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deux grappes de raifin, avec d'autres grappes dans la main. Auprès de ce tronc eft un fort beau tigre, tourné vers Bacchus, qui, d'un bras, ferre la figure d'une femme. Il manque à Bacchus la tête & le bras gauche. On a auffi trouvé un tronc d'un travail excellent, repréfentant un Silene, couvert d'une peau d'ours, & auquel il manque la tête, les bras & la jambe gauche; & un autre tigre qui paroit avoir été tué par Silene, & qui est également d'un ouvrage fini.

On mande de Civita-Vecchia, que la vacance du St. Siege, qui a fait fufpendre l'armement des frégates papales, n'a point empêché de continuer la conftruction des cafernes. On compte que cet édifice, qui coûtera environ 100 mille écus achevé dans le cours de cette année.

fera

NAPLES (le Mars.) La reine fe rendit, le 10 du mois dernier, à la chapelle royale du château de Caferte, où S. M. fut relevée de fes couches. Le 11, le duc de la Pouille fut tenu fur les fonts de baptême, au nom du roi d'Efpagne, par le marquis de Revilla, miniftre pla nipotentiaire de la cour de Madrid, qui fit dif tribuer 18 mille ducats en dots & en aumônes.

Le 13, la cour revint de Caferte 'en cette capitale. La reine tenoit dans fes bras le prince gouveau-né, décoré de l'ordre de St. Janvier & de ceux de la toifon d'or, & de Charles III, que le roi d'Efpagne lui a envoyés. La crainte que cet augufte enfant ne fût incommodé du bruit perçant des acclamations, les avoit fait défendre; & la foule immenfe du peuple fe fit violence pour contenir les témoignages de fon allégreffe.

Le 14, au matin, la reine admit tous les corps civils & militaires, & l'après-midi, toutes les dames de la lifte du palais, à l'honneur de lui

baifer la main. L. M. dînerent ce jour-là en public; & le foir, elles virent l'opéra, au théâtre de St. Charles.

Le 16, le comte de Charlus, le comte d'Ou-tremont, le comte de Cibeins, l'abbé de Clermont-Tonnerre, l'abbé de Caux, l'abbé de Vezins & l'abbé de Pleumartin eurent l'honneur d'être préfentés à la reine, par le Sr. Bérenger, chargé ici des affaires de France.

Le 17, la reine fe rendit à la cathédrale avec le prince royal fon fils. Les feigneurs & dames de la cour y affifterent en grand gala. Les rues par où paffa la reine, étoient bordées de troupes. Le foir, toute la ville & le théâtre de St. Charles furent illuminés.

VENISE (le a Mars.) Le fénat a nommé fes ambaffadeurs extraordinaires pour aller complimenter le nouveau fouverain pontife, les nobles Jérôme Afcanio Giuftiniani, Nicolas Erizzo, Sébastien Foscarini & Louis Tiepolo; ils font tous chevaliers de l'étoile d'or. Le dernier est actuellement ambaffideur de la république à Rome.

Des lettres de Ragufe du 8 de ce mois portent que les Turcs', qui, ci-devant, recherchoient avec avidité la monnoie d'argent, s'empreffent maintenant à la changer en fequins de Venife, en gigliats de Florence & en ducats de Cremnitz, & qu'ils donnent d'agiot 8 & même 10 pour 100. On ne peut deviner la raison de cette nouveauté.

BOLOGNE (le zer. Mars.) Quelques papiers publics parlent de l'élection du cardinal Brafchi," comme d'un triomphe que le parti des zélés a remporté fur celui des cours. Cet événement, difent-ils, arrivé après tant d'intrigues échouées, fait l'étonnement de toute l'Italie, & fera celui

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de toute l'Europe; d'autant plus qu'il eft fans exemple qu'un cardinal propofé une fois, & rejetté par le parti contraire, ait été remis fur les rangs avec fuccès &c. Cependant, quelques perfontes qui fe croient inftruites de ce qui s'eft paffé au conclave, prétendent que le nouveau pontife ne doit fon élévation au trône pontifical qu'aux foins d'un cardinal des cours, qui a réuni les fuffrages néceffaires, en dépit des brigues concertées pour y porter un autre candidat, & que pour y parvenir, ce cardinal s'eft vu forcé de paroitre des plus contraires au cardinal Bralchi.

