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les habitans de cette province. Aussi, dit-on proverbialement que le diable est venu chez les Basques pour apprendre leur langue, et qu'il n'a pu en venir à bout....

› Ce proverbe vient de vous faire rire : cependant il renferme une vérité profonde. Les proverbes sont la sagesse des hommes. Aucunes langues ne présentent entre elles autant de difficultés que le basqué et le béarnais.

› L'italien, l'allemand et l'anglais ont leur source commune dans le latin et dans les langues du Nord. Le basque est la véritable langue antique.... Les Basques n'ont pas de métayers, pas de valets; ils cultivent eux-mêmes. S'ils allaient ailleurs faire leurs affaires, ils ruineraient leurs affaires. Le vingtième de leur pays est cultivé ; le reste n'est pas cultivable : ils sont très-forts, et ne pourraient vivre ailleurs.... A peine trouvera-t-on dans cette contrée des familles assez aisées pour fournir des éligibles à l'assemblée nationale. Le Béarn, par cette réunion, nommera tous les représentans; le pays des Basques n'en aura jamais.

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M. de Rochebrune, député du Béarn, assure que les Basques ont une très-grande facilité naturelle pour l'étude des langues; que beaucoup d'entre eux savent le béarnais et le français, et que c'est surtout en Béarn qu'ils vendent leurs laines; que le Béarn n'a ni demandé ni désiré que les Basques lui fussent réunis ; que l'intention que lui suppose le préopinant n'est donc pas juste....›

Un député du pays des Basques fait cette courte observation ; Tout ce que vous ont dit MM.Garat, mes collègues, est trèsjuste; l'impossibilité résultante de la différence d'idiome est évidente. Voulez-vous en juger? Ordonnez des conférences entre les députés basques et béarnais; qu'ils parlent chacun leur langage: qui rédigera le procès-verbal de ces conférences?... »

L'assemblée, en suivant l'avis du comité, décrète la réunion du pays des Basques et du Béarn.

M. Garat le jeune a dit encore, après le décret : « Il me resté un devoir à remplir; il m'est prescrit par mes commettans, par ma raison, par ma conscience: nulle chose au monde ne pour

rait me le faire oublier. Dans une délibération unanime, ma

province proteste..... »

On interrompt l'opinant, en le rappelant à l'ordre.

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M. Desmeuniers prend la parole: «J'ai, dit-il, à vous dénoncer une manœuvre coupable, mais si ridicule, que mes conclusions seront très-modérées. Les volontaires nationaux de Lille ont adressé à M. le président une lettre et deux libelles qui ont quelque rapport avec moi, puisqu'on m'en dit l'auteur. L'un est intitulé: Le Génie des Belgico-Flamands aux provinces belgico-françaises. L'autre porte ce titre : Adresse aux provinces sur les opérations de l'assemblée nationale, par M. Desmeuniers, président de cette assemblée. A Paris, chez Baudouin, imprimeur de l'assemblée nationale.

Je demande seulement que sur le procès-verbal on fasse mention de ma réclamation contre cette calomnie. Si l'on avait mis par M. Desmeuniers, député, je n'aurais rien dit; mais je n'ai pas cru devoir passer sous silence un fait qui compromet l'assemblée, par la qualité qui m'est donnée.

M. Charles de Lameth ajoute : « On connaît mon opinion sur les libelles, quand ils ne concernent que des particuliers. Lorsqu'ils tiennent à l'ordre public, ils ont vraiment quelque importance. Un libraire de Paris est venu s'accuser à moi que, ne gagnant rien à imprimer de hons ouvrages, il s'était déterminé à publier des libelles, et qu'il en sortait de ses presses vingt mille exemplaires par semaine. Il y a très-peu d'imprimeurs à Paris qui n'en fassent autant. Ces libelles sont envoyés dans les provinces belgiques et frontières. Le libraire dont je viens de parler m'a dit que ces vingt mille exemplaires étaient pour l'Alsace et pour la Lorraine. Metz est un entrepôt considérable de ce commerce atroce. Je n'ai préparé aucun décret qui puisse concilier la liberté de la pensée avec la liberté nationale; mais j'ai cru devoir indiquer un objet intéressant pour les amis de la révolution. ›

Un membre observe que depuis long-temps on cherche à ébranler la fidélité des provinces belgiques. Des libelles, revêtus

de signatures authentiques, ont été remis au comité des recherches. M. Emeri a été chargé d'en prendre connaissance sur la dénonciation de 2,000 citoyens, les plus notables de la ville de Lille. On n'en a cependant point fait de rapport, et on dit que ces pièces sont perdues. L'assemblée doit prendre connaissance de ces faits....

