Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

Plusieurs voix. « Le rapport séance tenante. »

Le comte Fabre. « Quand la commission sera prête.
Le comte Cornudet. « A demain.>

M. le président met aux voix la proposition de nommer une commission et d'ajourner à demain. Il y a du doute. L'épreuve est renouvelée. - Il est arrêté qu'il sera nommé une commission dont on entendra le rapport demain.

ÉVÉNEMENS Militaires.

Le conseil de guerre, dont on avait, le 1er au matin, décidé la réunion, eut lieu le soir. Voici la liste des questions et des réponses:

« Première question. Quel est l'état des retranchemens élevés pour la défense de Paris?

» Réponse. L'état des retranchemens et leur armement sur la rive droite de la Seine, quoique incomplet, est en général assez satisfaisant. Sur la rive gauche, les retranchemens peuvent être considérés comme nuls.

» Deuxième quest. - L'armée pourrait-elle couvrir et défendre Paris?

» Rép. — Elle le pourrait, mais non pas indéfiniment; elle ne doit pas s'exposer à manquer de vivres et de retraite?

» Troisième quest. — Si l'armée était attaquée sur tous les points, pourraitelle empêcher l'ennemi de pénétrer dans Paris d'un côté ou d'un autre?

» Rep. Il est difficile que l'armée soit attaquée sur tous les points à la fois ; mais, si cela arrivait, il y aurait peu d'espoir de résistance.

» Quatrième quest. En cas de revers le général en chef pourrait-il réserver ou recueillir assez de moyens pour s'opposer à l'entrée de vive force?

» Rép. Aucun général ne peut répondre des suites d'une bataille.

--

» Cinquième quest. Existe-t-il des munitions suffisantes pour plusieurs

combats ?

»Rep.- Qui.

» Sixième quest. combien de temps?

[ocr errors]

Enfin, peut-on répondre du sort de la capitale, et pour

» Rèp. — Il n'y a aucune garantie à cet égard.

» Ce 2 juillet, à trois heures du matin. — Signé le maréchal, ministre de la guerre, prince D'ECKMULн. »

[ocr errors]
[ocr errors]

Tel n'était pas cependant, dit-on, l'avis unanime des généraux appelés au conseil, ni même l'avis de la majorité. Avant de traiter la question militaire, on avait traité la question politique. Soult et Davoust se prononcèrent vigoureusement en faveur des Bourbons, et par conséquent pour la reddition de Paris. Plusieurs généraux soutinrent l'opinion contraire. Le conseil se sépara sans avoir formulé une délibération. Lorsque les généraux qui voulaient se battre furent retournés à leurs postes, le procèsverbal fut rédigé, et signé par ceux qui étaient restés et voulaient capituler. (Thibaudeau.)

Ce procès-verbal fut aussitôt envoyé à la commission, qui dé

cida qu'on ferait les démarches nécessaires pour terminer la guerre.

[ocr errors]

Quoi qu'il en soit, on batailla toute la journée du 2, avec les Prussiens, au sud de Paris. L'armée française était en quelque sorte acculée aux murs de la capitale, sur la ligne où avaient dû être établies les fortifications. Au lieu de poursuivre et d'aider le mouvement de Vandamme, le seul qui pût amener un résultat décisif, puisqu'il tendait à couper la route par laquelle ils communiquaient avec le nord, leur seul point de retraite ; au lieu de faire des démonstrations dans cette direction, on fit retirer le deuxième et le quatrième corps, qui s'étaient avancés jusqu'à Saint-Cloud. L'armée était indignée. Vers dix heures du soir, Davoust, par les ordres de la commission, écrivit au général prussien commandant l'avant-garde, pour proposer la suspension des hostilités.

[ocr errors]

« Au prince d'Eckmülh, 2 juillet. Monsieur le maréchal, le général Revest m'a communiqué verbalement que vous demandiez un armistice pour traiter de la reddition de la ville de Paris. Je n'ose même point annoncer cette demande à S. A. le maréchal prince Blücher; mais cependant, si les députés du gouvernement déclarent à mon aide de camp, le comte Westphalen, qu'ils veulent rendre la ville, et que l'armée veut se rendre aussi, j'accepterai une suspension d'armes.