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Quoiqu'il en foit, les lettres de Rome qu'on peut regarder comme impartiales, font le plus grand éloge du nouveau pontife, qu'elles repréfentent comme un politique profond, ayant de grandes vues, auffi ferme dans fes deffeins, que plein de droiture & d'équité; vertus qui lui ont concilié l'amour & le respect du facré college. D'autres lettres, dont on peut foupçonner les auteurs, font parler le St. pere fuivant l'efprit- qui les anime. Les papiers publics s'expriment en ces termes : « quoique S. S. ait confervé dans leurs. charges les miniftres du dernier pontificat, il n'eft cependant pas dificile de conjecturer, que fes principes different de ceux de Clément XIV, & l'on prévoit que les amis de ce pape ne jouiront pas d'une grande faveur fous le préfent regne. Déjà l'on rapporte que, lorfque le prélat Alfani fur à l'audience, le St. pere lui parla à peu près en ces termes: Monfeigneur, vous voyez que dieu m'a élevé à cette dignité fuprême, mais ce n'eft pas pour me venger des torts qu'on m'a ci-devant faits. Dans une autre occafion il a dit, que ceux qui n'étoient pas entrés dans les charges par la porte, en fortiroient par la fenêtre, & que ceux qui étoient entrés par la porte, se mettront aux fenêtres pour voir fortir les autres 220...

Les qualités éminentes du fouverain pontife n'ont pas empêché qu'on n'affichât le lendemain de fon élection, la pafquinade fuivante: Semper fub fextis perdita Roma furt. Le fel de ce vers eft renfermé dans le nombre de VI; il rappelle le diftique qui fut fait à la mort de Pie V: Papa Pius QUINTUS moritur. Res mira tot inter Pontifices, tantum quinque fuiffe Pios!

On reçoit dans l'inftant, des lettres de Venife qui affurent pofitivement le fait fuivant, dont il eft cependant plus prudent de douter. « Le baile de la république à Conftantinople a expédié trois couriers, avec promeffe d'une gratification de 100, fequins à celui qui arriveroit le plus promptement à Venife. Les dépêches du premier qui s'eft rendu ici par la voie de Cattaro, après 25 jours de trajet, portent qu'il y a eu dans la capitale de l'empire ottoman la fédition la plus terrible dont on puiffe fe fouvenir. I en a réfulté un carnage effrayant, dont les Grecs ont été les principales victimes. Plus de 1000 d'entr'eux, prefque tous religieux, & leur patriarche ont été enveloppés dans ce défaftre. La belle églife grecque qu'on bâtiffoit, a été totalemant détruite; tous les ouvriers qui y travailloient, & le capitaine ruffe qui préfidoit à leurs travaux, ont été taillés en pieces. Peu s'en eft * fallu que le Sr. Peterfon ne foit tombé entre les mains de ces furieux. Il a eu le bonheur d'échapper au danger, en fe jettant furtivement dans un bâtiment de fa nation, qui mouilloit dans le port. Les janiffaires ont ofé infulter la fublime Porte, & avec eux les gens de loi confondus dans une populace innombrable, ont demandé, à haute voix & du ton le plus menaçant, au grand-feigneur la continuation de la guerre contre la Ruffie. Ils ont même fait retentir le mot de dépofition. Ces dépêches étoient écrites en chifres; on les a trag

duites & lues dans un prégadi. Elles font terminées par ces réflexions: « déjà diverses émeutes moins allarmantes avoient fervi comme de prélu de à ce tumulte; l'on ne doute point que le feu ne foit attifé en fecret, & que la guerre ne recommence bientôt. Toutes les difpofitions du fultan, ces armées nombreuses qu'on fe hâte de raffembler par fes ordres, depuis le dernier traité, & qu'on fait paffer d'Afie en Europe; tant de délais fans ceffe renaiffans, & quelques autres circonftances annoncent affez clairement que la paix ne fera pas de longue durée. D'ailleurs, un coup-d'œil jetté fur les préparatifs extraordinaires de quelques autres puiffances, fuffit pour fe convaincre qu'elles ont dumoins des foupçons à cet égard».

LIVOURNE (le 2 Mars.) Le 24 de Février, une frégate ruffe, un chebec & un bâtiment de transport firent voile de ce port vers l'occident. Le 25, une efcadre de la même nation, compofée des vaiffeaux, aux ordres du contre-amiral Gréegh, partit également, après avoir reçu les inftructions du comte Alexis Orlow, qui s'étoit rendu de Pife ici. Ces vaiffeaux ont pris la route de Port- Mahon, pour paffer delà à Pétersbourg: mais depuis le 26, qu'une chaloupe de guerre ruffe a fuivi les traces de cette efcadre, le bruit s'eft répandu qu'elle portoit un ordre au contre-amiral Gréegh de fufpendre fa navigation. Il y a encore ici une autre efcadre ruffe, commandée par le contre-amiral Basballe.

Le comte Alexis Orlow donna, le 28 à Pife, une fête de plus brillantes, à l'occafion de la conclufion de la paix.

Suivant quelques avis de Corfe, qu'on ne donne pas encore pour certains, Zampaglini a trouvé le fecret de s'échapper, en paffant le fleuve d'A

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