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que, et serait le fléau des particuliers. si elle n'était contenue par la constitution et toujours dépendante du pouvoir exécutif, conservateur de l'ordre. Il faut donc que, subordonnément à l'ordre établi par les principes constitutionnels, l'armée et les gardes nationales soient soumises au monarque, comme le monarque luimême doit être soumis à la loi.

XIV.

› Nous réunirons tous nos efforts pour obtenir la plus prompte expédition des affaires; accélérer la conclusion si désirable ¡de nos travaux, et surtout pour maintenir l'union entre toutes les parties de ce vaste empire dont l'intérêt est si essentiellement de former un seul et même corps, sous la protection et la dépendance de la loi et du roi.

XV.

› Pour parvenir au but que nous nous proposons, nos moyens sont la justice, la vérité, la constance. »

Cet ultimatum est signé seulement LES IMPARTIAUX. Nous l'avons extrait du 1er numéro d'un journal ayant pour titre: Journal des Impartiaux, rédigé par M.Salles de la Salle, avec cette épigraphe: justice, vérité, constance (1). Nous y trouvons aussi le réglement de la société. On y voit que, seront, de droit, membres du club, tous les représentans qui signeront la déclaration de principes; que l'on recevra membre adjoint, ayant droit de proposer des motions, et voix consultative, toute autre personne présentée par un membre de la société, et agréée par le Directoire, qui signera la déclaration de principes; qu'il y aura un directoire chargé de l'organisation du travail de la société, et composé du bureau et de sept membres qui se renouvelleront par moitié tous les quinze jours; qu'il y aura une garde constamment présente au club, composée d'adjoints désignés par le directoire, etc.

(1) M. Deschiens, dans sa bibliographie des journaux, inscrit celuilà à la date de février 1791. Le 1er numéro que nous avons sous les yeux porte expressément : du 4 février 1790. D'ailleurs, il renferme l'analyse de la séance royale du 4 février 1790, relative au serment civique, ce qui ne laisse aucun doute sur sa vrai date. Quant à la déclaration des impartiaux que nous en avons extraite, elle avait été imprimée seule quelque temps auparavant.

Ce réglement des impartiaux, le manifeste surtout, furent violemment attaqués particulièrement par Loustalot; et il est très-remarquable que les journaux de Carra, Condorcet, Brissot ne parlèrent de cette démarche qu'à titre de nouvelle. Cependant les brochures de l'opposition continuaient à être très-nombreuses. C'était un vrai scandale aux yeux des patriotes. L'aristocratie (style de l'époque) imagina de mettre en couplets les séances de l'assemblée.

AIR: Paris est au roi.

Monsieur Guillotin,
Ce grand médecin,
Que l'amour du prochain
Occupe sans fin,

S'avance soudain,

Prend la parole enfin',

Et d'un air benin,

Il propose

Peu de chose

Qu'il expose

En peu de mots;
Mais l'emphase

De sa phrase
Obtient les bravos

De cinq ou six sots.

Monsieur Guillotin, etc.

AIR En amour c'est au village.

Messieurs, dans votre sagesse,
Si vous avez décrété

Pour toute humaine faiblesse

La loi de l'égalité :

Pour peu qu'on daigne m'entendre,

On sera bien convaincu

Que s'il est cruel de pendre,

Il est dur d'être pendu.

AIR: De la Baronne.

Comment donc faire

Quand un honnête citoyen,

Dans un mouvement de colère
Assassinera son prochain?

Comment donc faire?

En rêvant à la sourdine
Pour vous tirer d'embarras,
J'ai fait faire une machine
Qui met les têtes à bas.

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AIR: Quand la mer rouge apparut.
C'est un coup que l'on reçoit
Avant qu'on s'en doute;
A peine on s'en aperçoit,
Car on n'y voit goutte.
Un certain ressort caché,
Tout à coup étant lâché,
Fait tomber, ber, ber,
Fait sauter, ter, ter,

Fait tomber,

Fait sauter,

Fait voler la tête;

C'est bien plus honnête.

:

Malgré la prodigieuse gaîté des aristocrates chantans, dit à cette occasion Desmoulins, je doute qu'ils fassent rire les aristocrates pleurans. On assure que ce journal est le recueil facétieux des couplets que chantait naguère la table ronde des aristocrates à ses petits soupers chez le BOURREAU de Paris. ›

Cette phrase par laquelle le bourreau de Paris était accusé d'avoir prêté sa maison à des réunions aristocratiques, eut des conséquences assez plaisantes. M. Sanson, le bourreau, fit assigner C. Desmoulins, auteur d'un libelle intitulé ; Révolutions de Brabant, à comparaître devant le tribunal de police pour être condamné à des dommages et intérêts à titre de réparation d'honneur.

FÉVRIER 1790.