» J'en ferai part alors à S. A. le prince Blücher, pour traiter sur les autres articles. Signé ZIETHEN. »

Cette réponse remplit d'indignation l'état-major; on ne voyait qu'un moyen de rendre les Prussiens raisonnables, c'était de les battre. Or, rien n'était moins impossible. Notre armée, forte de soixante-dix mille hommes de ligne, était sans doute moins nombreuse que la leur; mais ils occupaient une ligne immense qu'il était facile de percer; nous avions l'avantage de bien connaître le terrain sur lequel il s'agissait de manoeuvrer; nous pouvions choisir notre point d'attaque; en un mot, les chances étaient en notre faveur. Aussi Fouché fut effrayé des résultats possibles d'une 'bataille; il était trop engagé pour reculer; il expédia en conséquence le général Tromelin à Blücher et Marcirone à Wellington; ils étaient porteurs d'une note ainsi conçue :

« L'armée est mécontente parce qu'elle est malheureuse rassurez-la; elle deviendra fidèle et dévouée.'

» Les Chambres sont indociles par la même raison: rassurez tout le monde, et tout le monde sera pour vous.

[ocr errors]

Qu'on éloigne l'armée : les Chambres y consentiront en promettant d'ajouter à la Charte les garanties spécifiées par le roi. Pour se bien entendre il est nécessaire de s'expliquer; n'entrez donc pas à Paris avant trois jours; dans cet

intervalle tout sera d'accord. On gagnera les Chambres; elles se croiront indépendantes, et sanctionneront tout. Ce n'est point la force qu'il faut employer auprès d'elles ; c'est la persuasion.

[ocr errors]

Les conseils de Fouché furent exactement suivis, ainsi qu'on le verra par la suite.

[blocks in formation]

M. Dupont de l'Eure, vice-président, occupe le fauteuil.

La séance est ouverte à deux heures moins un quart.

Plusieurs anciens militaires résidans à Paris réclament du service; la meniton honorable est faite au procès-verbal, et le renvoi de leur pétition à la commission du gouvernement est ordonné.

Un secrétaire donne lecture d'une adresse des fédérés de Clermont-Ferrand, département du Puy-de-Dôme.

Représentans, y est-il dit, les revers élèvent les ames libres, ils fortifient les courages éprouvés et redoublent l'indignation que fait éprouver une injuste agression. A la nouvelle de nos malheurs à l'armée du Nord, nous nous somines réunis le 25 de ce mois, et nous avons juré de répandre jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour la défense commune. Nous avons vu, avec la satisfaction la plus vive, que le gouvernement et les représentans du peuple rivalisaient de zèle. Le caractère énergique qu'ils déploient depuis le poble sacrifice de Napoléon Ier, la vigueur des résolutions prises, l'enthousiasme qui a présidé à la proclamation de Napoléon II, a excité notre admiration et doublé notre dé→vouement, Si les puissances étrangères violent les engagemens qu'elles ont pris à la face du monde, si elles prétendent méconnaître par la force le principe de l'indépendance des nations, il faut que le peuple français se lève tout entier. Pour nous, nous sommes debout pour nous porter partout où les ordres du gouvernement nous appelleront. Vive la patrie! vive les pairs! vive les réprésen- . tans du peuple! vive le gouvernement impérial de Napoléon II ! »

La Chambre ordonne la mention honorable de cette adresse au procès-verbal. M. Grégoire fait hommage à l'assemblée de plusieurs de ses ouvrages. On fait lecture de la lettre d'envoi. On y remarque ce passage:

