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Houveaux corps en Lithuanie. On affure même que le général Romanius a contracté des enga gemens avec quelques entrepreneurs pour l'approvifionnement & la fubfiftance de so mille hommes pendant une année. Les troupes qui font aux ordres de ce général, ne fe montent pas à ce nombre; mais elles feront, dit-on, renforcées par un corps de 10 mille hommes de l'armée de Romanzow, dont quelques détachemens font deftinés à fe rendre en cette capitale. Les Pruf fiens, de leur côté, font en mouvement pour fe rendre au camp de Graudentz; on en porte le nombre à 40 mille.

Dans ces circonstances, qui ne préfentent pas une perspective ri.nte à la république, les Tartares qui étoient venus s'établir en Pologne fous le regne du roi Jean Cafimir, ont conçu le deffein d'en fortir. On affure que le grand feigneur leur accorde une grande étendue de terrein pour former un nouvel établissement en Moldavie & en Valachie. Ces Tartares font les mêmes qui firent préfenter à la diete un mémoire par lequel ils de mandoient la permiffion de bâtir des mofquées, & qu'un certain nombre d'entr'eux, recomman dables par leur naiffance, par leurs talens ou leurs fervices, fût aggrégé au corps des nobles Polo nois, & participât à tous leurs privileges. La diete n'eut aucun égard à leurs plaintes, mais aujourd'hui le confeil permanent s'occupe de cet objet intéreffant. Si cette émigration s'effectue, la Pologne perdra un grand nombre de bons foldats & de fujets fideles, qu'il lui eft important de conferver,

Il est d'usage que chaque diete établie un tribunal fupérieur, appellé en polonois Dieunal, & dont les fonctions font de juger en dernier reffort tous les crimes d'état, & la prévarication des juges des autres tribunaux qui auroient été fufceptibles

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de fe laiffer corrompre. Les membres de cette cour fouveraine, qui font tirés, ainfi que ceux du confeil permanent, des ordres de la république, ont été nommés par la diete, qui a choifi, en même tems, le prince Poninski pour les préfider. L'établiffement du 'confeil permanent faifoit préfumer que la cour diétinale n'auroit plus lieu; mais les adverfaires du confeil, cherchant à reftreindre fon pouvoir, font parvenus à en faire confirmer la continuation par la diete.

On a fait une nouvelle répartition des taxes concernant les chéminées, & les villes ont été divifées en deux claffes. Les châteaux, palais & mo nafleres de Warfovie payent 15 florins polonois par an, pour chaque feu; les maifons du quartier pruffien, 24; les maifons de pierre des endroits où il n'y a point de commerce, 10 florins; celles des faubourgs, 8; celles qui font bâties le long de la Viftule, 6; on n'en paie que 4 dans les petites villes. On a auffi divifé les villages en deux claffes; ceux de la premiere paient 7 florins, & ceux de la feconde, 5. Ces taxes produiront de grandes fommes, fi l'on parvient à les percevoir.

Les droits de timbre ont été fixés auffi. Une feuille de papier timbré pour le privilege néceffaire à quiconque obtient un évêché, un palatinat, une place de miniftre, eft taxée à 60 ducats; pour une châtellenie, 40; pour une place d'officier titulaire, 12, ainfi que pour une charge à la cour, telle que de chancelier, gentilhomme de la cham bre, &c. 25 pour une des charges de la couronne; pour l'indigenat; 200 ducats; pour un diplôme de gentilhomme polonois, 50. On n'en tend par-là, que le prix du papier timbré néceffaire à ces expéditions; le refte fe paie à part, com me ci-devant.

On avoit dit d'abord que 5 nonces feulement ~ s'étoient retirés de la diete, en protestant contre

tout ce qui s'y eft fait; mais on fçait aujourd'hui. qu'ils font au nombre de 7, parmi lefquels on compte le général-major Wilczewski. Ces nonces, dont le zele & le défintéreffement le font foutenus avec la plus grande fermeté dans le cours de la diete, ont porté leurs proteftations aux grods, où elles ont été admifes fans aucune difficulté. Leur exemple a déjà été imité par une partie de la nobleffe; & chaque jour voit éclore des manifeftes de fimples gentilshommes contre les opérations de la délégation & de la diete; on en compte déjà II, qui ont été déposés au feul grod de Lencicye. On diftingue parmi ces pieces, celle que le prince Czetwertynski a remife au grod de cette capitale. Il y expofe, avec beaucoup d'ordre & de'précifion, tout ce qui s'eft paflé à la diete depuis fon ouverture en 1773; il prouve qu'on y a travaillé de concert à faper les conftitutions fondamentales de la république, & à confommer fa ruine, & il finit par démontrer l'illégalité & la nullité de toutes ces opérations. Ce manifefte, imprimé en langue polonoife, eft très bien rédi gé, & l'on préfume qu'il eft l'ouvrage de plufieurs perfonnes diftinguées par leurs lumieres & leur zele, entre lefquelles on nomme particulierement le grand maréchal prince Lubomirski. Ces actes de patriotifme n'ont pas eu l'approbation de l'ancien maréchal Poninski; il a remis au confeil permanent une note par laquelle il demande qu'il foit procédé contre ces nonces, comme réfractaires à l'autorité de la république. Le confeil, déférant aux defirs du printe Poninski, a préfenté une note pour le même objet aux trois miniftres, dont il vouloit connoitre l'intention; mais celui de la cour de Berlin a déclaré qu'il ne fouffriroit pas qu'on portát aucune atteinte aux droits & libertés des nonces. En effet leur démarche eft autorisée par les loix du royaume, & ils ont le droit in-,

conteftable de protefter contre les opérations auxquelles leur confcience ne leur permet pas de foufcrire.

