Page images
PDF
EPUB

Cultes.

Le clergé ayant été, sous le gouvernement royal, mis dans une situation qui l'exposait à dévier de tous les principes, les émigrés se flattaient de parvenir à dépouiller les propriétaires des biens nationaux, quoique les ventes eussent été ordonnées par une longue suite de lois, quoique ces lois fussent du tems de Louis XVI et sanctionnées par lui; mais bientôt il avait été dérogé sur des points importans, ce qui donnait une sorte d'assurance que l'ancienne législation serait successivement détruite.

Avec ce point d'appui, les émigrés regardèrent comme leur principal moyen celui de présenter les acquéreurs de biens nationaux comme des spoliateurs, et de chercher sous ce rapport à troubler les consciences: ce moyen dépendait principalement de la part que le clergé voudrait y prendre; les curés et les desservans ont été circonvenus par les promesses les plus flatteuses.

On a cherché surtout à leur persuader que la rentrée du clergé dans ses biens serait la suite du succès des émigrés: malheureusement un grand nombre de prêtres ont cru à ce nouvel ordre de choses, et ont méconnu la règle de conscience confirmée par les déclarations mêmes du pape, portant que les acquéreurs ne devaient point être troublés dans leurs propriétés; ils ont été séduits par la perspective de leur ancienne richesse.

Les principes religieux n'ont pu les contenir; ils ont été entraînés par la plus perfide impulsion; ils n'ont point réfléchi qu'ils allaient encourir la haine de tous les paroissiens propriétaires, par eux-mêmes ou par leur famille, de biens nationaux: ils se sont trouvés ainsi engagés à prendre une part active et coupable au mouvement politique; mais bientôt ils sont venus, à ce titre, odieux non-seulement aux acquéreurs de biens nationaux, mais encore à tous les militaires que le sentiment de la gloire tenait toujours attachés à l'empereur. Cependant ceux qui sacrifiaient ainsi le clergé n'obtenaient rien pour lui du gouvernement royal, et sa position, loin de s'améliorer, devenait de plus en plus fâcheuse. Non-seulement les desservans n'ont reçu de ce gouvernement aucune augmentation de traitement, mais encore les communes indisposées, ont cessé d'accorder des supplémens dont ils ont le plus grand besoin. Un décret du 15 Mars, 1814 avait attribué une indemnité de 150 fr. par an au desservant qui, à défaut de prétre, faisait le service dans deux paroisses: cette indemnité a été portée, par une ordonnance du 6 Novembre suivant, à 200 francs; et c'est la seule occasion où le gouvernement royal se soit occupé du traitement du clergé; mais aucune partie de ce supplément n'était encore acquittée au retour de S. M. qui,

par décret du 4 de ce mois, a maintenu l'indemnité à 200 fr., et a donné des ordres pour qu'elle fût payée.

La fin des difficultés avec la cour de Rome était depuis plusieurs années dans le vœu de S. M., ainsi que le prouveut les négociations réitérées à Rome, à Savone et à Fontainebleau.

Le clergé se flattait que sous le gouvernement royal les deux autorités s'entendraient facilement, mais quelques évêques non-démissionnaires avaient résolu de troubler, par suite de leur insoumission au pape, et pour leur intérêt particulier, l'église entière de France: ils out osé proposer de re jeter le concordat que le Saint-Père regarde au contraire comme le plus grand service qu'il ait pu, de concert avec S. M., rendre à la religion et à l'église de France. Il en est résulté que la négociation engagée avec la cour de Rome, loin de présenter une issue prochaine et favorable, rendait presque inévitables de très-longues discussions d'un autre genre et non moins fâcheuses; si donc l'on peut espérer un prompt et heureux rétablissement de la paix de l'église, c'est depuis le retour de Sa Majesté, qui, n'ayant plus avec le pape les mêmes intérêts temporels et politiques à discuter, et n'ayant jamais voulu, quant aux matières ecclésiastiques, s'écarter du droit public que les deux autorités ont toujours reconnues en France, doit se flatter que de nouvelles démarches auprès de Sa Sainteté, et le désir qu'elles auront l'une et l'autre de mettre une prompte fin à ces troubles malheureux, ne tarderont pas de rendre à l'église le caline qui lui est si nécessaire.

