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publiques. Il resta démontré pour le peuple, qu'il avoit été formé un complot contre le port de Brest, et que c'étoit là noblesse qui avoit machiné cette horreur, puisqu'en étant accusée généralement, le duc de Dorset n'avoit rien dit qui pût affoiblir l'opinion pu blique.

Cette manœuvre contribua plus qu'aucune autre à allumer entre les deux premiers ovdres cette funeste division qui a long-tems fait croire aux canemis naturels de la France, qu'ils pourroient s'approprier la plus belle portion de cet empire.

La publicité de la lettre du duc de Dorset fut cause aussi de l'expoliation, de l'incarcération, de l'assassinat, de la fuite de plusieurs gentilshommes ; et ce ne furent pas là les seuls effets qu'elle produisit. Cette malheureuse dénonciation d'un complot contre le port de Brest, fut encore le prétexte qui donna naissance à cet exécrable comité des recherches où Néron-Voidel exerça tant de vengeances contre les anti-orléanistes, et qui à son tour engendra ces comités de surveillance, de sûreté générale, de salut public, que nous avons vus si long-tems se nourric de délation et de sang.

Je présenterai ici une observation qui prouve que dès les premiers jours de la révolution, le parti de d'Orléans en Angleterre, étoit considérable et puissant. Il est évident que ce prince n'avoit pu exporter la plus grande partie de nos grains sur le sol anglois,

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à l'insu de tous les agens du gouvernement britannique; il n'avoit pu faire les achats, les cargaisons, les emmagasinemens sans l'assistance de plusieurs riches maisons angloises. Il est difficile de croire que des étrangers entretenant des relations de ce genre avec le premier prince du sang, n'entrevissent pas ses vues ultérieures, et n'eussent pas un désir secret ou formel d'en voir l'exécution. Mais voici un fait qui dévoile tout le crédit dont la faction de d'Orléans jouissoit en Angleterre.

du

Au mois de mai 1789, il étoit notoire dans toute l'Europe que la Grande-Bretagne regorgeoit de grains. Louis XVI qui prévoyoit tous les désastres qu'alloit entraîner pour son royaume, la disette qui affligeoit son peuple, demanda en son propre nom au ministère anglois, qu'il lui fût permis de faire acheter en Angleterre vingt mille sacs de bled. C'étoit un bien modique secours. Le ministère anglois répondit qu'il ne pouvoit accéder à cette demande, sans la mettre sous les yeux parlement. MM. Pulteney, Walson, Wilberforce, le major Siott et plusieurs autres membres l'appuyèrent avec beaucoup de chaleur et de générosité; ils représentèrent que l'humanité autant que le bon voisinage, exigeoit impérieusement qu'on octroyât ce secours. La majorité alloit l'accorder. M. Pift allarma alors avec beaucoup d éloquence le parlement sur cette exportation, et obtint que la demande fût renvoyée à l'examen du.

conseil privé. Ainsi il avoit d'abord voulu s en rapporter au parlement, et lorsqu'il vit ce corps prêt à se rendre aux désirs de Louis XVI, il ne voulut plus de sa décision. Il résulta des délibérations du conseil privé, la formation d'un comité parlementaire où l'on fut d'avis de ne point permettre l'exportation des vingt mille sacs.

Non-seulement on ne la permit point, mais on avoit tellement à cœur de refuser le secours, qu'on fit un réglement sévère pour prévenir toute contrebande, toute fraude qui pourroit éluder cette défense. Ainsi l'Angleterre gorgée de nos grains, refusa impitoyablement au malheureux Louis XVI une légère portion de la subsistance qu'on avoit volée à son peuple; ce refus laissa la famine exercer ses ravages, et de-là naquirent l'insurrection du 14 juillet, les forfaits des 5 et 6 octobre.

L'Angleterre cependant si cruelle pour Louis XVI, vit sans émotion dans le mois d'octobre suivant, le duc d'Orléans, faire sortir de son sein, tous les grains qu'il y avoit transportés. Il me semble qu'il est assez naturel de conclure de ces diverses particularités, qu'il y avoit en Angleterre un parti dont l'intérêt secret se lioit avec la cause de la faction d'Orléans. Au surplus voilà des faits que j'ai dû rapporter parce qu'ils appartiennent à l'histoire que j'écris; c'est au lecteur à prononcer sur les inductions qui me semblent en sortir naturellement.

Les germes de révolution que les orléa

nistes avoient semés dans les autres contrées de l'Europe, s'y sont successivement développés avec plus ou moins de malignité, et nulle part ils ne sont entièrement étouffés. L'assassinat de Gustave III arrivé si à propos pour les factieux de France, les mouvemens de Berlin, le déchirement de la Pologne, les dissentions de la Hollande, l'insurrection des Liégeois, le soulèvement des Pays-Bas contre leur légitime souverain l'immobilité de la Suisse, l'influence que philosophe d'Aranda n'a cessé de conserver sur les délibérations du cabinet de Madrid; tous ces événemens toutes ces agitations dont les effets ne se borneront pas au tems présent, sont l'ouvrage de cette exécrable faction qui croyoit avoir besoin de la désolation de l'univers pour que son chef régnât paisiblement en France.

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Ceux qui chez les étrangers comme chez nous, ont servi le parti d'Orléans, n'ont pas tous cru qu'ils ne travailloient que pour ce parti; mais pour ne l'avoir pas cru, il n'en reste pas moins vrai qu'ils ne servoient réellement que lui; il n'en reste pas moins vrai que les chefs, que les principaux agens qui par-tout ont mis la foule en mouvement, étoient des hommes dévoués à d'Orléans, et ́ initiés dans ses secrets.

Il est même certain que les menées de ce prince ne se bornèrent pas à l'Europe. On en trouve une preuve authentique dans ce mémoire que Necker publia pour rendre

compte à la nation françoise des efforts et des sommes que coûtoit au roi l'approvision nement du royaume. Il est dit dans ce mémoire, qu'un convoi considérable de grains nous arrivant de l'étranger pour le compte du gouvernement, avoit été attaqué sur la Méditerranée par les Barbaresques, et que plusieurs bâtimens avoient été perdus. Ce revers si affligeant par les circonstances où l'on se trouvoit, paroissoit avec raison au miuistre d'autant plus extraordinaire, que jusqu'à ce moment les Barbaresques avoient respecté notre pavillon. Le tems a éclairci ce mystère ils avoient été poussés à nous faire cette insulte par des agens de cette faction qui croyoit avoir le plus haut intérêt à nous affamer. Ainsi l'on ne peut dire jusqu'où la conjuration du prince avoit étendu ses branches, comme on ne pourra jamais calculer tout le mal qu'elle a produit.

Les journalistes anglois au reste s'épuisoient en conjectures sur le voyage et le séjour du duc d'Orléans à Londres. Ils n'en connoissoient point ou feignoient de n'en point connoître le véritable motif. Voici ce qu'on lisoit dans la plupart des feuilles périodiques dont l'Angleterre comme notre France est inondée :

« Il est certain que le départ du duc d'Orléans a répandu l'alarme daus le parti patriotique qui le regardoit comme son chef. On considère ce départ comme un abandon du parti qu'il a d'abord soutenu. Cette idée

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