Page images
PDF
EPUB

DANEMARCK.

COPENHAGUE (le 20 Mai.) On publia ici, le 13 de ce mois, un édit du roi, qui diminue d'un tiers la valeur d'une espece de fous frappés en 1751, de forte que trois de ces pieces n'en valent plus que deux; & met en même tems hors de cours tous les liards de cuivre frappés en 17, 45, 51,55 & 62. La réduction fubite de ces monnoies, qui ne devoit cependant avoir lieu qu'un mois après la publication de l'édit, caufa beaucoup de mécontentement parmi le peuple, par la difficulté qu'il trouva à fe défaire de ces pieces. La plûparc des ouvriers qui venoient de les recevoir pour leur falaire, ne pouvant fe procurer les denrées dont ils avoient befoin, firent éclater leurs plaintes. Le bruit s'étant répandu en même tems, que les bitlers de banque alloient perdre auffi un tiers de leur valeur, les murmures augmenterent, & le 15 le peuple fe porta en foule tumultueuse devant le bureau de la banque, & devant le palais du roi. Pour prévenir les fuites de la fermentation générale, S. M. jugea à propos de fe montrer au peuple fur le balcon, avec le prince Fré deric & quelques feigneurs de la cour; elle fit affurer la multitude par le lieutenant- général de police, qu'elle avoit mandé près de fa perfonne, que rien n'étoit plus faux que le bruit de la prétendue réduction des billets de banque, & qu'elle promettoit une récompenfe de mille écus à celui qui en découvriroit l'auteur. Le même jour, le magiftrat de cette capitale renouvella le placard du 31 Décembre 1772, qui défend au peuple de s'attrouper, fous peine d'être puni fuivant toute la rigueur des loix. Toutes ces mesures ont calmé les plaintes, & diffipé la foule affemblée ; & depuis ce jour, rien n'a paru renouveller la crain te de l'émeute dont on avoit été menacé.

[ocr errors][merged small][merged small]

La nouvelle de la mort de la reine Caroline Mathilde ne paroit pas avoir fait une grande fenfation; jufqu'à-préfent, on a gardé fur cet événement un profond filence, tant à la cour, qu'à la ville. On dit que le roi, la reine douairiere & la famille royale prendront, à cette occafion, le deuil qu'on a coutume de porter pour une tête couronnée, après que cet événement leur aura été notifié par la cour de Londres; cependant le jeur ne prince royal & la princeffe fa fœur ont pris le grand deuil.

POLOG N E.

WARSOVIE (le 18 Mai.) le 7 de ce mois la fête de St. Stanislas, dont le roi porte le nom, fut célébrée avec plus d'appareil & de pompe qu'on n'en avoit fait paroitre depuis l'avénement de ce prince au trône. Le roi, qui, les années précédentes, évitoit de fe montrer en public, reçu le matin les complimens des fénateurs, des prélats & de l'ordre équeftre, & fe rendit feul à l'églife de Ste. Croix, dans une voiture de gala, la couronne fur la tête, précédé du Sr. Alexandrowicz, maréchal de fa cour, du comte de Bruhl, grand maitre d'artillerie, & de plufieurs nobles Polonois, tous à cheval; il étoit efcorté par un détachement de fes gardes, & fuivi par quantité de carroffes des fénateurs, magnats &c. Après le fervice divin, le roi nomma chevaliers de St. Staniflas le prince Janusz Sangusko; le comte Tyfzkiewicz, grand notaire de Lithuanie; le comte Rzewuski, grand notaire du royaume, & le comte Potocki, porte-enfeigne de la couronne. Il y eut un grand dîner, où l'on comptoit 65 chevaliers de l'ordre. Le plus ancien porta la fanté du roi dans une coupe de cristal de roche, au bruit des inftrumens & de toute l'artillerie; S. M. but à celle de tous les chevaliers avec une

coupe faite d'un coquillage de mer, garnie de diamans, de faphirs, de rubis, & dont le deffin & la gravure font d'une haute antiquité. Le foir, la con fut brillante & nombreuse, & il y eut opéra italien.

Le roi a nommé grand veneur de Lithuanie le Sr. Jofeph Zabiello, fon chambellan; cette charge étoit vacante par la démission du Sr. Zabiello, pere du précédent.

Le-confeil permanent continue de tenir fes féances à huis clos, en présence du roi, & il a été réglé qu'il s'affembleroit deux fois par femaine, le mardi & le vendredi, excepté dans les cas extraordinaires. Ce tribunal suprême est divifé en quatre départemens : le premier pour les affaires & la police intérieure; le fecond pour les affaires étrangeres, le troifieme pour les affaires militaires, & le quatrieme pour celles des finances. C'est à la diete affemblée que chacun de ces départemens fera le rapport des affaires qu'il aura terminées. On y eft actuellement occupé à former une chancellerie, & à faire choix de quelques fujets pour traduire les correfpondances en langues orientale & flavone. Les membres de ce confeil ont été pris dans le fénat, dans le miniftere, & dans l'ordre équeftre; ils font au nombre de 36, préfidés par le roi: en voici la liste, telle qu'elle paroit ici depuis quelques jours.