Lorsque Sa Majesté manifeste ainsi ses sentimens, le clergé ne peut douter qu'il ne soit dans son intention de faire respecter la religion et ses ministres : et c'est en leur donnant toutes les preuves d'une protection spéciale, 'qu'il ramènera vers des pasteurs égarés des habitans qui auraient à s'en 'plaindre.

Sa Majesté elle-même oubliera que des plaintes multipliées lui ont été portées coutre des ecclésiastiques pour avoir manqué aux devoirs que la religion prescrit envers le souverain; elle est persuadée que le clergé en général est fidèle aux principes religieux, ainsi qu'à la foi des sermens qu'il lui a prêtés, et à la reconnaissance que lui inspire le grand bienfait du rétablissement des autels et de sa propre existence.

Ordre judiciaire.

Des dispositions ont été faites pour rendre à la justice répressive toute son action; et pour remplacer ceux des magistrats qui n'ont pas paru mériter de continuer leurs fonctious, on qui se sont même fait justice en donnant leur démission.

Au criminel, l'institution du juri justifie de plus en plus le grand intérêt qu'elle inspire: l'expérience, dont naguères en

core on invoquait une plus longue épreuve, pour se ménager sans doute les moyens d'y porter atteinte, n'a plus rien à révéler; elle ne laisse plus de doute sur les avantages que procure une telle institution.

La sagesse des décisions qui émanent de ce tribunal de citoyens, est un sujet presque continuel d'éloges de la part des présidens des assises, dans les rapports que ces magistrats, à la fin de chaque session, adressent au ministre de la justice. Cependant quelques mesures législatives et réglementaires, paraissent nécessaires pour rendre moins pénibles à une partie des citoyens, des fonctions dont tous s'acquittent avec la plus grande dignité.

Département de la guerre.

L'empereur a rétabli sur ses anciennes bases l'armée dont le gouvernement des Bourbons avait dispersé les élémens.

Tous les braves ont reconnu sa voix et se sont ralliés à leurs aigles. L'armée française est sur un pied respectable; les différentes armes sont relativement dans la proportion nécessaire, et les forces convenablement réparties sur les différentes frontières de l'empire: toutes les branches du service militaire ont reçu une nouvelle impulsion.

J'en présente l'analyse en évitant d'entrer dans les détails dont il est important que les ennemis n'aient pas connaissance.

Force des armées.

Au 1er Avril, 1814, l'armée française, soit en campagne, soit dans les places fortes et garnisons d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et de France se composait de 450,000 combattans, et si l'on y comprend 150,000 prisonniers, soldats les plus aguerris qui devaient nous être rendus, la force totale de l'armée s'élevait encore à 600,000 hommes. On ne comprend point dans cette énumération la levée des conscrits de 1815, parce que sur les 160,000 conscrits mis à la disposition du gouvernement, 45,000 seulement out été appelés.

Inquiet, effrayé de ses propres forces, le gouvernement royal fit de longs et vains efforts pour les dissoudre. Les provocations à la désertion, les encouragemens offerts par les agens des puissances étrangères, l'abandon des armes et des effet militaires, laissaient encore dans les rangs 250,000 vieux soldats; et pour ébranler leur fidélité, pour mutiler l'armée jusqu'à la proportion prescrite par un système de finance, dont toutes les économies devaient uniquement peser sur l'armée, il fallait encore expulser 110,000 braves.

Le désordre fut grand, la désorganisation si rapide, qu'on fut obligé de faire un rappel de 60,000 hommes au mois de Novembre, 1814: mais la confiance était perdue; au 20 Mars, dernier, 35,000 hommes seulement étaient rentrés, et cette

force de plus de 600,000 hommes se trouvait en moins d'un

an réduite à 175,000.

Depuis le 20 Mars, en deux mois, l'armée de ligne s'est élevée de 175,000 à 375,000 hommes.

Militaires en retraite, formés en cinquante-cinq bataillons et trente-six compagnies d'anciens canonniers...

Ce résultat se vérifie par le détail suivant:

Enrôlemens volontaires....

20,000

Anciens militaires rappelés sous les drapeaux.... Vieux soldats rentrés dans les cadres des bataillons d'élite des gardes nationales......

80,000

25,000

33,000

20,000

5,000

6,000

6,000

12,000

Seize régimens de jeune garde qui avaient été dis

sous....