«Tandis qu'ailleurs en parlant d'idées libérales, on partage les peuples comme s'ils étaient de vils troupeaux; tandis que des hommes aveuglés ou corrompus préconisent l'obéissance passive, au nom du christianisme qui les désavoue; tandis que simulant une tendresse paternelle envers la France, on veut y pénétrer en marchant sur les cadavres de tant de milliers de nos braves et sous l'escorte de baïonnettes étrangères, l'acte qui proscrira constitutionnellement un commerce infâme, mettant en harmonie la justice et la politique, retentira dans les deux mondes; il préparera les esprits et les cœurs à une réconciliation générale. J'invoque à cet égard le courage et la droiture des Représentans de la

nation. »

Paris, 1er juillet 1815. -« Monsieur le président, nous avons reçu aujourd'hui des nouvelles des plénipotentiaires qui sont au quartier-général de l'armée de lord Wellington, pour traiter d'un armistice. La négociation continue; mais nous n'avons pas encore de résultats. - Signé, duc d'OTRANTE. »

[ocr errors]

Bulletin du 2 juillet 1815.

de Nos troupes ont eu occasion de développer hier leur valeur accoutumée dans deux affaires brillantes.

» Le général Excelmans rend compte qu'il s'est porté dans l'après-midi, avec une partie de sa cavalerie, à Versailles. L'ennemi avait occupé cette ville avec quinze cents chevaux. Le général Excelmans avait formé le projet de les enlever. Il avait dirigé en conséquence le lieutenant-général Piré avec le 1er et le 6è de chasseurs et le 44° régiment d'infanterie de ligne sur Ville-d'Avrey et Roquencourt, en leur recommandant de s'embusquer pour recevoir l'ennemi quand il repasserait sur ce point. De sa personne le général Excelmans sé porta par le chemin de Mont-Rouge à Vellissy, avec l'intention de rentrer à Versailles par trois points. Il rencontra, à la hauteur des bois de Verrières, une forte colonne 'ennemie. Le 5e et le 15° de dragons qui étaient en tête, chargèrent l'ennemi avec une rare intrépidité. Le 6o de hussards et le 20o de dragons le prirent en flanc. Culbuté sur tous les points, l'ennemi laissa jusqu'à Versailles la route couverte de ses morts et blessés.

>> Pendant ce temps, le lieutenant-général Piré exécutait son mouvement sur Roquencourt avec autant de vigueur que d'intelligence. La colonne prussienne, poussée par le général Excelmans, fut reçue par le corps du général Piré, et essuya à bout portant une vive fusillade du 44e régiment, et fut chargée par le 1er et le 6o de chasseurs, tandis que le 6c de hussards et le 5e de dragons qui la poursnivaient, la poussaient fortement à la sortie de Versailles.

» Le résultat de ces belles affaires a été l'entière destruction des deux régimens de hussards de Brandebourg et de Pomeranie, les plus beaux de l'armée prussienne.

[ocr errors]

» Les troupes françaises, infanterie et cavalerie, ont rivalisé de courage.'

» Le lieutenant-général Excelmans mande qu'il ne finirait pas, s'il voulait: nommer tous les braves qui se sont distingués. Il en adresse l'état par régiment. Il signale particulièrement le lieutenant-général Stroliz, lès généraux Burthe, Vincent, ainsi que le brave colonel Briqueville, qui est grièvement blessé. Les colonels Saint-Amand, du 5o dragons, Chaillot, du 15e, Simonot du fer de chasseurs, Faudons, du 6e; Schmidt, du 8e, et le colonel Paolini, du 44° d'infanterie. » La commission du gouvernement a chargé le ministre de la guerre de lui proposer les récompenses à donner aux officiers, sous-officiers et soldats qui se sont le plus distingués...

» Nous avons fait dans ces deux affaires beaucoup de prisonniers, et pris environ un millier de chevaux.

» Nos troupes ont parfaitement été secondées par les habitans des communes voisines, qui ont assailli l'ennemi en tirailleurs, même avant l'arrivée de nos soldats. Ils sont encore en ce moment à la recherche des fuyards. On ne peut trop faire l'éloge de leur courage.

