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DE L'IMPRIMERIE DE Mme Ve JEUNEHOMME.

RUE HAUTEFEUILLE, No 20.

DE

FRANCE,

PENDANT

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE;

PAR CHARLES LACRETELLE,

MEMBRE DE L'INSTITUT, PROFESSEUR D'HISTOIRE A L'ACADÉMIE
DE PARIS.

TOME SIXIÈME.

A PARIS,

CHEZ F. BUISSON, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
RUE GILLES-COEUR, N° 10.

LENOX LIBRARY

NEW YORK

HISTOIRE

DE

FRANCE,

PENDANT LE XVIIIe SIÈCLE.

LIVRE DIX-SEPTIÈME.

TABLEAU DES MOEURS, DES LETTRES, DES
SCIENCES ET ARTS, DU COMMERCE, etc.,
AVANT LA RÉVOLUTION.

des esprits

après la

prix de 1783

LES grands mouvemens et les chances Disposition diverses d'une guerre vraiment nationale, avaient dissimulé la faiblesse dugouvernement; elle se manifesta par degrés dans les années qui suivirent la paix. Si les momens les plus heureux pour les nations sont ceux où l'autorité se fait sentir avec douceur, il faut tout craindre lorsqu'on la voit timide et vacillante. C'était pourtant alors un sujet de joie général, que de remarquer dans le monarque et dans son conseil une irrésolution qui flattait l'esprit d'indépendance de tous

lès Français. A l'ombre de vieilles institutions, qu'on croyait encore celles d'une monarchie absolue, la cour devenait une espèce de république, et la France se réglait sur l'exemple de la cour. Un peuple aimable jouissait sans tumulte d'une situation qu'embellissaient tous les prestiges de l'espérance. Tandis qu'on était le jouet de l'empire des circonstances, on se regardait comme sous l'empire des lumières. Le roi, qui ne savait sur rien se mettre en évidence, perdait le mérite de ses plus heureuses pensées, de ses travaux les plus louables. Lois nouvelles, monumens nouveaux, on croyait avoir tout voté en commun. Mille réputations s'élevaient dans l'absence des grandes renommées. Les grands corps de l'état, agités en sens contraire, ne montraient ni plus d'énergie ni plus de persévérance dans leurs résolutions que le souverain. Tous les ressorts de la monarchie se relâchaient; aucun ne se rompait avec éclat. Des milliers de réformes projetées ne faisaient naître aucune idée de bouleversement ni de révolution. On regardait comme une hypothèse non-seulement admissible, mais désirable, que la France subît en peù d'années plus de changemens qu'elle n'en avait

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