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taine méthode, & que la plupart de leurs chefs étoient inconnus dans les lieux où ils excitoient la fédition. Le 29 Avril, Ils étoient en force à Beaumont -fur-Oife. Ils donnerent l'exemple du pillage les marchands fe virent arracher avec vio fence, leurs grains & farines: les uns payoient la denrée fur le pied d'un tiers de fa valeur : les autres, & s'étoit le plus grand nombre, l'enlevoient fans payer : plufieurs même, paroiffant n'a voir en vue que le gafpillage & le dégât, perçoient, à coups de couteaux, les facs, dont ils répandoient les bleds & les farines pour les fouler aux pieds. Les bords de l'Oife furent témoins des mêmes défordres les jours fuivans. Les brigands attroupés parurent, le 29, à Pontoife; ils s'y partagerent en deux bandes principales, qui fuivirent le cours de la Seine, l'une en defcendant, l'autre en remontant; toutes les deux agilfant d'après les mêmes inftructions, fe livrerent aux mêmes excès, en pillant les bateaux deftinés pour l'approvisionnement de Paris, & en jettant une partie des farines dans la riviere. Quoique les chefs, dont le but n'étoit que de détruire, excitaffent le peuple à en faire autant, celui-ci préféroit néanmoins d'emporter les grains ou farines; ce qui fait que la perte n'a pas été auffi confidérable qu'elle auroit pu l'être.

Les mêmes brigands fe porterent, le Ier. de ce mois, à St. Germain, dont ils pillerent le marché. Le 2, ils poufferent l'audace jufqu'à fe préfenter à Verfailles; la majefté du lieu, le fouvenir des bienfaits encore récens de leur augufte monarque, ne put ni leur en impofer, ni fervir de frein à leurs excès; ils en pillerent également le marché. Enfin le 3, un certain nombre de ces féditieux fe gliffa dans certe capitale; & renforcés par la plus vile populace, ils forcerent & pillerent les boutiques des boulangers, Juin. 1775. e. quinz.

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ainfi que les marchés au pain; la plupart donnoient ou vendoient le pain qu'ils avoient volé, & alloient ailleurs recommencer leurs excès. Ils fe portoient en foule à la halle aux grains; mais les gardes-françoifes réprimerent leur fougue audacienfe, & les diffiperent, après en avoir arrêté quelques-uns des plus coupables.

Réduits à l'impuiffance de commettre des défordres dans la capitale, par les corps-de-garde nombreux qui furent placés dans les différens quartiers, les féditieux fe font répandus dans les villes & villages des environs pour y exercér leurs brigandages. Cependant le gouvernement prenoit les mefures les plus fermes pour en ar-. rêter le cours ; les troupes furent autorisées à repouffer la violence par la voie des armes, & plufieurs détachemens des troupes de la maison du roi furent envoyés en cantonnemens dans l'ifle de France. Il fe tint à Versailles un confeil où l'on s'occupa des moyens les plus prompts pour rétablir la tranquillité, & à l'iffue duquel on expédia deg couriers portant des ordres relatifs à la sûreté des chemins, & à la marche de plufieurs régimens qui furent mandés tant en cette capitale que dans les environs. Le maréchal de Biron ayant reçu des lettres de commandement du roi, pofta des troupes dans tous les marchés, les places publiques & les carrefours ; & depuis ce moment, tout s'eft paffé fans le moindre tumulte. Le quartier général du maréchal eft établi ici; il a fous lui 4 Heutenans-généraux, un état-major &c., & les ordres y font donnés comme l'armée.

Le parlement s'étant affemblé le 4, rendit un arrêt pour ordonner « que toutes les procédures commencées dans fon reffort concernant les révoltes, lui feroient apportées, & que cependant le roi feroit fupplié de continuer fes foins pater

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nels pour la fubfiftance de fon peuple. Cet arrêt ne fut point publié, & l'on afficha l'ordre fuivant. DE PAR LE ROI.

Il est défendu, fous peine de la vie, à toutes perfonnes, de quelque qualité qu'elles foient, de former aucun attroupement; d'entrer de force dans la maifon ou boutique d'aucun boulanger, ni dans aucun dépôt de grains, graines, farines & pain. On ne pourra acheter aucunes des denrées fufa dites que dans les rues ou places. Il eft défendu de même, fous peine de la vie, d'exiger que le pain ou la farine foient donnés dans aucun marché audeffous du prix courant.

Toutes les troupes ont reçu du roi l'ordre formel de faire obferver les défenfes ci-deffus avec la plus grande rigueur, & de faire feu en cas de violence. Les contrevenans feront arrêtés & jugés prévôtalement fur le champ.

Le 5, les princes & pairs, & le parlement ayant été mandés à Verfailles, S. M. y tint vers les 4 heures du foir, un lit de juftice, dont voici le procès-verbal."

Ce jour, Ja cour, toutes les chambres affemblées, en robes noires, conformément aux ordres du roi, contenus dans la lettre de cachet qui se trouva jointe au procès-verbal d'apport, s'eft rendue dans la grande falle des gardes du corps du roi, préparée pour tenir fon lit de justice.

Le grand-maître des cérémonies ayant averti la compagnie, que le roi étoit prêt, ont été députés pour l'aller recevoir; MM. les préfidens Lefevre, Bochard, de Lamoignon Pinon; M. Pafquier, Roland de Juvigny, Brochant, Noblet, laïcs, confeillers en la grand'cham & MM. de Sahuguer & Farjoanel, clercs, auffi confeillers en la grand'chambre, lefquels l'ont conduit en fon lit de iuftice, MM. les préfiden's marchant à fes cotés, MM. les confeillers derriere lui, & le premier huif fier entre les deux maliers du roi, immédiatement devant fa perfontie.

