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L'accroissement est loin de s'être arrêté en 1872, comme il résulte du tableau qui suit (selon le budget):

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En un autre endroit l'auteur cite un certain nombre de lignes ferrées importantes, il met en regard de la situation de 1869 celle de 1872 et montre que les frais se sont accrus dans une proportion plus forte que les revenus. Nous ne citons à titre d'exemple que la première des huit colonnes du tableau :

Ligne de Cologne à Minden.

Excédant......

Thalers.

1869. Produit du transport des marchandises seules. Frais d'exploitation correspondants.....

7.084.561

3.576.238

3.508.323

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Nous sommes obligé d'omettre les autres chiffres, ainsi que les arguments par lesquels l'auteur démontre qu'on ne peut pas trop espérer de retrouver le même produit net par l'effet d'un accroissement du trafic. Il conclut donc à la nécessité de relever le

(1) Beaucoup de personnes croyent que les salaires ont augmenté par l'effet des grèves, comment ces personnes peuvent-elles expliquer la hausse des traitements?

tarif, et, pour justifier cette conclusion, il n'hésite pas à prendre, comme on dit, le taureau par les cornes, et à réfuter tout d'abord l'objection la plus spécieuse, la plus plausible qu'on puisse opposer à cette mesure. Cette objection est tirée du fait qu'en Prusse (et dans d'autres pays) le gouvernement possède des chemins de fer. Certaines personnes soutiennent que l'État ne doit pas faire de bénéfice sur ses lignes, par conséquent il n'y a pas lieu, pour lui, à élever le tarif. M. Nasse n'admet pas ce principe. Il demande s'il vaut mieux que les frais des lignes de l'État soient supportés par ceux qui s'en servent, ou s'il est préférable de mettre ces frais à la charge de l'ensemble des contribuables? Il est évident qu'il vaut mieux faire payer le service par ceux qui en profitent. Or, l'entretien et le renouvellement du capital font partie des frais, il est donc nécessaire que les recettes dépassent le montant des frais d'exploitation. M. Nasse entre sur ce point dans beaucoup de développements, envisageant la question sous ses diverses faces, et cherchant à déterminer le taux rationnel de l'intérêt que les chemins de fer doivent rapporter. Il aborde ensuite un autre point de vue, et revendique, en faveur des Compagnies, le droit de relever les tarifs qu'elles ont spontanément réduits. On se rappelle que le Congrès de Crefeld demande que les tarifs puissent osciller selon les nécessités du marché; or, M. Nasse est actuellement le président du Congrès d'Eisenach, composé en majeure partie de socialistes en chaire. Nous ne savons pas dans quelle mesure M. Nasse partage la manière de voir de ses collègues, mais nous constatons avec plaisir que l'article sur le tarif des chemins de fer est conforme aux saines doctrines, et que l'auteur prend les choses comme elles sont. C'est pourquoi aussi M. Nasse dit en substance; Si vous empêchez les compagnies de relever le tarif qu'elles ont spontanément réduit, elles seront, à l'avenir, bien moins portées aux réductions. Elles seront obligées de prévoir de loin la hausse des prix, et résisteront à la tentation de faire profiter le public des bas prix momentanés. Or, dans les entreprises où le capital fixe l'emporte de beaucoup sur le capital d'exploitation (nous évitons le mot « circulant »), les frais n'augmentent pas tout à fait en raison de la production; il y a donc intérêt pour ces entreprises d'abaisser les prix, et il ne serait guère raisonnable de les en empêcher. Nous regrettons que l'espace ne nous ait pas permis de donner une analyse plus détaillée de cet

article.

Parmi les autres articles des Jarhbücher nous signalons un travail de M. de Scheel sur la question des femmes, et plus spécialement sur leur admission aux études dans les facultés. M. de Scheel se prononce en faveur de l'admission des femmes, non-seulement

aux études, mais encore aux examens et aux fonctions, et même aux droits politiques; elles doivent pouvoir élire et être élues. Signalons aussi deux notices étendues de M. de Sivers, l'une sur Necker considéré comme économiste, l'autre sur Turgot et sa place dans l'histoire de l'économie politique. Ce dernier article est déparé par un commencement qui est vraiment burlesque. Le voici : « Depuis que la science économique s'est délivrée de la foi en la doctrine d'Adam Smith, on consacre plus d'attention à l'histoire de cette science. » M. de Sivers ne semble pas être complètement au courant de la bibliographie économique, sinon il saurait qu'on s'est occupé avant lui d'histoire d'économie politique, et que la << doctrine d'Adam Smith » a encore des partisans. Nous qui plaçons Turgot bien au-dessus d'Adam Smith, nous relevons la ridicule observation de l'auteur, afin de qualifier comme elle le mérite la manie de certains professeurs d'économie politique de se timbrer sans aucune nécessité adversaires d'Adam Smith. Qu'un socialiste déclaré le fasse, cela peut se comprendre, mais un homme qui prétend au titre d'économiste doit du respect à Adam Smith, qui a certainement contribué pour sa part au progrès de la science économique.

Nous indiquerons encore un article de M. George Kaufmann sur la Sécularisation des biens de l'Église par les fils de Charles Martel. C'est une question d'archéologie qui a soulevé d'ardentes discussions. La Statistique des naissances naturelles dans les États de la Thuringe est un très-bon travail, et montre que les empêchements légaux au mariage (actuellement supprimés) produisent infalliblement une augmentation de naissances illégitimes. Enfin, M. J. Landgraf donne un article sur « l'influence des Chambres de commerce sur le progrès économique de l'Allemagne depuis dix ans,>> que nous voudrions voir imiter dans d'autres pays, la France comprise. Nous passons la bibliographie, la reproduction de lois, les courtes notices qu'on trouve dans toute publication périodique.

