de cette lettre n'a été conservée à Grenoble ; 2° Une lettre de de Malyvert, à son beau-frère Lepaige.

fonds et lui ont emprunté un peu de sa substance (1). Au milieu de leurs travaux, une étude se détache, parce qu'elle est consacrée au coup d'État même de Maupeou vis-à-vis des Parlements: c'est le discours de réception à l'Académie Delphinale de M. Desplagnes, ancien procureur de la République à Grenoble (2). L'étude de M. Desplagnes se compose d'un long développement sur la révolution. de Maupeou en général, puis d'un récit assez court des événements de Grenoble, et enfin d'un appendice considérable rempli par des pièces justificatives. Les deux documents qu'il a étudiés sont, comme il l'indique, le manuscrit d'un conseiller inconnu: Journal de la Réintégration, et le journal de Letourneau intitulé Miscel

(1) PIOLLET, substitut du procureur général à Grenoble, Étude historique sur Thomas et Albert de Bérulle, premiers présidents du Parlement de Grenoble de 1760 à 1790. (Baratier-Dardelet, 1888.)

BERGER, Le Parlement de Dauphine, Discours prononcé le 3 nov. 1869, à l'audience solennelle de rentrée de la Cour impériale. (Baratier-Dardelet, 1869.)

DUBOIN, Le rôle politique du Parlement de Grenoble, Discours prononcé à l'audience solennelle de rentrée de la Cour, le 15 octobre 1897. (Allier frères, 1897.)

CHAMPOLLION FIGEAC, Chroniques dauphinoises et documents inédits : Première période historique ; L'Ancien Régime et la Révolution (1750-94), chap. IV, le Parlement. (Vienne, Savigné, 1883.)

PRUDHOMME, Histoire de Grenoble, pp. 578-581.

ALPHONSE VERNET, Histoire populaire et anecdotique de Grenoble. (Gratier, 1902.)

(2) Ce discours ne fut pas publié au «Bulletin de l'Académie », ni dans la « Revue catholique des Institutions et du Droit », dont l'auteur fut longtemps un des collaborateurs. Il a paru en feuilleton dans Le Courrier du Dauphine (30 juin 1883). C'est ce qui explique que le manuscrit, qu'avait très obligeamment recherché Me Desplagnes, ait disparu. Un exemplaire se trouve à la Bibliothèque de Grenoble (0, 14.695), il n'est pas mentionné au Catalogue du fonds Dauphinois, de M. Maignien.

me

lanea (1). Mais, en dehors de ces deux textes et des édits imprimés, il semble qu'il n'ait pas connu d'autres documents. Et cependant d'autres sources aussi précieuses de renseignements inédits pouvaient lui être révélées par nos archives et nos bibliothèques. Je crois avoir vu tout ce qu'elles renfermaient sur ce sujet, sauf toutefois la série C, non inventoriée, des Archives du département, dont il eût été cependant précieux de pouvoir exhumer la correspondance des intendants de l'époque. Ces hommes nouveaux, dont les fonctions avaient tout juste un peu plus d'un siècle, avaient doublé l'étape, et leur fortune politique en avait fait les agents uniques du pouvoir central dans les provinces ; il est certain que leur correspondance eût sur bien des points singulièrement éclairé cette étude.

Quant aux sources qui peuvent se trouver en dehors de Grenoble, on en trouve quelques-unes dans l'ouvrage de M. Flammermont. L'inventaire sommaire des Archives nationales ne révèle aucun fonds important pour cette période de l'histoire de notre Parlement. Y en a-t-il ailleurs? C'est possible. En tout cas, je n'avais pas le loisir de faire les recherches que comportait leur découverte dans les bibliothèques qui les recèlent, étant données les difficultés auxquelles on se heurte, et que j'ai éprouvées pour un document resté d'ailleurs

(1) On s'explique difficilement le sort de ce précieux manuscrit, dont les trois premiers volumes appartiennent à une collection de Paris, deux, les cinquième et sixième, à la familie Auzias-Turenne, alors que deux autres seulement sont à la Bibliothèque de Grenoble (R, 7906).

introuvable Champollion Figeac, dans ses Chroniques Dauphinoises (Ancien Régime, 1750-1794, pages 194-195), fait mention d'un Journal secret ou « Diaire », du premier président de Bérulle, où se trouveraient les détails les plus intéressants concernant cette époque. Ce devait être en effet une source de premier ordre, qu'il eût été précieux de se procurer. Malgré les investigations faites, j'ai dû renoncer à le découvrir, et laisser dans l'ombre qui les cache les pensées et les réflexions de ce grand magistrat.

Avant de terminer ces quelques pages, je veux rendre à M. Robert Caillemer, professeur d'Histoire du Droit à l'Université de Grenoble, l'hommage d'une reconnaissance qu'il m'est à cœur de lui témoigner. Au milieu des difficultés que j'ai éprouvées dans ma tâche, mon réconfort a été de l'y avoir pour maître; veuille accepter toute ma gratitude pour ses conseils, plus bienveillants chaque nouvelle fois où j'y ai fait appel.

qu'il

INTRODUCTION

Grenoble et son Parlement

au XVIIIe siècle

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