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servis s'ils ne veillent aux mœurs de leurs domestiques et ne tâchent à leur inspirer la piété et la probité, n'y ayant rien de plus efficace pour les contenir, les détourner du vice et les porter à leur devoir.

Un autre grande causc du mal vient de ce qu'impunément les domestiques quittent leurs maistres sans congé et quand bon leur semble, en sorte que sur le moindre caprice et d'abord qu'on les veut reprendre de leurs vices quand ce seroit avec toute la douceur, modération et charité possible, ils se retirent et par ce moyen ou il les faut souffrir vitieux sans leur oser rien dire et sans en tirer qu'autant de service qu'ils le désirent, ou il faut se voir exposé à en estre abandonné dans les plus grands besoins.

Quand au remède, bien qu'il paroisse d'abord difficile et comme impossible, il est pourtant aisé en empêchant que les serviteurs ne quittent trop légèrement leurs maistres à quoy les loix romaines ont sagement pourveu dans les titres au digeste et au code de servis fugitivis ad legem Fabiam de plagiariis et de furtis et de servo corrupto où l'on voit qu'elles infligent des peines très sévères pour réprimer cet abus jusques là que celluy qui se retiroit du service de son maistre pouvoit être mutilé d'un pié ou d'une main.

Il est vray que cette sévérité des premières loys a esté corrigée par les dernières, mais on a pourtant toujours puny le fugitif de la peine du larcin quia sui furtum facit et vix fugitivus fur esse non potest, ceux mesmes qui contribuent à leur fuite peuvent estre poursuivis extraordinairement et le droit donne, en ce cas, deux actions l'une de servo corrupto contre celluy qui n'a fait le solliciter (la seule sollicitation estoit punie) et de furto contre celluy qui l'a obligé de se retirer de chés son maistre et l'a retiré chés luy, c'est la disposition de la loy 4 C de furtis et servo corrupto et autres textes qu'il seroit trop long de rapporter.

que

On dira que c'estoient des esclaves et que nos domestiques demeurans libres, les maistres n'ont pas un si grand pouvoir, ce qui est vray, mais pourtant il est juste et d'une nécessité indispensable qu'il y ait dépendance, obéissance et subordination du valet au maistre, autrement il ne faut plus de vallets, s'ils ne font rien de ce qui leur sera comandé si bon ne leur semble et s'ils peuvent se retirer quand on voudra les forcer à obéir par les voyes raisonables et légitimes. Aussi les ordonnances de nos roys ont en cela imité et mesmes surpassé la rigeur des loix romaines et nous trouvons divers réglemens sur ce par eux faits que l'auteur de la conférence des ordonnances a compilé sous le titre I, livre 6 de ladicte conférence qu'il intitule : des serviteurs, valets et servantes fugitifs, ce qui fait voir d'abord que nos ordonnances, aussi bien que les loys romaines, condemnent les serviteurs fugitifs, c'est-à-dire qui se retirent contre le gré de leurs maistres.

Dans le commencement de ce titre sont contenues les ordonnances qui font deffenses aux maistres de recevoir des domestiques vagabonds et inconneus et on peut dire que la facilité qu'on a de prendre des inconnus augmente beaucoup le mal, parce que celuy qui a délinqué dans une maison, allant dans un'autre où il n'est pas connu, non-seulement la re faute demeure impunie, mais il en commet beaucoup de nouvelles avant qu'on s'en apperçoive, l'ordonnance pour réprimer cet abus rend les maistres responsables civilement des crimes de pareils domestiques, et si cela estoit observé, on auroit plus de soin à les choisir, bien qu'à présent le choix soit assés difficile, puisque la corruption est presqu'universelle.

Ce mesme compilateur intitule l'article suivant en ces mots éedits pour contenir les serviteurs et servantes en leur devoir, à l'effet de quoy il rapporte ceux de Charles IX, des années 1565 et 1567 et de Henry III, de 1577, qu'on peut dire en effet un moyen seur de contenir les domes

tiques en ce que cellui de 1565 leur deffend de sortir du service de leurs maistres sans avoir d'eux une attestation de la raison pour laquelle ils en sortent, et ce à peine d'estre punis comme vagabonds, et pareilles défenses sont faites à toute sorte de personnes de les recevoir, à peine de 100 livres d'amende, et l'ordonnance de 1567 deffend aux vallets de laisser leurs maistres pour en aller servir d'autres sans leur gré et consentement ou sans occasion légitime, et fait deffenses de les recevoir sans s'estre enquis de leurs maistres s'ils ont donné congé et pour quelle cause, aux mesmes peines.

La mesme ordonnance deffend à toutes personnes de suborner les serviteurs pour laisser leurs maistres et en aller servir d'autres, encor sous les mesmes peines, ce qui est conforme à la disposition de la loy Favia de plagiariis.

