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sieurs fois, on en en a mesme déféré sans autres effets que de s'estre attiré la raillerie de ceux qui y devoient remédier.

6o Il y a encor en cette ville des usuriers qui prestent sur gage à de pauvres gens et tirent chaque mois, sur un écu qu'ils prestent, le 2, 3 et 4 sols d'intérests, ce qui va à 40, 50 et 60 pour cent par an, et par ce moyen ils absorbent en peu de temps les gages qu'on leur remet et qui valent la moytié plus que la somme qu'ils prestent. Il seroit important de punir selon la rigueur des loys de semblables crimes, et l'établissement des prêts charitables qu'on a commencé en cette ville seroit un bon moyen pour y remédier.

7o Il y a bien du désordre dans les prisons royaux, les prisonniers et surtout les criminels sont fermés en des lieux sy sales et sy puans qu'ils ont peine à y subcister. Ils sont dans l'ordure et mangés des poux, cela vient de ce que la prison est tropt étroitte pour tant de monde, on y laisse tropt longtemps les prisonniers, il faudroit expédier. On en retient pour des sommes très modiques, on décrette pour des choses légères et on ne purge le décret qu'avec de grands frais. Il faudroit un règlement là-dessus. Il y a contrainte à la Conservation pour des sommes de 10, 15 et 20 1., quoyque par les arrestz des Grands jours on ne puisse emprisonner que pour des sommes au dessus de 50 1. Cela devroit avoir lieu pour la Conservation aussy bien que pour les autres jurisdictions.

8° Il s'est fait depuis quelques années, beaucoupt de vols en cette ville, on a mesme volé en plusieurs églises le ciboire où repose le Sainct-Sacrement, la cause est qu'il y a beaucoup de vagabons et que les ordonnances contre eux ne sont pas exécutées.

9° Les juifs négocient en cette ville, déguisés, contre les deffences de Sa Majesté. Il y en a à Thoulouse les 60 ou 80 familles. Ilz y font d'horribles sacrilèges, de quoy ily a de

puis peu des condamnations au Parlement. Il y en a davantage à Bourdeaux, à Bayonne, on ne sçauroit croire le préjudice qu'ilz font au négoce par leurs friponneries (1) et leurs usures. On les protège en plusieurs lieux, aussy bien que ces vagabons qu'on appelle bohémiens; les hommes se déguisent et l'on ne sçait pas s'il y a des peines contre les femmes qui paroissent toujours en certains lieux et continuent à faire des enfans, ce qui perpétue cette race de vagabonds qui n'ont ny foy ny religion et qui sont innutille à l'estat.

10o Les bains publics sont scandaleux par le mélange des sexes; on voit, en esté, des garçons de 15, de 20 et mesme des hommes faits paroistre tout nus sur les quais, sur les batteaux et près des plates, à la veue de tout le monde, ce qui est un spectacle infàme parmy des chrestiens et très dangereux à la pureté des jeunes personnes qui en prennent de mauvaises impressions. Il n'y a que l'autorité du Roy qui puisse y porter remède.

11o La pluspart des nouveaux catholiques ne font pas leur devoir, ilz envoyent leurs enfans hors du royaume, pour éluder les déclarations de Sa Majesté. Il faudroit les obliger d'en rendre compte et leur oster l'éducation de leurs enfans en confiant celle des filles aux maisons de la Propagation ou de quelque autre communauté de religieuses, et celles des garçons à des communautés de religieux ou à des séminaires, et prendre leur pention sur les biens des consistoires lorsque les parrans ne peuvent la fournir.

12o Les farceurs montent sur le théatre, mesme les jours de dimanche et de feste, représentent des spectacles peu honnestes, ce qui est contre les bonnes mœurs; des débauchés courent à des heures indues par la ville en faisant de grands bruits qui troublent le repos public, en chantant des chansons impudiques qui scandalisent et criant quel

(1) Le mot est en surcharge, le copiste avait écrit inprimerie.

quefois au vouleur et au feu, ce qui alarme les quartiers.

13° Les églises sont toujours prophanées par les rendèsvous et les cajolleries des hommes et des femmes et par des crimes honteux qui s'y commettent à certaines heures qu'elles ne sont pas fréquentées. Il faudroit qu'elles fussent fermées apprès l'office divin et faire quelque punition exemplaire des profanations.

Remèdes généraux. 1o Establir en chaque généralité des inspecteurs pour veiller à l'exécution des ordonnances de Sa Majesté.

2o Establir des écoles de pauvres dans les bourgs et parroisses où il y auroit 7 à 800 communians, en imposant sur les communautés la somme de 100 1. ou 120 l., pour estre employé à la subcistance des maistres d'escolle, sans divertissement, comme Sa Majesté l'a permis par son arrest du Conseil du 18 septembre 1665.

