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désespérer de la restauration de notre marine en tems de guerre, ou avoir recours à des mesures nouvelles. En prenant le premier parti, on eût agi comme l'a fait l'administration Sous Louis XIV et Louis XV, découragée par la défaite de la Hogue et par les suites de la guerre de 1758. A l'une et l'autre époque, on renonça à la marine; on cessa de construire; on porta les ressources des finances sur l'armée de terre et sur les autres départemens; mais les résultats de cet abaudon furent bien funestes à la gloire et à la prospérité de la France. § L'Angleterre nous donna la loi; elle nous imposa des traités qu'il faudrait pouvoir déchirer de nos annales. Nous dûmes nous-mêmes démolir nos ports et recevoir des commissaires anglais pour en surveiller la démolition. Par une conséquence trop naturelle de la supériorité de ses forces, l'Angleterre nous imposa des traités de commerce destructifs de notre industrie, et lorsqu'elle jugea devoir nous faire la guerre pour piller notre commerce ou s'emparer de nos établissemens dans les différentes parties du monde, elle nous trouva sans armées navales et sans aucun moyen de défendre notre pavillon. Delà ce mépris que le peuple d'Angleterre témoignait en toute occasion pour nous.

L'administration sous Louis XIV et sous Louis XV, fut-elle obligée d'embrasser le parti funeste de renoncer à la marine par le dérangement de nos finances ou par l'impossibilité réelle où se trouvait la France dans ses anciennes limites, de construire et réorganiser de grandes flottes en tems de guerre?

Presque rien n'est possible à Brest, ou du moins tout y est extrêmement difficile lorsque ce port est bloqué par une escadre supérieure: mais il est possible que les raisons de finances, les besoins que faisaient naître les guerres continentales, et la difficulté de recréer la marine concourent, avec le peu d'énergie de l'administration, à faire prendre le parti désespéré de laisser dépérir notre marine.

Les échecs qu'ont éprouvés depuis nos escadres, fruits immédiats de nos dissensions civiles, nous ont placés dans la même situation où se trouvait l'administratiou sous Louis XIV et sous Louis XV, mais si la situation était semblable, les autres circonstances étaient différentes en tout point.

La possession de la Hollande, de l'Escaut, l'extension de notre puissance sur les côtes de l'Adriatique, sur les ports de Gênes et de la Spezzia, sur tous les cours du Rhin et de la Meuse, nous donnait des moyens maritimes d'une bien autre importance que ceux que possédait l'ancienne monarchie, nous pouvons construire des flottes sans que la supériorité de l'ennemi puisse l'empêcher ou même les rendre plus coûteuses.

La bonne administration des finances de l'empire nous met en état de faire face aux dépenses qu'entraîne l'établissement d'une grande marine, et de satisfaire aux frais des guerres

TOME V.

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continentales. Enfin, l'énergie de notre gouvernement, sa ve lonté ferme et constante, étaient seules capables de lever de plus grands obstacles.

L'administration de la marine sentit pourtant la nécessité d'adopter un systême fixe et calculé, qui fit marcher de front la création ou le rétablissement des ports, la construction des vaisseaux et l'instruction des matelots.

Dans la Manche, la nature a tout fait pour l'Angleterre; elle a tout fait contre nous. Dès le règne de Louis XVI on avait senti l'importance d'avoir un port sur cette mer; le projet de Cherbourg avait été adopté, et les fondemens des digues avaient été jetés. Mais dans nos troubles civils, tous ces ouvrages interrompus s'étaient déteriorés, tout avait été remis en problème jusqu à la convenance du choix du local, et on deman, dait si on n'aurait pas mieux fait de préférer la Hogue à Cherbourg.

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L'administration fixa ses regards sur ces importantes questions. La décision en faveur de Cherbourg, fut confirmée, et on travailla sans délai à rehausser la digue pour abriter la rade. - Mais cette rade avait les inconvéniens d'une rade foraine. Le carénage des vaisseaux y était impossible, ou difficile. L'administration ne s'arrêta ni à la dépense, ni à la difficulté des localités, et on entreprit un port creusé dans le roc pouvant contenir 50 vaisseaux de guerre et des chantiers suffișans pour la construction d'une escadre.

Après dix ans de travaux, le succès a justifié toutes ces entreprises. Une escadre est sur le chantier de Cherbourg, et les bassins pourront recevoir cette année l'escadre la plus nombreuse. C'était beaucoup que d'avoir satisfait au besoin, senti depuis le combat de la Hogue, d'avoir un port dans la Manche; mais il n'était pas moins important d'avoir un port dans la mer du Nord et de pouvoir profiter des rades nombreuses et sûres de l'Escaut.