M. le Clerc représente que le préopinant, qui a dit que beau→ coup d'imprimeurs de Paris publiaient des libelles, aurait pu restreindre son assertion aux particuliers très - nombreux qui viennent de lever des imprimeries. Il a assuré que pas un des 36 imprimeurs de Paris n'imprime des libelles,

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M. Emeri a ainsi expliqué le fait des libelles: Voici, a-t-il dit, ce qui est à ma connaissance. On a envoyé au comité des recherches, un ouvrage contre les décrets de l'assemblée, signé, LEFEVRE, avocat, à Lille. Un autre libelle a été arrêté à Ypres, ainsi qu'une délibération du bureau renforcé du Cambrésis. Une autre pièce, de la même orthographe que l'écrit de l'avocat de Lille, m'a aussi été remise. Elle contient une protestation contre les pouvoirs des députés qui ont concouru à vos décrets, et elle est signée des commissaires nobles et ecclésiastiques du Cambrésis. J'ai fait le rapport de ces pièces au comité des recherches; je n'aieu que mon opinion particulière, etje ne dois pas m'occuper ici de celle de ce comité. On a dit ensuite que ces pièces étaient perdues. Les membres du nouveau comité m'ont appelé, et ces pièces se sont retrouvées dans le carton où elles avaient été placées. J'ai fait part à ces messieurs d'une lettre originale, écrite par un homme de Villeneuve-de-Berg, au comité municipal de Metz, pour demander un nouvel envoi des libelles, dont cette dernière ville est l'entrepôt. Ce particulier croyait que le comité des recherches vous ferait bientôt sans doute un rapport au sujet de toutes ces pièces.

Mais je crois qu'il importe au salut public de prendre des précautions efficaces, et je demande que le comité de constitution soit chargé de présenter incessamment une loi sur la liberté de la presse.

M. d'Estourmel a appuyé cette motion ses cahiers lui ordonnent d'exiger la garantie des auteurs, libraires et imprimeurs.

M. de Montlausier dit que l'assemblée ne peut se dispenser de prendre un parti sur la réclamation faite par le régiment du Maine.!

M. Salicetti demande que l'assemblée prenne le parti de renvoyer cette affaire au comité des recherches. Si les faits énoncés par les citoyens de Bastia sont faux, les calomniateurs doivent être punis. S'ils sont vrais, le régiment du Maine ne doit pas rester sans punition. ››

M. Duport représente la nécessité de faire une adresse aux commettans, dans laquelle serait développé l'esprit des décrets, afin de les prémunir contre les suggestions perfides des ennemis de la patrie et de la liberté.

Deux députés annoncent que l'adresse aux provinces a été condamnée au feu par les officiers municipaux de Romans et de Nantes..

M. Dufraisse-Duchey dénonce le journal de Paris, le journal des Révolutions, et le journal de M. Marat, intitulé l'Ami du Peuple, et demande qu'il soit défendu à tout membre de l'assemblée de faire un journal.

L'assemblée délibère et décide successivement:

1° Que le récit de M. Desmeuniers sera inséré dans le procèsverbal;...:

2° Que le comité de constitution sera chargé de présenter incessamment un projet de réglement sur la liberté de la presse; 3° Qu'il sera rédigé une adresse aux commettans, conformé ment à la motion de M. Duport.

On a fait lecture d'un projet de décret porté au bureau, conçu en ces termes : L'assemblée décrète qu'il sera nommé un comité de quatre personnes chargées d'examiner tous les journaux, nommément l'Ami du peuple, les Révolutions et le journal de Paris. Il fera à l'assemblée le rapport de ces écrits, qui seront envoyés au procureur du roi du Châtelet. ›

On demande de toutes parts le nom de l'auteur de cette

motion.

M. de Laborde propose de lui faire lire la déclaration des droits.

La question préalable est invoquée.

Après la première partie de l'épreuve, M. Dufraisse-Duchey demande à retirer le projet de décret dont il est l'auteur.

L'épreuve est continuée, et l'assemblée décide qu'il n'y a pas jieu à délibérer.

Lettre de MM. les volontaires nationaux de Lille, énoncée par M. Desmeuniers dans son opinion ci-dessus.

Dunkerque, le 9 janvier 1790. • Monseigneur, les volontaires de la ville de Dunkerque se sont empressés de témoigner leur respect, leur adhésion, leur obéissance aux décrets de votre auguste assemblée. Ils persistent plus que jamais dans ces sentimens. Ils vous promettent de nouveau ils jurent qu'ils sont prêts à soutenir, au péril de leur vie, une constitution qui convient vraiment à des hommes libres.

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> Ils vous remettent, monseigneur, deux libelles qui se répandent dans nos provinces, et dont vous avez peut-êtrẻ intérêt de rechercher les vils auteurs. N'en concevez cependant nulle alarme, nous ne doutons pas de la fidélité d'un peuple qui s'estime heureux de faire partie de la nation française; nous vous conjurons du moins d'être persuadé que rien n'égale la nôtre, et qu'on ne peut être avec des sentimens plus respectueux.

› Signé nominativement par les membres du conseil d'administration de la garde bourgeoise de Dunkerque, pour ses volontaires.

› P. S. Le libelle a été adressé à notre comité, sous le timbre de la ville de Cambrai, et nombre d'exemplaires ont été répandus avec profusion dans cette province. »]

SÉANCE DU 20 JANVIER.

[L'assemblée était encore occupée de l'organisation départe mentale, lorsque l'abbé Siéyès demanda la parole au nom du

T. IV.

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