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Le roi étoit précédé de Monfieur de M. le cons

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d'Artois, freres du roi, fils de France: de M. le duc d'Orléans, de M. le duc de Chartres, de M. le duc de Bourbon, de M. le prince de Conti, de M. le comte de Ja Marche, princes du fang, qui ont pris leurs places, traverfant le parquet.

Le roi étoit auffi précédé de M. le duc de Bouillon grand chambellan, de M. le prince de Marfan, faifant les fonctions de grand-écuyer de France; & étoit suivi de M. le prince de Beauveau, de M. le duc d'Ayen, de M. le duc de Villeroi, capitaines des gardes-du-corps & de M. le marquis de Courtauvatx, capitaine des CentSurfer de la garde.

Les chevaliers de l'ordre, gouverneurs & lieutenansgenéraux des provinces, avoient pris leurs places fur Trois bancs à gauche dans le parquet, vis-à-vis les confeillers d'état, pour éviter la confufion, quoiqu'ils n'aient. droit d'accompagner le roi & d'entrer à fa fuite, que lorfqu'ils font mandés.

Après le roi, eft entré M. Hue de Miroménil garde des fceaux, lequel traverfant le parquet, a pris fa place en un fiege à bras, couvert de l'extrémité du même tapis de velours, femé de fleurs-de-lys, qui fervoit de tapis de pieds au roi, un bureau devant lui. Après lui les confeillers d'état, maitres des requêtes, qui étoient venus avec lui, fe font placés fur deux bancs dins le parquet, devant les bas fieges, étant au-deffous des pairs laïcs.

Le roi s'étant affis & couvert, M. le garde des fceaux a dit, par fon ordre, que S. M. commandoit que l'on prît féance: après quoi le roi ayant ôté & remis fon chapeau, a dit :

MESSIEURS,

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Les circonftances où je me trouve, & qui n'ont point d'exemple, me forcent de prendre un parti qui fort de l'ordre commun, il faut affurer la subsistance & la tranquillité, non feulement des habitans de ma bonne ville de Paris, mais encore de tout mon royaume. Je dois & je veux arrêter le cours de brigandages qui dégénéreroient en rébellion, & je vous ai affemblés pour vous faire connoître ma volonté. Mon garde des feeaux vous expliquera mes intentions.

M. le garde des fceaux étant enfuite monté vers le roi, agenouillé à fes pieds pour recevoir fes ordres : defcendu, remis à fa place, affis & couvert, a dit :

MESSIEURS,

Les événemens qui occupent depuis plufieurs jours l'at

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tention du roi, n'ont point d'exemple. Des brigands attroupés fe répandent dans les campagnes, s'introduisent dans les villes, pour y commettre des excès qu'il est nécessaire de réprimer avec la plus grande activité; leur marche femble être combinée, leurs approches font annoncées ; des bruits publics indiquent le jour, l'heure, les lieux où ils doivent commeure leurs violences. Il fembleroit qu'il y eût un plan `formé pour désoler les campagnes, pour intercepter la navigation, pour empêcher le tranfport des bleds fur les grands chemins, afin de parvenir à affamer les grandes villes, & -furtout la ville de Paris Le mal s'eft tellement répandu en peu de tems, qu'il n'a pas été possible d'oppofer partout la force à la rapidité des crimes & fi le roi ne prenoit les me fures les plus vives & les plus juftes pour arrêter un mal auli dangereux dans fon principe, & auffi cruel dans fes effets, S M. fe verroit dans la trifle néceffué de multiplier des exemples indifpenfables, mais qui ne font réelle. ment efficaces que lorsqu'ils font faits fans délai.

Tels font les motifs qui engagent S. Mà donner dans ce moment-ci à la jurifdiction prévôtale toute l'activité dont elle eft fufceptible.

Lorfque les premiers troubles feront totalement calmés lorfque tout fera rentré dans le devoir & dans l'ordre, lorf que la tranquillité fera rétablie & affurée, le roi laiffera, lorfqu'il le jugera convenable, à fes cours & à fes tribunaux. ordinaires, le foin de rechercher les vrais coupables, ceux qui par des menées fourdes, peuvent avoir donné lieu aux excès qu'il ne doit penfer, dans ce moment-ci, qu'à réprimer; mais quant à préfent, il ne faut fonger qu'à arrêter dans fon principe, une contagion dont les fuites & les progrès conduiroient infailliblement à des malheurs que la juf. tice & la bonté du roi doivent prévenir.

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Son difcours fini, M. le garde des fceaux eft monté vers le roi, s'eft agenouillé pour prendre fes ordres; defcendu, remis à fa place, alis & couvert, a dit:

Le roi ordonne que par le greffier en chef de fon parlement, il foit fait lecture de la préfente déclaration, les portes ou

vertes..

Les portes ayant été ouvertes, maitre Paul-Charles Cardin le Bret, greffier en chef civil, s'eft avancé jufqu'à la place de M. le gardé des feeaux, a reçu de lui la déclaration; revenu à fa place, debout & découvert, a fait ladite le&ure.

Enfuite M. le garde des fceaux a dit aux gens du roi, qu'ils pouvoient parler.

Auffitôt les gens du roi s'étant mis à genoux, M. le garde des fceaux leur a dit :

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