(Arch. de la ville de Lyon, série G. G., Chappe xix, p. 442).

XVI

(Vers 1694)

Mémoire des bonnes œuvres entreprises par la Compagnie du Sainct-Sacrement de l'autel de Lyon, en divers temps et qu'elle a résolu de revoir pour examiner celles où elle peut agir pour les perfectionner (1).

La Compagnie a procuré une confrérie de l'Adoration perpétuelle du Très-Sainct-Sacrement de l'autel dans l'Hostel-Dieu et dans les parroisses de Ste-Croix et de St-Nisier, et un ordre pour faire que les parroissiens allient tous les après midy adorer le Sainct-Sacrement chascunq à son tour.

On en a procuré l'exposition, bénédiction et des messes solemnelles tous les jeudis à Ste-Croix, St-Pierre-le-Vieux, (1) Au dos: Mémoire de bonnes œuvres.

St-Nisier, avec une prédication sur ce subjet tous les premiers dimanches du mois, à Ste-Croix, et la bénédiction après les vespres.

On a encor procuré que l'on accompagne le SainctSacrement et que le dais soit porté par 2 eclésiastiques en surplis, lorsqu'on le porte aus malades; l'exposition, procession et bénédiction à St-Paul tous les vendredis; la bénédiction tous les jeudis à Ste-Magdelaine en Bellecourt, avec des prières pour les agonisants. Elle a procuré, dans la mesme église ou chapelle, l'association pour la conversion des pécheurs, avec l'exposition et bénédiction du Sainct-Sacrement, après une prédication sur ce subjet et une amande honorable à cinq jours de l'année, ausquels il y a indulgence plénière.

On veille à ce qu'il y aye tousjours des lampes ardentes devant le Très-Sainct-Sacrement, partout où l'on peut avoir le crédit pour cela et on invite Mrs de la Compagnie de servir la messe autant qu'ils le pourront.

Elle travaille depuis longtemps pour procurer le respect dans les églises, en chasser les mandiants, les enfans et les chiens, aussy bien que la causerie, à quoy l'usage des chères qui s'y est introduit contribue beaucoup. On les avoit une fois banny de St-Jean et de Ste-Croix, mais elles y sont revenues.

Elle prend aussy soing que les églises soient en bon estat réparées et ornées.

Il seroit bien bon de procurer un autre employ du revenu de la confrérie du Sainct-Esprit au Plastre, melhieur que celuy qui s'en fait.

Cette compagnie a tousjours souhaité et travaille à réprimer les jurements, blasphêmes, il faudroit pour cela faire renouveller et exécuter les ordonnances et arrêts sur ce intervenus.

Il faudroit (1) s'opposer à toutes sortes d'hérésies et impiétés.

(1) Ces deux mots biffés.

Empescher les juifs de séjourner ny de négotier en cette ville. On a mesme eu la pansée de les faire chasser de tout le royaume, où il ne leur est pas permis de s'establir ny demeurer, néantmoins on a sceu qu'il y en avoit un grand nombre du costé de Bayonne qui commettent des grands sacrilèges et impiétés. Ils sont establys à Metz.

On s'est tousjours opposé aus bohêmes et tasché de faire exécuter les ordonnances, reiglements et arrêts sur ce faits, par lesquels les hommes doibvent estre mis aus galères et les femmes emprisonnées et rasées pour la première fois, et la deuxième fouettés, et, ce qui est de plus important, leurs enfans doibvent estre mis et eslevés dans les hospitaux, avec les autres enfans exposés, à la religion catholique.

On ne trouve pas qu'il y ayt rien d'ordonné contre les femmes, il faudroit chercher les moyens de faire ordonner quelque chose contre elles, et que [les] officiers seroient tenus et obligés de tenir la main à l'exécution, à peine d'en respondre (1).

Il seroit bon de faire la mesme chose contre les vagabonds, gens sans adveu et mandiants valides, de les enfermer dans des ateliers publicqs establis pour les faire travailler, comm'il se fait en Hollande, et de renvoyer les invalides dans leurs parroisses, pour y estre nourris, soit de leurs biens et droits qu'ils abbandonnent souvent par fainéantise, soit par leurs plus proches parents, ou mesme de la 24o partie de la dixme due aus éclésiastiques, ainsy qu'il a esté ordonné par le Parlement de Grenoble. Les enfans de marchands, sans bien et sans employ, pourroient estre mis au mesme rang.

Les femmes et filles desbauchées, scandaleuses et de mauvaise vie fouetées sans autre forme de procès, et ceux qui les logeront et favoriseront condamnés à une amande

(1) Article bâtonné.

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