Le Bremer Handelsbatt nous fournira de plus amples renseignements sur la question des banques, dont il a déjà été question dans l'article sur le congrès de Crefeld (dans le numéro du mois dernier). La feuille de Brême énumère 34 banques d'émission, possédant ensemble un capital de 130,833,000 thalers, ayant eu au 31 octobre 1873 une encaisse en espèces de 298,300,000 thalers, et une circulation de 444,500,000 thalers. Voici les plus importantes de ces banques:

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Banque de Prusse..... 21.906.800 234.567.000

de Bavière..... 11.428.572

Je SERIE, T. XXXVI. 15 octobre 1874.

6.857.000

Circulation.

297.072.000

3.480.000

7

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Ce sont ces banques-là qui nous semblent les plus importantes, bien que la banque de Meiningen soit portée au tableau avec un capital de 16,000,000 thalers, mais son encaisse n'est que de 2,720,414 thalers contre une circulation de 8 millions en papier. Ces 8 millions sont plus que couverts par les 16 millions du capital; seulement, celui qui n'est pas initié dans les détails doit se demander pourquoi ce luxe de capitaux? Quoi qu'il en soit, on tend à réduire le nombre des banques, et l'on pense y arriver par une législation que nous avons déjà indiquée, et que nous allons résumer de manière à faire ressortir davantage le mécanisme de la loi.

D'abord on ne pourra pas émettre de billets inférieurs à 100 marks (125 francs); or, il est des banques qui ne peuvent se passer de petites coupures. Puis, si une banque veut continuer à exercer conformément à ses statuts, elle en conserve le droit, mais à la condition de ne pas étendre ses affaires au-delà des frontières de l'État qui lui donné l'autorisation d'émettre du papier; que feraient les banques situées dans les petits États? On offre cependant à ces banques la possibilité de voir circuler leurs billets dans l'Allemagne entière: elles n'ont qu'à s'engager à restreindre leurs émissions au montant de leur capital. Ce qui couronne le tout, c'est l'impôt progressif sur l'émission des banques qui se contentent d'exercer leurs droits dans l'intérieur de leurs États respectifs. La Banque de Prusse, par exemple, n'a aucun intérêt à étendre ses opérations audelà de l'État prussien, mais, si on ne lui accorde pas un privilége devant l'impôt (il en est question), -elle aura une somme considérable à payer tous les ans. La discussion de ce projet doit prochainement commencer dans le Bundesrath; nous aurons sans doute l'occasion d'informer nos lecteurs du résultat des délibérations.

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La feuille de Brême emprunte à une publication viennoise un renseignement qui n'est pas sans intérêt. On se rappelle la grande commotion subie en 1873, par la Bourse de Vienne, au moment de l'ouverture de l'Exposition universelle. C'était, comme on disait alors, un véritable effondrement (Krach), et c'est sous le nom de Krach que cet événement figurera dans l'histoire de la spéculation. C'est par centaines de millions que les pertes furent évaluées alors.

Nous sommes d'avis qu'en cette circonstance, malgré tout le bruit qui a été fait autour de cette affaire, le Krach a détruit peu de richesse réelle et beaucoup de richesse factice ou apparente. Faire hausser des actions par les moyens que les spéculateurs de la Bourse emploient, ce n'est pas augmenter la richesse du pays; gonfler un ballon, ce n'est pas l'alourdir, puisqu'on y met le vide. La hausse fait simplement passer une somme d'argent d'une poche dans une autre, sans rien créer. Voilà ce que nous pensions, et nous avions de la peine à croire que la catastrophe s'était fait sentir jusque dans les couches inférieures de la société. Eh bien, on sait déjà que si quelques petits capitalistes, de ceux qui figurent parmi les clients des caisses d'épargne, ont fait quelques pertes, l'ensemble n'en a pas été affecté. La preuve en est que, sur 134 caisses d'épargne, 8 seulement montrent une diminution et 126 une augmentation. Le solde total des 134 caisses avait été de 316 millions de florins (2 fr. 50) au commencement de 1873, et de 381 millions à la fin de cette même année, ce qui constitue un accroissement de plus de plus 20 0/0. L'accroissement s'est fait remarquer dans toutes les provinces, et celle qui, entre toutes, a effectué le progrès le plus considérable, c'est la Basse-Autriche, qui renferme Vienne et sa Bourse; l'accroissement a été de 32 0/0!

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Il est évident que les pertes causées par le Krach n'ont presque pas été ressenties dans les couches inférieures. Les spéculateurs ont été affectés, mais les industriels ont pu maintenir leurs établissements en mouvement. Or, ce qui agit sur la classe des « petits épargneurs, » c'est une mauvaise récolte ou l'arrêt du travail dans les fabriques. Il y aurait d'intéressantes observations à faire sur l'effet des différentes sortes de crises, malheureusement il n'est pas toujours facile de se procurer les statistiques nécessaires. Beaucoup de gens, haut et bas placés, ne reconnaissent l'utilité d'une statistique que lorsqu'il est trop tard.

MAURICE BLOCK.

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