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autres à défendre leur existence et leur honneur Je suis du nombre de ceux qui échappèrent au massacre, parce que je me trouvai, du haut où j'étois posté, transporté en bas sous trois de mes camarades tués. J'ignore comment j'ai été roulé de cette manière; je n'ai pas été dangereusement blessé mais je n'ai rien retrouvé de mes armes. Voilà où s'est fait le premier coup de feu: ceux de nos camarades, répartis dans les appartemens, ont ensuite tiré sur l'attroupement des cours qui d'abord, m'a-t-on dit, s'est sauvé avec le plus grand effioi; mais rallié par les Marseillois et d'autres également iniques enthousiastes, trompés comme l'est malheureusement le peuple, ils sont revenus à la charge, et, secondés de beaucoup de canons, ils ont aisément vaincu d'aussi peu nombreux defenseurs. La majeure partie a été tuée, et le reste déshonoré pour s'être comportés honorablement, et avoir exécuté le serment proféré par tous les citoyens, d'être fidèles à la loi et de défendre les personnes et les propriétés, et sur-tout celles d'un malheureux prince méconnu, et digne de tout notre attachement et de notre reconnoissance. QUATRIÈME

EXTRAIT.

Personne que l'on sache n'a encore fait remarquer que le 10 août au matin cessèrent de paroître tous les journaux, soit royalistes, soit

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impartiaux, tels que la gazette de Paris, l'Ami du Roi par Montjoie, le Mercure, la Correspondance politique par Pelletier, le journal de Fontenay, celui de la Cour et de la Ville, la Gazette Universelle, le Courier de la guerre, et nombre d'autres ouvrages périodiques. Quant aux auteurs, ils furent obligés, ou de se cacher ou de prendre la fuite, et leurs presses furent brisées ou brûlées. Le journal de Paris, rédigé par un député de l'assemblée constituante Regnault de Saint-Jean-d'Angely, qu'on massacra, ne fut pas exempt de la proscription, excepté la feuille du samedi 11, no. 224, qui ne contenoit que peu de détails sur l'évènement de la veille, mais qui en promettoit de plus étendus. Que conclure de cette atteinte à la liberté de la presse, sinon que l'on ne voulut pas que les provinces fussent instruites de la vérité des faits, dont les journalistes ou leurs co-opérateurs avoient été les tristes témoins? Ce fut ainsi qu'on en usa après les forfaits des 5 et 6 octobre 1789. Le mémoire de Mounier qui ne parut que vers la fin de novembre, fut le premier qui fit connoître aux parisiens les choses telles qu'elles s'étoient passées, et on n'a pas oublié que dans cet ouvrage, Mounier s'écrioit: Comme on a trompe les provinces !

DE LOUIS XVI (1);

PAR M. MALOUE T.

NOTE PRÉLIMINAIRE. IL est inutile que je mette mon nom à la tête de cet ouvrage, il n'en résulteroit aucun bien, je ne braverois par-là aucun danger, car j'écris à Londres, et si j'ai des ennemis ils deviendroient ceux de la cause sacrée que je défends.

Je ne méconnois les droits, je ne blâme les institutions d'aucun peuple: monarchie, répu blique démocratique ou aristocratique, tout pouvoir, librement reconnu par ceux qui y obéissent, me paroît légitime.

Je parle aux hommes justes de tous les pays, de toutes les opinions, je m'adresse à la raison publique, à la morale universelle, et j'ai le droit de considérer comme parties adverses, comme personnes privées, non une assemblée, une con

(1) Cet écrit est attribué à M. Malouet.

vention nationale, mais les individus qui se sont personnellement déclarés les ennemis, les accusateurs de Louis XVI, et les chefs d'une conjuration contre le roi et la royauté.

Quant à ce que je dis de plusieurs décrets, et notamment de celui qui prononce l'abolition de la royauté, la convention elle-même m'en a donné le droit, en reconnoissant au peuple celui de le rejeter, et en le prononçant avant que la

moitié de ses membres fùt réunie.

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DÉFENSE DE LOUIS XVI.

J'ENTREPRENDS la défense de Louis XVI

contre ses accusateurs, qui vont devenir ses juges; je le défends, parce que son innocence m'est aussi démontrée que son infortune.

Je discuterai les trois rapports qui ont été faits dans cette grande cause, en commençant par le dernier, qui traite de la question de droit, le roi est-il jugeable? J'arriverai successivement à l'examen de toutes les charges produites jusqu'à ce jour, et j'annonce d'avance qu'en dépouillant les pièces et les faits, de la calomnie qui les noircit, des fausses interprétations qui les altèrent, il ne restera qu'un seul grief à la

charge de Louis XVI, et ce grief, le voici : il étoit roi! Peuples, dont la destinée est d'être victimes ou complices des crimes de vos chefs soit qu'ils occupent des trônes, ou soit qu'ils les renversent et vous princes, pour qui les annales du monde furent presque toujours une vaine leçon, ce n'est plus le passé ni l'avenir c'est le présent qui vous menace; lisez l'histoire de votre âge dans les sillons, sur les pavés couverts de sang; voyez comment un prince débonnaire est conduit à sa perte ! La succession. de tous les vices, de longs abus du gouvernement, arriva jusqu'à lui sans souiller son ame pure. La corruption et les fausses lumières prirent d'abord le masque de la vertu, prêchèrent la réforme en déchaînant toutes les passions; alors l'orgueil s'arma contre la vanité, la foiblesse contre la force, et l'égoïsme de plusieurs contre la cupidité de tous; alors les proscriptions, les incendies, les massacres ont préparé la chûte du trône, et c'est au milieu de ces scènes sanglantes que s'ouvre une scène plus désastrueuse

encore.

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