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dis-je ? en eft-il qui ait jamais couru an fi grand danger de la vie, que je facrifierois bien plus volontiers pour leur rendre tout ce qu'ils ont perdu &c. »?

Le prince Poninski, dont les fonctions de maréchal venoient de ceffer, prêta ferment entre les mains du roi, pour la charge de grand tréforier de la couronne, & le prince Radziwil en fit autant pour celle de caftellan de Wilna. On expédia, en même tems, au prince Antoine Sulkowski, une patente pour la vaivodie de Gnefne, à la place du prince Augufte, fon frere, qui fuccede au prince Poninski, dans la dignité de chef de l'ordre équeftre au confeil permanent.

C'est ainsi que fe terminerent la confédération & la diete, ainfi que la délégation, qui en étoit une émanation, après avoir exifté pendant près de deux ans ; la premiere s'étant formée le 17 Avril 1773, & la feconde ayant fait l'ouverture de fes féances le lundi fuivant. Cette derniere féance ouverte le II, ne finit que le 12, entre une & deux heures du matin. A 2 heures, le roi entouré des grands officiers de la couronne, & fuivi des états, fe rendit à l'églife de St. Jean, où S. M. affifta au Te deum qui fut chanté en action de graces de cet événement.

On remarque que cinq nonces ont quitté la diete avant la clôture de fes féances; ils ont conftamment refufé de figner les actes de la diete, & ont protesté contre tout ce qui s'eft fait dans cette affemblée. Ces 5 nonces font le prince Czerwetynski, nonce de Bracklaw, le Sr. Dunin, nonce de Lencici, ceux de Lomza, d'Inoroclaw & de Pinsk.

La diete, avant de fe féparer, a ftatué que la république feroit l'acquifition d'un hôtel dont le prix a été fixé à 60 mille féquins, pour y loger Tès ambaffadeurs de Ruffie. Ce réglement n'eft que

fexécution des anciennes loix qui portoient que les miniftres de cette puiffance auroient toujours une demeure fixe en cette capitale.

Le 13, jour du jeudi faint, le roi lava les pieds à 12 pauvres vieillards, & les fervit à table.

La plupart des nonces qui compofoient la diete, font déjà partis pour retourner chez eux. Les nouvelles conftitutions font fous preffe, & paroitront bientôt. Les diétines fe tiendront dans le cours du mois prochain. C'est dans ces affemblées que les nonces des différens palatinats rendront compte à leurs commettans de tout ce qui s'eft paffé à la diete. On craint qu'il ne s'éleve quelques troubles à cette occafion.

On apprend que trois régimens autrichiens ont pénétré dans le palatinat de Sendomir, & que dans la partie de la Moldavie occupée par ces troupes, on a levé deux nouvelles légions, l'une de 3 mille, & l'autre de 8 mille hommes. D'un autre côté, les huffards pruffiens fe font avancés jufqu'à Auguftow dans la Lithuanie, & les payfans des environs ont reçu ordre d'abattre des bois d'une grande étendue pour former le camp que S. M. Pruf. a réfolu d'y affembler. D'ailleurs, on eft informé que depuis plus d'un mois la même puiffance fait réparer les chemins qui conduifent de Siléfie en Pologne.

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HAMBOURG (le a 5 Avril.) Les malheurs de la ville de Dantzig s'accroiffent de jour en jour. Outre le traité que la délégation vient de conclure avec le miniftre de S. M. pruffienne à Warfovie, & qui porte le coup le plus fenfible au commerce de cette ville, elle éprouve aujourd'hui un redoublement du droit de 12 pour cent fixé par ce traité, & perçu jusqu'à présent. Les officiers

des douanes pruffiennes laiffoient ci-devant entrer à Dantzig les marchandifes dont les habitans avoient acquitté ce droit de tranfit dans les états du roi de Pruffe, fans en ôter les plombs de fes douanes; de forte que les Dantzikois, gardant celles dont ils avoient befoin pour leur propre confommation, pouvoient envoyer foit en Pologne, foit en Ruffie, fans acquitter de nouveaux droits, celles qu'ils avoient de fuperflu, ou qu'ils recevoient en commiffion. Il n'en eft plus de même à préfent. S'ils reçoivent des marchandifes, foit de l'étranger, foit des fabriques pruffiennes, ils font obligés de payer 12 pour cent de tranfit avant qu'elles entrent en ville; & s'ils veulent les envoyer ailleurs, il faut de nouveau en donner 12 pour cent à la fortie, parce que les officiers pruffiens en ôtent les plombs de leurs douanes à l'entrée, & qu'ainfi l'on ne peut prouver à la fortie, que le droit de tranfit en a déjà été acquitté. Ainfi ce n'eft pas d'un droit de 12 pour cent, mais de 24 pour cent, dont le commerce de Dantzig eft chargé. Si l'on y ajoute les droits auxquels les marchandifes font affujetties en Pologne, en Ruffie, ou dans la Gallicie & la Lodomerie, les frais de l'expédition & du tranfport, ceux des remifes d'argent, le gain du marchand, &c., il eft aifé de calculer que les marchandifes qui paffent par Dantzig, doivent renchérir de 50 à 60 pour cent, & qu'ainfi le commerce de cette ville ne peut foutenir la concurrence avec les endroits que ces arrangemens ont pour but de favorifer. Voici le refcrit de l'adminiftration générale pruffienne, émané à ce sujet.