» Le lieutenant-général Lecourbe a été attaqué le 24 dans sa position de Dannemarie et de Chavannes. L'ennemi a été repoussé; nous avons gardé nos positions.»

Des applaudissemens se manifestent au moment où l'on entend que les communes voisines de Paris ont secondé les troupes.

[ocr errors]

M. Polluche prend la parole pour proposer d'accorder à Napoléon la bibliothèque demandée en son nom. Accordé. L'assemblée décide ensuite que des commissaires, commis par elle, iront visiter le corps de Vandamme. -- On décide enfin que l'armée de la Vendée a bien mérité de la patrié.

Le président prévient l'assemblée qu'elle aura à se retirer dans ses bureaux pour continuer la discussion de la Constitution, et demande quand elle se réunira en séance publique.

Un membre. « Ce soir. »'

[ocr errors]

Plusieurs voix. «Point de séance du soir; demain. »>

Le président indique la séance publique pour demain à midi. La Chambre des Pairs reçut du gouvernement les mêmes messages que celle des Représentans; sur le rapport de Thibaudeau, elle accepta l'adresse à l'armée, votée par ceux-ci.

ÉVÉNEMENS MILITAIRES ET DIPLOMATIQUES.

Le 3, vers trois heures du matin, Davoust fit attaquer le village d'Issy, que les Prussiens occupaient en force. L'attaque, mal dirigée et surtout mal calculée, n'eut point de succès. Au reste on n'y attachait point une importance capitale : les pourparlers avaient recommencé. Saint-Cloud fut désigné pour le lieu des conférences; Bignon, Guilleminot et le préfet Bondy s'y rendirent à quatre heures, munis de pleins pouvoirs. Là fut signée la capitulation qu'on va lire plus bas.

Paris d'ailleurs était tranquille; il semblait que le danger ne fût point à ses portes.

[blocks in formation]

Les fédérés de la Dordogne font à la Chambre une adresse dans laquelle ils expriment leur entier dévouement à la patrie, à la liberté et à l'indépendance nationale; ils sont prêts à marcher partout où l'exigera la défense commune.— -La mention honorable est ordonnée.

Les élèves de l'école impériale d'équitation demandent à être autorisés à rejoindre l'armée. La mention honorable et le renvoi au gouvernement sont

ordonnés.

Un secrétaire donne lecture de la lettre suivante, écrite par le général comte Vandamme.

« Monsieur le président, plusieurs députations de la Chambre des Représens tans ont visité ce matin les troupes que j'ai l'honneur de commander, et qui se composent des troisième et quatrième corps d'infanterie, du corps de cavalerie du lieutenant-général Excelmans, et des divisions légères Domon et Wallain. Elles ont bien voulu venir ensuite à mon quartier-général, nous ont adressé des félicitations sur notre conduite, et ont promis des récompenses aux braves qui se sont le plus distingués dans les glorieuses journées de Fleurus, Wavres et Namur. Messieurs les représentans m'ont demandé des états et des mémoires de proposition; je n'ai pu les leur fournir, parce que déjà j'ai adressé au ministre de la guerre les diverses demandes faites par messieurs les généraux, en faveur des troupes sous leurs ordres. Son excellence ne manquera sans doute pas de solliciter les justes récompenses que je réclame pour ceux qui m'ont si bien secondé. J'ai l'espoir que le gouvernement mettra quelque empressement à donner des preuves de bienveillance à une armée qui a soutenu l'honneur national, et dont l'arrivée sous les murs de Paris doit nécessairement contribuer à faire obtenir de l'ennemi des conditions plus avantageuses, s'il faut traiter.

A

>> Je saisis celte occasion, monsieur le président, pour affirmer à la Chambre que les sept divisions d'infanterie, les six divisions de cavalerie, les troupes d'artillerie et du génie, que j'ai heureusement reconduites depuis Wavres jusqu'à Namur, et de Namur dans la capitale, sont animées du meilleur esprit.

« PreviousContinue »