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: Qu'il y ait eu de l'argent donné à ceux qui étoient assez méchans pour se faire craindre, assez vils pour se faire acheter, on ne peut en conclure autre chose, si ce n'est que dans l'affreux brigandage auquel la France est en proie, la pureté des vues, la rectitude des moyens étoient sans autorité ; mais qu'on me montre dans toutes ces pièces une seule preuve de concert avec les émigrés ou avec les puissances étrangères, un projet même formé par le roi, d'armer dans l'intérieur du royaume pour recouvrer sa puissance. Instruit des complots tramés contre lui, menacé d'être détrôné et assassiné, exposé à des insultes, à des violences continuelles, qu'on cherche dans ce dépôt secret, s'il a provoqué, approuvé, ou reçu un projet pour se défaire à main armée de ses ennemis, et lorsqu'on voit tant d'argent employé dans des dispositions aussi mal conçues, n'ira-t-on qu'avec les mêmes sommes, et moins encore on n'eût pu faire facilement disparoître les ennemis les plus dangereux de la royauté ?

Ch

C'en est assez pour ceux qui cherchent la vérité, qui ne sont pas insensibles à la voix de l'innocence et de la vertu: ceux-là ne croiront pas que Louis XVI ait opprimé le peuple, et qu'il en ait été l'ennemi; ils se rappelleront ce

qu'il fut quand il étoit tout-puissant. Quinze années d'un règne absolu qui ne fut marqué qué par des traits de bienfaisance, des mœurs douces et religieuses, une inaltérable probité; tel fut le cortège de Louis XVI, allant volontairement au devant de la révolution. Hélas ! quand il se seroit trompé sur les principes, les moyens et les limites d'une liberté à laquelle s'attachent tant de désastres et de tyrannies, que celui qui eût plus de candeur et de bonté, qui eût plus d'obstacles à vaincre, plus de pièges à éviter, plus d'ennemis à pardonner, plus d'injures à supporter, plus de dangers à courir, plus de sacrifices à faire, que celui-là seule se lève pour l'accuser! O Louis! du fond de ta prison, vois tous les hommes justes malheureux de ton infortune vois toutes les sociétés en péril, tous les peuples agités, tous les trônes ébranlés par la chute du tien; entends la voix auguste de la postérité, qui te venge et qui poursuivra avec exécration la mémoire de tes persécuteurs !

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RÉFLEXIONS

PRÉSENTÉES

A LA NATION FRANÇAISE,

SUR

LE PROCÈS INTENTÉ A LOUIS XVI,

PAR M. NECKER (1).

Vitam impendere vero.

UN seul, entre tous les rois qui ont régné sur la France, depuis Charlemagne, un seul a voulu

(1) Incertain si, dans les circonstances présentes je pour rai, selon mes vœux, répandre en France, avec facilité, cette foible défense du plus malheureux des Princes, je pric ceux qui pourroient y concourir, de vouloir bien se réunir à mes vues. Ils ne risqueront pas de se compromettre, car j'ai pris scin de n'offenser personne ; et avec un sentiment profond, je crois avoir observé la moderation que le desir de réussir devor ure suggérer. Je ne touche d'ailleurs, ni directement ni indirectement à aucune opinion politique, et j'espère qu'à ces conditions, je ne déplairai ni à la nation, ni à sęs représentans, Ce 30 octobre 1792, NECK ER,

fonder la liberté publique sur des bases indestructibles, un seul, entouré d'une armée fidelle, et dans la plénitude de ses forces, a posé lui-même des bornes à son autorité ; un seul a dit un jour à sa nation: Venez, associez-vous à ma puissance, et donnez-moi plus d'amour; un seul a jugé sans illusion les prérogatives qui sembloient depuis long-temps appartenir à sa conronne; et dédaignant toutes celles qu'il croyoit inutiles à l'ordre public et au bonheur de la France, il s'en est détaché volontairement et les a déposées, pour ainsi dire, sur l'autel de la patrie ; et ce monarque, aujourd'hui, ce même monarque, après avoir essuyé tous les genres d'outrages, après avoir fait l'épreuve des disgraces les plus amères, se voit renfermé dans une étroite prison, et soumis aux rigueurs de la plus effrayante captivité. C'est-là que, séparé du monde, il apprend de temps à autre l'écroulement de sa fortune et de sa réputation; c'est là qu'on vient de le dépouiller des derniers signes de sa grandeur passée, et c'est-là qu'un jour peut-être on ira l'avertir de venir comparoître, avec toute l'humiliation d'un accusé, devant un tribunal prévenu, devant un tribunal dont la puissance n'existeroit pas aujourd'hui, sans un sentiment généreux, saus un premier acte de confiance de la part d'un roi, que

vous avez nommé vous-même le Restaurateur de la Liberté Française. Cette époque, remarquable dans les annales de la France, ne doit pas être encore effacée de votre mémoire, et l'histoire en conservera, n'en doutez point, le souvenir éternel. Que seroit-ce, grand Dieu! si, près des lignes qu'elle tracera pour consacrer les vertus publiques et particulières d'un infortuné monarque, si, près de cet auguste témoignage, on avoit à lire un jour le récit du plus horrible des forfaits et de la plus barbare ingratitude! Déjà cependant, et au sein de la France, au milieu de cet Empire dont la destinée fut unie pendant neuf cents ans aux illustres aïeux de Louis XVI, personne n'ose encore élever sa voix en faveur de ce prince; c'est en secret qu'on pleure ses malheurs, et c'est avec la plus grande publicité, c'est par tous les genres d'écrits qu'on cherche à le ruiner ou à le dégrader dans l'opinion publique.

Il appartient peut-être à un ancien ministre de ce monarque, et à un témoin de ses vertus et de ses bienfaits, de se placer des premiers au rang de ses défenseurs ; et toutes les affections de mon ame, en saisissant avec transport cette pensée, ne m'ont pas laissé le temps de mesurer mes forces. He as! serai-je entendu, lorsque tous les abords

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