Grenadiers et chasseurs de la vieille garde, infanterie ou cavaliers rentrés sous leurs aigles...... Cinquante compagnies de canonniers gardes-côtes réorganisés..

Chasseurs des Pyrénées et des Alpes......
Huit régimens étrangers......

Cette masse de 200,000 hommes, si l'on en excepte quelques enrôlés volontaires, se compose toute d'auciens soldats et, ne comprenant point d'hommes au-dessous de vingt ans, laisse intactes les ressources pour le recrutement.

La force de l'armée de ligne s'accroît chaque jour par les élémens que l'on vient d'indiquer, et dans une proportion qui permet d'espérer qu'elle pourra s'élever jusqu'à 500,000 hommes.

D'un autre côté, 417 bataillons de grenadiers et chas eurs choisis sur la masse des bataillons de garde nationale, et tous composés d'hommes de l'âge de vingt à quarante ans, sont destinés à former les garnisons des places et les réserves déterminées dans le plan de défense des frontières.

Sur ce nombre de 417 bataillons, 240 ont déjà été mis en marche, et l'effectif de ceux déjà arrivés à leurs destinations, est au 10 Juin de 150,121 hommes.

La formation successive des autres bataillons et le complètement produiront encore 200,000 hommes.

On ne comprend point dans ces bataillons les 106 compagnies d'artillerie de garde nationale, complètement organisées dans les différentes places, et qui donnent une force de 12,000 canonniers.

Ainsi donc 850,000 Français vont défendre l'indépendance, la liberté, l'honneur de notre patrie, et pendant qu'ils combattrout, la masse des gardes nationales sédentaires, aussi fortement, aussi régulièrement organisée que les élites, ajoute dans les places fortes, dans tous les postes, dans toutesl es villes de l'inté

E E

rieur, de nouvelles ressources pour le triomphe de la cause nationale.

Organisation et personnel.

Il était peut-être moins difficile à l'empereur de retrouver les élémens de l'armée qui de toutes parts se reproduisaient à ses regards et sous sa main, que de rétablir son organi

sation.

Cent soixante-sept régimens d'infanterie de six et huit bataillons, avaient été réduits à 105 de trois bataillons, et 91 de cavalerie à 57.

Pour confondre et effacer les plus glorieux souvenirs, les incorporations, les changemens de numéros, les nouvelles dénominations avaient divisé la famille des braves et semé la discorde.

Tout à-la-fois, ingrat, avare et prodigue, le gouvernement réduisait à la demi-solde 14,000 officiers, forçait à la retraite les chefs les plus dévoués à leur pays, et les sous-officiers que les actions d'éclat avaient fait élever jusqu'au grade de capitaine: pendant que 4 on 5000 anciens officiers émigrés, qu'on avait vu combattre contre leur patrie, étaient introduits dans les rangs de l'armée, récompensés par des pensions et des grades honorifiques.

L'empereur a rétabli tous les régimens sur l'ancien pied, augmenté ceux d'infanterie de deux bataillons, et rappelé à leurs postes un grand nombre d'officiers supérieurs et parti culiers.

La formation des bataillons d'élite de la garde nationale, la création de trente-six bataillons de tirailleurs tant à Paris qu'à Lyon, ont fait employer encore 230 colonels, 460 chefs de bataillons et 460 capitaines adjudans-majors.

Un grand nombre d'officiers en retraite ont été rappelés pour servir dans les places.

Enfin, l'empereur est dans l'intention d'assurer à la classe si précieuse des sous-officiers les avantages d'un nouveau mode d'avancement qui leur assurera la moitié des sous-lieutenances vacantes, et rappelera les dispositions libérales et l'alternative de l'élection et de l'ancienneté consacrées par la loi du 14 Germinal an 3.

Ce fut surtout dans les états-majors que le gouvernement des Bourbons porta le plus grand désordre, et montra le plus son imprévoyance et sa faiblesse ; pendant qu'il écartait, humiliait, réduisait au désespoir plus de la moitié des généraux de l'armée impériale, et qu'il environnait de soupçons et de recherches inquiètes ceux qui s'étaient montrés les plus fidèles à leurs devoirs et à l'empereur, pendant qu'il leur retirait le gouvernement des places fortes, plus de 500 nouveaux géné

« PreviousContinue »