Le travail de la division départementale continua d'occuper l'assemblée; il fut encore l'aliment habituel de ses séances; les interruptions furent aussi fréquentes qu'elles l'avaient été dans le mois précédent, et elles se succédèrent avec non moins d'irrégularité. Le désordre est tel, que chaque fois que nous commençons une de ces périodes mensuelles que nous avons choisies à défaut d'autres, à défaut de périodes logiques, c'est, pour nous un nouveau problème que de trouver les moyens de rattacher à un ordre de succession quelconque cette variété de discussions, d'interruptions, d'incidens, qui n'ont de commun que le désordre même qui les produit et les jette du dehors, sous les yeux des commissions, puis sous les yeux de l'assemblée.

Parmi ces interruptions qui venaient se faire jour à travers les débats habituels, les unes avaient lieu par continuation; c'étaient des affaires non terminées, ou qui ne voulaient pas se terminer, et dont l'assemblée se trouvait de nouveau embarrassée. Telle fut celle de Rennes, telles furent celles relatives aux troubles des provinces; telles furent celles de finances; telles furent enfin celles relatives à l'exécution des lois portées par l'assemblée. Parmi ces affaires, plusieurs commandaient une continuation. Ainsi les troubles des provinces mirent en demeure le comité des droits féodaux de présenter une nouvelle loi sur le rachat de ces droits; et de là, émana une discussion sur le droit d'aînesse. La question financière rappela la question des biens du clergé ; de là, on fut conduit à demander une constitution ecclésiastique. Quant à l'exécution des lois antérieurement portées par l'assemblée, quelquesuns des problèmes à résoudre étaient peu importans, et ne méritent pas d'être mentionnés; dans les autres, un seul doit être eité c'est un décret sur les municipalités, que nous verrons bientôt, qui ne fut pas sans conséquence sur les élections, ni sur l'esprit des conseils municipaux qui en émanèrent, car il eut pour résultat d'augmenter le nombre des électeurs, etc.

Il faut établir une seconde classe d'interruptions, celles qui étaient en quelque sorte improvisées. C'étaient des faits particuliers qui venaient solliciter une décision.

C'était un événement diplomatique ; c'était un rapport du comité d'agriculture qui proposait le desséchement des marais. Les pétitions émanées d'intérêts individuels ne méritent point d'être citées, sauf une seule qui donna lieų à une proposition de Mirabeau qui, plus tard, fut convertie en loi. Il s'agissait d'un jeune homme, dont la famille demandait la séquestration, se fondant pour cela sur des motifs de la dernière gravité, et avérés d'ailleurs. Mirabeau à cette occasion, proposa l'établissement de tribunaux de famille, pour juger ces cas où il faut sévir contre la jeunesse, dans un simple intérêt de correction, et comme addition à la puissance paternelle. L'assemblée passa à l'ordre du jour.

L'incident qui eut le plus d'influence sur les événemens extérieurs, fut une visite du roi à l'assemblée, faite le 4 février, et la prestation du serment civique. Cette séance fut l'occasion d'un entraînement qui se propagea dans presque toute la France, et se témoigna par des cérémonies religieuses, des fêtes, des fédérations. L'accueil que reçut la démarche royale, donna carrière aux espérances de l'opposition; et comme elle n'avait point à compter sur le présent, elle crut qu'un changement serait favorable à ses voeux. Le 17 février, Cazalès proposa à la tribune la dissolution de l'assemblée nationale. Mais la majorité lui répondit en répétant le serment du 20 juin 1789.

En rendant compte des diverses interruptions qui vinrent rompre la continuité du travail de l'organisation départementale,` nous avons exposé l'ordre que nous suivrons dans la classification des diverses séances dont nous allons raconter les débats. Nous terminerons par la séance royale, parce que c'est elle qui donne ouverture à tous les mouvemens de place publique, dont nous devons aussi entretenir nos lecteurs.

:

PROVINCES.

Dans la plupart des provinces, on commençait à mettre à exécution la loi sur les municipalités, votée par l'assemblée nationale. En beaucoup de lieux, sinon partout, ce fut une cause de troubles ou au moins d'animosités ajoutée à toutes celles qui existaient déjà. Ces divers partis cherchaient à s'emparer du pouvoir communal. Ici, c'étaient les royalistes et les révolutionnaires qui luttaient; là, c'était entre les gens du Tiers-état quc régnait le débat : les uns se présentant comme plus amis de l'ordre, les autres comme de meilleurs et de plus conséquens défenseurs de la révolution. Dans plus d'une ville, il y cut des émeutes. Il y en eut où chaque parti élut sa municipalité particulière. L'assemblée fut consultée sur un fait de ce genre.

Dans plusieurs provinces, l'affaire des subsistances était loin de prospérer; et ce motif d'attroupemens venait se combiner avec les intrigues électorales.

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