Le bassin de Flessingue, celui d'Anvers ont coûté bien des millions. Vingt vaisseaux peuvent être construits à la fois dans les chantiers d'Anvers et plus de 60 trouver un abri dans les ports d'Anvers et de Flessingue.

La Hollande contenait une population qui s'est toujours distinguée dans la marine; mais les vaisseaux de construction hollandaise ne pouvaient être employés utilement dans la lutte actuelle. La célérité de la marche est un des élémens de la guerre maritime, et les vaisseaux hollandais paraissent plutôt construits pour porter des marchandises que pour évoluer et livrer des batailles.

Ce peuple industrieux avait fait des miracles pour vaincre les obstacles, en apparence insurmontables, de ses localités, mais il n'avait réussi qu'imparfaitement.

L'administration sentit qu'il n'y avait dans la Hollande qu'un

seul port, un seul chantier, un seul remède à tous les iuconvéniens des localités, et elle porta les forces' maritimes de la Hollande au Niew-Diepp; quoique ce projet n'ait été conçu que depuis deux ans nous jouissons déjà de tous ses avantages, et par ce moyen, un nouveau port se trouve être en notre pou voir à l'extrémité de la Mer du Nord. 翼

Les ingénieurs de l'armée de terre ont poussé les travaux avec la plus grande et la plus lonable activité. Le Helder, Flessingue, Anvers et Cherbourg sont dans une situation telle que nos escadres y sont à l'abri de toute insulte et peuvent donner à nos armées de terre le tems d'arriver à leur secours, fussent-elles au fond de l'Italie ou de la Pologne; ce que l'art pouvait ajouter aux avantages naturels de Brest et de Toulon avait été fait par l'ancienne administration.

Il n'en était pas de même de l'embouchure de la Charente. La rade de l'Isle d'Aix n'était pas propre à contenir un grand nombre de vaisseaux. L'administration a senti le besoin d'avoir un abri plus sûr dans la Mer de Gascogne.

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La rade de Saumouard a été reconnue et fortifiée. Les rades de la Gironde l'ont été également, et une communication intérieure pour les plus grands vaisseaux a été perfectionnée, de sorte que les rades de l'Isle d'Aix, du Saumouard, de Talemont, et les rades de la Gironde forment, pour ainsi dire, un même port.

Après Toulon, la Spezzia est le plus beau port de la Médi terranée. Des fortifications du côté de terre et du côté de iner devenaient nécessaires pour y mettre nos escadres en sûretés Ces fortifications offrent déjà une résistance convenable.

Ainsi, à peine six aus se sont écoulés depuis que le systême permanent de guerre maritime a été arrêté, que les ports du Texel, de l'Escaut, de Cherbourg, de Brest, de Toulon, et de la Spezzia sont assurés, et offrent sous le point de vue maritime et militaire toutes les propriétés désirables.

En même tems qu'on construisait et qu'on fortifiait les ports, on pensa à établir des chantiers pour construire des vaisseaux. Sous l'ancienne dynastie nous étions réduits à moins de 25.

Brest pouvait, tout au plus, offrir les moyens de radoub. Ou dut renoncer à tout projet de construction, ou établir sur l'Escaut un chantier où 20 vaisseaux à trois pouts, de 80 et et 74, pussent se construire à la fois. Ce chantier, approvisionné par le Rhin et la Meuse, et par tous les afluens du continent de la France et de l'Allemagne, est constamment pourvu abondamment et à bon marché.

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On reconnut la possibilité de construire, sur les chantiers d'Amsterdam et de Rotterdam, des frégates et des vaisseaux de 74, de notre modèle, en attendant que les chantiers et les établissemens fussent formés sur le Niew-Diepp.

partance, appareillant tous les jours et dans une situation telte qu'acun ne sait, au moment où on lève l'ancre, si c'est pour un exercice ou pour une expédition lointaine.

La conscription maritime produit tous les ans vingt mille jeunes gens. L'inscription des pêcheurs produit aussi des res sources importantes.

Enfin, au moment où la paix continentale aurait rendu disponible la conscription de tout l'empire, nous pourrions, à volonté, accroitre la conscription maritime,

Les garnisons des vaisseaux étaient tirées de l'armée de terre. Une partie du canonnage à bord se faisait par le corps impérial des canonniers de la marine.