L'ordonnance de 1577 veut que les domestiques qui sont engagés pour certain temps soient tenus de servir l'an entier, et que celluy qui s'est loué pour faire certain ouvrage ne se puisse retirer sans que l'ouvrage soit achevé, et presque tous les maistres des arts dans leurs réglemens y ont fait insérer des prohibitions aux apprentifs et compagnons de les quitter et aux autres de les recevoir, sans quoy tout seroit en confusion.

Ladicte ordonnance de 1577 va bien plus avant, car quoyque le mariage soit une chose extrêmement privilégiée et favorable, elle veut que les serviteurs, durant le temps de leur service, se marians sans le consentement de leurs maistres, perdent leurs gages et tous les bienfaits qu'ils en pourroient espérer. Il y a un article conforme des réglemens de police de cete ville.

Et partant il n'y auroit qu'à renouveller la disposition de ces ordonnances et les faire publier et exécuter, que les serviteurs ne pussent quitter leurs maistres dans l'année ou dans le temps de service dont on seroit convenu, à peine de perdre leurs gages et d'un'amende, qu'aucun ne put les

recevoir aussi, à peine de l'amende et de rendre responsable par le maistre de celle qui seroit encourue par le domestique.

Et d'autant que certaines femmes font profession de retirer lesdicts domestiques, surtout les servantes, lesquelles sont sollicitées et subornées par lesdictes femmes, soit pour quitter leurs maistres, soit pendant qu'elles y demeurent à leur porter tout ce qu'elles peuvent prendre, comme le pain, le vin, la viande, l'huille, le sel et autres provisions de mesnage, en quoy il n'y a presque poin de remède, puisque ces choses se prennent imperceptiblement, il faudroit faire deffenses à toutes personnes de suborner, retirer et loger lesdictes filles qui seroient sorties de chés leurs maistres contre leur gré sous certaines peines et mesmes en punir quelques-uns comme recelateurs, en cas d'une contravention considérable. On voit des troupes de servantes chés ces femmes où elles se corrompent les unes les autres, consomment ce qu'elles ont gagné, s'instruisent en toute sorte de vices et tombent ordinairement par ce moyen dans la prostitution.

Et il semble que tout conspire à la perte de ces malheureuses, car les maistres mesmes dont elles sont sorties, par une fausse charité, couvrans leurs vices, sont cause qu'elles y persévèrent et que ceux qui les prennent sont trompés en ce que, quand on s'en informe d'eux, ils les dissimulent. Il est bien vray qu'il faut de la charité à ne pas déclarer certains manquemens, mais quand ce sont des vices considérables et qu'on voit un habitude invétérée au mal, on ne les doit point taire et il semble qu'on se rend complice des maux qui s'en ensuivent.

Un'autre grande injustice qui se commet en cela est que quand quelques domestiques servent bien un maistre, il s'en trouve d'autres qui les attirent par toute sorte de moyens, soit en leur donnant des plus grands gages ou autrement, en quoy on fait grand tort et au maistre à qui on

oste ce domestique, lequel a peut estre esté rendu bon par ses soins, et à ce vallet en ce qu'ordinairement de bon on le rend mauvais, et après avoir fait infidelité à l'un, il n'en use pas mieux avec les autres. Cet abus est plus grand qu'on ne pense, et on pourvoit à tout en obligeant les domestiques de servir pendant un temps certain, sans pouvoir quitter leurs maistres; si quelques-uns de Mrs les magistrats, surtout M. le procureur du roy, entreprenoient un'affaire si importante que celle-cy, ils procureroient un grand bien au public et aux particuliers, et attireroient sur eux beaucoup de bénédictions spirituelles et temporelles.

On asseure que depuis quelques années on travaille à réprimer cet abus en la ville de Paris, qu'on oblige les serviteurs à servir pendant tout le temps convenu et, parce qu'il peut aussi survenir des raisons pour lesquelles il est à propos que le domestique puisse quitter, les commissaires prennent cognoissance de pareilles choses dans les quartiers, et à moins qu'il n'y ait cause légitime le domestique est forcé à continuer son service pendant le temps promis, sous peine d'estre privé de ses gages et autres peines arbitraires, Mrs du siège, ou de leur autorité Mrs les commissaires, pourroient prendre les mesmes soins et Mrs de pollice y employer les bourgeois de pollice. Bref, on estime que si quelque personne constituée en pouvoir veut avoir la charité de s'appliquer à faire réussir un'affaire de cett' importance, ce qui paroit impossible deviendra très facille, on pourroit mesmes obtenir de S. M. une déclaration nouvelle conforme aux anciennes, qu'on feroit enregistrer, publier et exécuter (1).

(Minute originale. Archives du Rhône, fonds des Recluses).

(1) En marge: En parler à Monsieur l'Intendant.

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