Un manifefte qui n'a pas fait tant de sensation eft celui du prélat Garampi, nonce du pape; y proteste contre tous les avantages accordés aux diffidens par la derniere diete, & rappelle en même tems la proteftation faite pour le même objet en 1768, par le prélat Durini, fon prédéceffeur. Les diffidens, de leur côté, continuent de demander des indemnités des pertes que les confédérés de Bar leur ont fait éprouver; & comme le gouvernement ne paroit pas disposé à s'occuper de cette demande, ils ont réfolu, dit-on, de s'adreffer aux miniftres des trois puiffances.

Bien des perfonnes ont foupçonné le prélat Mlodziejowski, évêque de Pofnanie, & grandchancelier de la couronne, d'avoir favorifé les vues de ceux qui ont contribué aux malheurs də la Pologue; mais elles ont eu lieu d'en être défabufées par le difcours que ce prélat prononça à la clôture de la diete. Cette piece eft remarquable, & digne de la curiofité du public: en voici la-traduction.

C'est en ce jour que va fe terminer une diete convoquée non par conviction de fon utilité, mais uniquement en cédant à un malheur prépondérant; non de l'avis libre du fidele confeil de S. M. mon très gracieux fouverain, mais par les menaces des puiffances voifines; pour éviter un danger encore plus grand, plutôt que par le befoin de pourvoir au bien général; une dieto enán néceflitée par des circonftances dont l'on ne trouve point d'exemple dans les annales de la patrie ni. dans l'histoire étrangere des tems les plus reculés.

Elle va fe féparer, cette diete, qui n'a été afsemblée que pour la confervation de notre bien-être quelconque, & afin de détourner le bras qui alloit porter les coups les plus funeftes a l'exigence de la république, que l'on a enfuite prolongée jufqu'au terme de près de deux ans, d'une maniere inufitée, fous le lien l'une confédération, contre la forme légale, contre les conftitutions, & fạng

exemple; le tout uniquement pour conjurer l'orage que les menaces les plus terribles annonçoient, & peutêtre même la perte totale de la nation.

S. M. laiffe au jugement de la poftérité de prononcer fur les conftitutions & les arrangemens faits dans cette diete, & que l'on ne peut regarder que comme dictés par le deftin le plus dur & le plus cruel. Eile reconnoit que le feul devoir que la prudence lui prescrive en cette conjoncture, eft de fe foumettre à l'injuftice de la force majeure, & à un fort que ne peut ni re pouffer ni éviter une nation fans fubordination fans force, abandonnée de fes alliés. Dans un épuisement auti général, dans une privation totale de fecours, au milieu des troubles domeftiques, les membres voulant une chofe, le chef tout le contraire, les confeils meme les plus falutaires doivent néceffairement échouer & refter fans effer.

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Il eft certainement bien douloureux pour S. M. des ne point recueillir les fruits qu'elle pouvoit fe promettre des travaux immenfes qu'elle a entrepris, des foins continuels qu'elle s'eft donnés, de l'application non interrompue qu'elle a vouée, dès fon avénement au trêne,. pour relever la nation', & lui acquérir un nouveau luftre dans l'Europe. Il lui eft bien plus douloureux encore de ne pas goûter feulement, mais de devoir avaler jufqu'à la lie cette coupe d'amertume, & fupporter cette chaî ne d'adverfités dont le gouvernement confié à fes mains a été accablé, malgré tous fes foins, malgré tous les mo yens qu'une prudence circonfpe&te pouvoit lui fuggérer. I eft inutile de s'étendre d'avantage pour démontrer une vérité que la plus craffe ignorance des faits reconnoit, que la haine aveugle doit avouer, à laquelle l'ingratitude la plus lâche, la plus noire, vaincue par la perfuafion intime de la conscience, ne peut refuser fon témoignage.

L'amour de la république, de notre patrie commune, dirigeoit toutes les démarches du roi. Dans les affaires tant publiques que particulieres, il n'avoit pour guide que le defir le plus ardent de procurer le bien-être général. Notre malheur actuel ne peut donc s'imputer au préfent gouvernement, parce que ce n'eft que fous ce regne que nous l'éprouvons: il tire fa fource de vices primitifs, bien antérieurs à l'époque où nous vivons & qui nous ont néceffairement conduits à cette iffue malheureufe ; elle devoit certainement arriver tôt ou tard.

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