L'administration de la marine a désiré que l'un ou l'autre de ces corps fût rendu à l'armée de terre, et que le service fût fait par des marins propres aux manœuvres hautes comme aux manœuvres basses, qui pussent également monter au haut des mâts, faire la manœuvre du canon, et servir comme garnison de vais seau. L'avantage de ce systême était évident; c'etait doubler nos gens de mer et nous mettre à même un jour, en envoyant des hommes de garnison sur nos escadres avec quelques canonniers, de doubler les équipages. Les circonstances actuelles où nous avons à soutenir deux guerres continentales, ont fait apprécier l'avantage d'avoir dans l'armée 40,000 vieux soldats, propres au service de terre comme au service de mer.

C'est leur changement de destination qui a rendu nécessaire l'appel de la conscription maritime de 1814.

L'Angleterre peut avoir le nombre de vaisseaux et de troupes de terre qu'elle voudra; elle peut donner à son commerce la direction qui lui convient; mais nous prétendons rester dans les mêmes droits. Si elle prétend nous imposer la condition secrette de detruire nos escadres, de les réduire à 30 vaisseaux ou de souscrire à des traités de commerce non conformes à nos intérêts, une telle paix ne sera jamais signée par l'empereur, ni désirée par aucun Français.

Nous desirous la paix; mais si nous ne pouvions l'avoir qu'à ces conditions, il faudrait bien continuer la guerre, et chaque année de guerre nous accroîtrious nos forces navales, sans que la supe riorité de l'enuensi pût nous en empêcher.

L'armee de terre se compose de la garde unperiale, qui comprend 20 regimens d infanterie et 44 escadrous; de 152 régimens de ligne et de 37 d'infanterie légère, faisant 189 régimens d'infanter e ou 9-15 bataillons français; de 15 régimens d'artil lerie, de 30 bataillons du train; de 90 régimens de cavalerie, à huit compagnies chacun; indépendaniment de quatre régimens suisses, de six régimens étrangers, et de plusieurs bataillons coloniaux.

Je ne vous parlerai point, Messieurs, d'événemens militaires ni politiques; je ne pourrais rien ajouter à ce qui est à votre

connaissance et à ce que l'empereur vous a dit en peu de mots, mais avec tant de profondeur.

Il m'a paru que le simple exposé de notre situation intérieure, appuyé sur des états et sur des chiffres, l'exposé de notre situation maritime et militaire étaient suffisans pour faire comprendre l'immensité de nos ressources, la solidité de notre systême et les grâces que nous avons à rendre à un gouvernement vigilant dont les travaux sont constamment consacrés à tout ce qui est grand et utile à la gloire de l'empire.

Le compte de l'administration des finances, qui vous sera incessamment communiqué, vous fera connaître leur situation prospère; ce que je pourrois en dire serait insuffisant et incomplet.

La ferme résolution du souverain de protéger également toutes les parties de son empire, et de marcher constamment dans le même système d'économie et de grande administration, ne peut que redoubler, s'il est possible, la confiance et l'amour que lui portent tous ses sujets.

Réponse de M. le président à M. le ministre de l'intérieur et à MM. les couseillers d'état chargés de présenter l'exposé de la situation de l'empire.

Messieurs,

L'exposé de la situation de l'empire, que nous n'entendons jamais sans un nouvel intérêt, ne peut trouver de juges plus éclairés, ui recevoir d'applaudissemens plus sincères qu'au sein du corps législatif. Qui de nous ignore les progrès de cette circulation intérieure, qui anime toutes les industries, et en fait arriver le produit jusqu'à cette classe laborieuse, qui en avait si long-tems iguoré la jouissance. C'est par le souvenir de ces jours peu éloignés de nous, et non par le regret de ceux qui ne peuvent luire encore, que nous aimons à juger des travaux du gouvernement et de ses succès. La France, naguère tributaire de l'étranger dans la plupart de ses besoins, sans circulation entre les villes de l'intérieur, saus travail assuré aux habitaus des campagnes, et sans salaires proportionnés, voyait son commerce et sa fortune concentrés dans quelques villes maritimes, dout nous regrettons momentanément la splendeur, mais dont l'influence était peu sensible dans les provinces éloignées. Aujourd'hui une agriculture plus savante donne des produits bien plus considérables; de grandes manufactures transportent dans chaque contrée les arts de l'etranger; le travail plus abondant et mieux payé fait oublier au peuple ses longues privations. Loin de nous cependant l'idée de toute injustice envers ces tems antérieurs; on fit beaucoup alors, mais nous avons surpassé les espérances de nos pères; et loin de méconnaître ces bienfaits, nous aimons à en rapporter la gloire à leur auteur. Comment

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