Sénateurs. Le comte Antoine Oftrowski, évêque de Cujavie; le prince Ignace Maffalski, évêque de Wilna; Antoine Okecki, de Chelm; Matthieu Soltyck, palatin de Sendomir; le prince Michel Radziwil, caftellan de Wilna; Ignace Twardowski, palatin de Kalifch; Jofeph Sofnowski, palatin de Smolensk; Ignace Przebendowski, palatin de Pomorski; le prince Antoine Sulkowski, palatin de Gnefne; Kryniewiecki, saftellan de Kaminiec; Jofeph Wilczewski, caf

tellan de Podlachie; Simon Szydlowski, caftellan de Zarnow; Simon Dziersbicki, caftellan de Brzezin; François Podoski, caftellan. de Ciecha

now..

Miniftres. Le comte André Mlodziej wski, évêque de Pofnanie, grand chancelier du royaume; Michel Brzoftowski, grand tréforier de Lithuanie; Wlasdiflas Gurowski, maréchal de Lithuanie; le prince Alex. Sapieha, petit général de Lithuanie.

De l'ordre équeftre. Le prince Augufte Sulkowski, maréchal du confeil permanent; Hyacinthe Malachowski, référendaire du royaume; Jean Kicki, grand écuyer du royaume; le prince Jerôme Sangusko, porte-glaive de Lithuanie; Staniflas Hadomski, chambellan de Sochaczew; Gafpar Rogalinski, ftarofte de Naklo; Pierre Suminski, ftarofte de Bobrownicki, Joseph Mnifcheck, ftrarofte de Sanok; le comte François Rzewuski, grand- maitre de la maison du roi; Antoine Dziekonski, pannetier de Wolkowysk; le prince Jer. Lubomirski; Michel Butharyn, notaire de Wolkowysk; le prince Michel Woroniecki, chambellan du roi; Ignace Kurbeniecki, juge de Pinsk; Matthieu Ziniew, ftarofte de Berzniecki; Juftinien Sczytt fils, caftellan de Livonie.

Secrétaires du confeil. Le comte André Oginski, fecrétaire du grand-duché de Lithuanie; le comte Hyacinthe Ogrodski, fecrétaire du royaume, & en même tems au département des affaires étrangeres.

On s'étoit vainement flatté que deux des puiffances co-partageantes rendroient à la république les diftricts dont elles ont augmenté leur lot, contre la teneur expreffe du traité de partage; sette espérance vient de s'évanouir en ce qui concerne la cour de Berlin. Par une ordonnance qui

en est émanée depuis peu, le roi de Pruffe enjoint aux habitans de la Grande- Pologne, en deçà de la Netze, de s'aflembler le 22 de ce mois, à Inowlocz par devant fes commiffaires, pour prêter foi & hommage à S. M. Pruf., comme à leur nouveau fouverain. Cette nouvelle prétention a répandu l'allarme en cette capitale, & occafionné l'affemblée extraordinaire du confeil permanent. On y a rendu une ordonnance qui a été envoyée fur le champ à Inowlocz & autres lieux, pour y êrre publiée & affichée; elle fait défenfe expreffe aux fujets de la république d'obtempérer à l'ordre du roi de Pruffe, fous peine de confifcation de leurs biens, & autres châtimens arbitraires. Le confeil a présenté en même tems aux barons de Bewitzki & de Stackelberg une note fur la violence que le roi de Pruffe fait à la république; on y réclame les bons offices & la juftice des cours de Vienne & de Pétersbourg, qui font inftamment fuppliées de fe porter pour médiatrices dans cette affaire. On eft curieux de fçavoir quel fera l'effet de cette réclamation. Le parti que prendra la cour de Vienne, ne peut manquer de faire connoitre fes intentions fur la démarcation des provinces qui lui font échues. Le palatin de Pomérélie, l'un de nos commiffaires chargés d'y procéder, vient de revenir ici, fans que l'on appren❤ ne fi cette affaire avance; on croit qu'il fera remplacé par le comte Malachowski, palatin de Siradie. Le confeiller intime de Kordon, qui étoit parti, en qualité de fecrétaire de la commiflion nommée pour fixer nos frontieres avec la Ruffie, eft également de retour; on le flatte néanmoins que tout le terminera avec cette puiffance, fuivant les termes exprès du traité de partage.

Quant à l'évacuation des troupes de certe nation, il n'y a pas d'apparence qu'elle ait lieu de fitôt, On apprend qu'il en arrive chaque jour de

« PreviousContinue »