« Sur la requête préfentée à l'administration générale par le juif Mofes-Ifaac Ries de Berlin, le 23 du courant, tendant à ordonner aux employés de Stoltzemberg près de Dantzig, de ne plus couper les plombs appofés fur les marchanMai, 1775. 2e. quinz. B

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difes des fabriques du pays qui s'envoyent à Dantzig, afin qu'on puiffe les reconnoitre, quand elles fortent de cette ville pour paffer en Pologne, & en conféquence qu'on n'exige pas les droits de tranfit une fois payés fur icelles, il lui eft donné pour réfolution: Que, quand même on ne couperoit pas les plombs & les marques de fabrique fur ces marchandifes, avant de les laiffer entrer à Dantzig, on ne pourroit néanmoins être certain que celles que les Dantzickois fervient fortir, feroient les mêmes, puifque l'expérience ne prouve que trop que les marchands de Dantzig ont des refources de bien des genres pour augmenter leur commerce. Ce feroit même leur en fournir de nouvelles, que de laiffer les plombs aux marchandisesqu'ils tirent de Berlin, puifque, par ce moyen, ils Je trouveroient en état de faire paffer en Pologne toutes leurs marchandifes étrangeres fous le nom des fabriques des états du roi, en exemption des droits de tranfit, & de faire une espece de commerce exclufif, à la faveur de cet expédient. C'est pourquoi l'on ne peut s'empêcher de couper ces plombs au dernier bureau près de Dantzig, & de percevoir les droits de tranfit fur toutes les marchan difes qu'ils envoient en Pologne, afin de mettre les marchands établis dans les faubourgs de Dantzig, à Elbing & ailleurs, en concurrence avec ceux de Dantzig, & leur donner même la préférence fur eux autant qu'il eft poffible: c'eft pourquoi il feroit mieux d'envoyer aux marchands de nos faubourgs de Dantzig les objets des fabriques du pays, pour les faire paffer en Pologne, que de les adreffer aux marchands de Dantzig. Alors ces marchandifes jouiroient fans difficulté de la franchise des droits de tranfit ».

Une autre nouvelle affligeante & commune la ville de Thorn, ainfi qu'à celle de Dantzig, c'est le projet formé par la délégation d'y envoyer

une commiffion pour y rétablir ce que cette affemblée appelle le bon ordre. On apprend que Les députés de ces villes à la diete s'y font oppofés dans la féance du 8 de ce mois, avec beaucoup de fermeté, mais fans aucun fuccès. Il paroit que le but de cette commiffion eft de dépouiller ces deux villes de leurs libertés, & de les affimiler au refte de la Pologne; mais la diete paroit d'autant moins fondée à cet établiffement, que toutes les commiffions qui s'y font rendues jufqu'à-préfent, y ont été envoyées, non par la république, dont ces villes ne dépendent pas, mais uniquement par les rois de Pologne. D'ailleurs, ces princes ne fe font portés à cette démarche que par déférence aux prieres d'un ou de tous les 3 ordres de la ville. Les Dantzikois paroiffent réfolus à ne point admettre cette commiffion.

Suivant les lettres de Warfovie, un courrier qui y eft arrivé de Mofcou, y a apporté ordre aux troupes ruffes de fe tenir prêtes à marcher. Mais ce qui rend cette nouvelle encore douteu fe, c'eft qu'on ajoute qu'on va tracer pour ces troupes un camp fur les confins des palatinats de Mafovie & de Plocko, entre cette derniere ville. & celle de Wyszogrod. Quelques circonflances font conjecturer qu'on verra bientôt éclore de nouveaux événemens. Un auteur qui ne fe donne pas pour prophête, mais qui fcait prévoir, en homme inftruit dans l'hiftoire & dans la politique, dans un ouvrage, intitulé: La Pologne telle qu'elle a été, telle qu'elle eft, & telle qu'elle fera, conclut, après avoir tout combiné, que ce royaume n'eft pas déchiré pour toujours; qu'oa le verra réuni, & peut-être plus floriffant qu'il n'a jamais été. Il faut qu'il s'opere bien des révolutions pour que les combinailons de l'auteur zélé fe réalifent.

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